A propos de l’assiette…

Je n’abandonne pas mon idée de prendre les figures de dressage les plus fréquemment rencontrées dans les reprises, pour voir avec vous les erreurs à éviter et les corrections à apporter pour améliorer le travail. Mais une blogueuse, Sandrine, plus exactement, se posait des questions sur l’assiette, et sur les moyens d’en obtenir une bonne et de l’utiliser correctement. Donc, après la parenthèse photographique de la semaine dernière, je ferai, cette fois, une parenthèse posturale.

L’assiette est un sujet très vaste, sujet vaste et très important.

L’assiette est à mon sens, la plus importante des aides, car sans une bonne assiette, point de bonne utilisation des mains et des jambes.

Tout a été dit sur l’assiette, tous les grands écuyers en ont parlé, certains ont « décortiqué » le sujet, d’autres en parlent peu mais comme d’une chose évidente sur laquelle il n’est pas nécessaire de revenir.

Tous ne sont pas d’accord sur les moyens à mettre en oeuvre pour avoir une bonne assiette, et les avis divergent également quant aux effets de l’assiette.

Un certain écuyer, que j’apprécie d’ordinaire beaucoup, va même jusqu’à écrire que « l’assiette engageante n’existe pas » et » qu’un quelconque effet des ischions sur le dos du cheval est tout à fait illusoire« . Je trouve ces propos quelque peu succincts et réducteurs, et je pense que si l’opportunité m’était donnée de rencontrer ce grand cavalier et d’aborder avec lui ce sujet si important, son analyse orale serait certainement plus richement développée et très intéressante.

Mais là, force est pour moi de constater que je suis apparemment en désaccord avec lui.

A défaut d’explications techniques, je vais seulement vous faire part de mon ressenti :

Un point sur lequel je ne m’étendrai pas est l’effet de notre buste, avec pour base, l’assiette, sur l’équilibre du cheval : tout le monde a un jour porté quelqu’un sur son dos et pu en constater les effet sur son propre équilibre.

Par contre, j’aimerais livrer mon sentiment sur l’assiette profonde, sur la sensation de se sentir plus lourd.

Il est bien sûr évident que l’on ne peut pas changer son poids et que quelqu’un qui fait 70kg à pied, fera toujours 70kg à cheval. Mais je pense qu’en modifiant ses points d’appui dans la selle, les sensations peuvent être différentes .

Lorsque je suis au trot assis, et que je m’efforce d’alléger le contact avec mes étriers, et de décoller légèrement mes cuisses en ouvrant les hanches, et bien j’ai l’impression « d’appuyer » dans ma selle avec le plancher pelvien, d’où cette sensation de peser plus lourd. Bien évidemment ce n’est qu’une sensation, et lorsque l’enseignant demande à son élève de se faire plus lourd, ou de peser, c’est un abus de langage. Mais la sensation est bien là, et quand, personnellement je me sens lourde, je me sens aussi plus dans mon cheval que dessus.

Là aussi, c’est imagé, bien sûr! Néanmoins, je sais que dans ces cas là, mes jambes sont en place, mes mains ne bougent pas, mon équilibre est plus juste et mes actions plus fines. Mon cheval, alors, recevant peu d’informations parasites, est plus calme, plus réceptif. Et peut-être, grâce à cela, engage-t-il mieux les postérieurs? Peut-être est-ce la raison pour laquelle on est tenté de parler d’assiette engageante?

Quoiqu’il en soit, je continuerai d’essayer de peser dans ma selle en faisant comme si je voulais appuyer sur le siège, et je continuerai de demander à mes élèves de se faire lourds, car le bonheur que procurent ces sensations est trop intense pour ne pas avoir envie de le partager!  

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6 Responses to “A propos de l’assiette…”

  1. sylou dit :

    Je n’ai ressenti que rarement ce que tu décris. Mais depuis je cours après !
    Dans ces moments le cheval s’allège au maximum et est si confortable que cela rend possible le fait de s’alléger soit même (ce qui ne va pas en contradiction avec ton propos de se faire plus lourd). j’entends par là qu’on a le sentiment d’être plus soudé au cheval mais que nos jambes ne sont enfin plus « scotchées » au cheval qu’elles peuvent se mouvoir indépendamment l’une de l’autre, réellement en avant ou en arrière de la sangle, se décoller. Et bien bizarrement c’est en montant à cru que j’ai senti cela les premières fois. Il m’a fallut une énorme concentration pour y reparvenir avec une selle… Et depuis je l’ai reperdu… Le fait de pouvoir enfin décoller et mouvoir mes jambes à conduit mon assiette à « s’enfoncer » dans mon cheval, ce qui l’a amené à ralentir et élever son trot : et pour une fois j’étais bien assise… C’est ce je j’appelais le cercle vertueux…

  2. Sandrine dit :

    Effectivement Marie Hélène,

    Pour y avoir réfléchi, je te rejoins totalement; je pense que se faire plus lourd nous met dans une attitude qui nous permet « de moins parasiter » le cheval.
    Dans notre esprit je crois qu’il ne faut pas perdre une notion fondamentale: la « compacité ».
    De manière purement physique, on ne change pas de point d’inertie sur le cheval, on influe probablement plus sur la « compacité », plus « avec » le dos du cheval.
    Par ailleurs un point que j’aimerai soulever: sous couvert d’un moyen afin d’insinuer au cheval un changement de position d’assiette et de point d’équilibre pour le mettre plus sur la hanche par exemple, il m’est arrivé que l’on me demande « en gros » de reculer mon assiette, en creusant mon ventre, enfin, je n’ai pas trop saisi le mouvement demandé, et sous peu je vais revoir cela avec les personnes intéressées, mais donc, moi il y a un truc qui m’interpelle sérieusement: en faisant ainsi, il me semble qu’on bloque une certaine liberté de mouvement du bassin. Or n’est ce pas un des fondements dans la recherche de décontraction et de mouvement au possible non parasites susceptibles de gêner le cheval ?
    Tu as abordé je ne sais plus dans quel article le fait de reculer subtilement les épaules, le buste. Corriges moi mais n’est ce pas pas vraiment là la clé fondamentale s’agissant de suggérer un déplacement de centre d’inertie vers l’avant ou l’arrière du cheval , le bassin devant rester le plus libre possible de ses mouvements et de sa cohésion avec le cheval ?

  3. Sandrine dit :

    Par rapport aux mouvements parasites, je voulais ajouter: j’ai deux enfants, parfois il m’arrive de les porter sur mes épaules. Lorsque l’enfant s’agite, déplace un bras, à défaut de nous crever les yeux et nous tirer les cheveux, il est bien moins aisé de le porter… on fatigue bien plus que lorsqu’il est calme… par ailleurs trop endormi, ce n’est pas non plus formidable, en particulier lorsqu’il penche d’un côté (ou plutôt s’effondre) et que l’on corrige en permanence ce défaut d’équilibre…
    Bien entendu nous sommes sur deux pattes et pas sur 4, mais tout cela pour dire que l’on peut se rendre compte à quel point des mouvements et la positon du corps de la personne que l’on porte (passive) influent fortement sur le centre de gravité de l’ensemble et du porteur qui doit rétablir l’équilibre.

  4. will dit :

    Je partage tout à fait votre analyse sur l’assiette, et sur le concept de profondeur. Je pense qu’il peut se résumer à celui de décontraction, de relâchement musculaire dans tout le corps du cavalier, avec parmi les CONSEQUENCES et non les causes, une augmentation de la surface de contact avec la selle due au fait que les fessiers ‘s’ étalent’ quand ils sont relâchés. Nuno Oliveira a dit celà bien mieux que moi – et son assiette légendaire se VOIT sur les photos telles que celle que vous avez choisie de Talar.
    Bravo pour la qualité de votre blog, et merci de partager ainsi votre science equestre avec vos lecteurs!

  5. will dit :

    Encore un mot sur ce sujet décidément passionnant: comme souvent en équitation, le sens des mots est une grande difficulté. ‘Se faire lourd’ est une ‘manière de parler’, car comme vous le dites si bien, le cavalier ne peut changer son poids, quoiqu’il fasse. Je dirai même en poursuivant la petite réflexion de mon commentaire précédent, que ‘se faire lourd’ conduit à ALLEGER le contact du siège avec le dos du cheval. En effet, en augmentant la surface de contact et en gardant le même poids, la pression exercée sur le dos du cheval est réduite. C’est peut-être une raison de plus conduisant à un engagement de l’arrière main, rendu plus facile par un confort accru pour le le dos du cheval!

  6. Ivana dit :

    Je ressent ça aussi quand je fais du trot assis. Avant quand je fesait du trot assis je rebondissais sur la selle et c’était franchement pas agréable, et puis à un moment je me suis bien poser en me faisant « lourde » et depuis je préfère le trot assis que le trot enlevé !
    C’est super, et j’aime votre site ;P.

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