Position, équilibre, descentes des aides, douceur… propos d’écuyers.
Sunday, November 30th, 2008Les phrases qui suivent sont notées au gré de mes lectures et sont autant d’éléments constituant la philosophie dans laquelle j’essaie de travailler à cheval.
A propos de “la belle posture de l’homme de cheval”, voilà ce que François Robichon de La Guérinière écrivait dans “Ecole de cavalerie”.
“La grace est un si grand ornement pour un Cavalier, et en même tems un si grand acheminement à la science, que tous ceux qui veulent devenir Homme de cheval, doivent avant toutes choses, employer le tems nécessaire pour acquérir cette qualité. J’entens par grace, un air d’aisance et de liberté, qu’il faut conserver dans une posture droite et libre, soit pour se tenir et s’afermir à cheval, quand il le faut ;soit pour se relâcher à propos, en gardant autant qu’on le peut dans tous les mouvements que fait un Cheval, ce juste équilibre qui dépend du contre-poids du corps bien observé; et que les mouvements du cavaliers soient si subtils, qu’ils servent plus à embellir son assiette, qu’à paroître aider son Cheval. ”
Voilà l’avis qu’Etienne Beudant nous a livré sur l’équilibre, dans son livre “Extérieur et haute école” :
…”Le cheval en liberté est toujours en équilibre, autrement dit, le poids des différentes parties de son corps est réparti de telle sorte sur les quatre membres, qu’il se déplace de lui-même dans tous les sens et selon le besoin.
Il est par conséquent logique de chercher toujours de laisser au cheval le plus possible de liberté.
…En liberté, la plus vilaine rosse d’un escadron est d’une agilité surprenante.Pourquoi redeviendrait-elle si gauche et empruntée quand elle est montée?…La véritable raison de sa mine piteuse et de sa maladresse est est l’opposition que nous faisons à son équilibre. Nous empêchons le cheval de disposer comme il le ferait naturellement du poids de son corps et nous sommes cause qu’il se raidit de partout et qu’il perd ses facultés,…
Le travail dans la descente de mains et de jambes est indispensable si l’on veut préserver au maximum la liberté de moyen du cheval. Voici comment François Baucher l’a décrit dans “Méthode d’équitation” :
…La descente de main contribue à faire conserver au cheval son équilibre sans le secours des rênes…Pour que cet exercice soit régulier, il faudra qu’il n’altère en rien ni l’allure ni la position. Peut-être, dans le principe, le cheval, livré à lui-même, ne conservera-il que pendant quelques pas la régularité de l’allure et de la position. Dans ce cas, le cavalier fera sentir soit les jambes soit la main, pour ramener le cheval dans ses conditions premières.
Pour la descente de jambes : celles-ci se relâcheront, la main soutiendra les rênes afin de leur donner une tension égale. Il est évident que, pour la régularité de ce mouvement, le cheval devra, en se passant de l’aide des jambes, conserver sans altération allure et position.
Puis on arrivera à la descente simultanée de la main et des jambes. Le cheval, libre de toute espèce d’aides, devra néanmoins, comme dans les cas ci-dessus, conserver la même allure et la même position au pas, au trot et au galop.
Dans “Haute école” écrit en 1963, Nuno Oliveira parle de l’emploi de la douceur. Voici ce qu’il dit :
…”Est-ce que cela en vaut la peine?_Oui, toujours!
Cela vaut la peine, oui, de “chausser les pantoufles” comme le conseille Baucher et de chercher à monter tous les chevaux, sans exception, en employant soit les rênes, soit les jambes, avec la plus grande douceur et le moindre effort.
Ne nous illusionnons pas sur les résultats apparemment rapides obtenus par l’emploi de la violence.
Seule la gymnastique rationnelle résout les problèmes. Il ne s’ensuit pas qu’il y ait des procédés infaillibles pour tous les chevaux. Loin de là.
Il est nécessaire, pour réduire les complications et les résistances qui surgissent dans le cours du dressage, d’agir avec patience, avec douceur et une certaine intelligence.
C’est en faisant sentir progressivement les aides au cheval, qu’il s’y habitue;
…Ce n’est pas par la crainte qu’on dresse un cheval.
Le travail rationnel et doux est le seul qui nous conduise à avoir rapidement notre cheval rapidement dressé, encore que la pratique de ce travail nous paraisse lente.”
Pour terminer, je laisserai le mot de la fin à Philippe Karl, très grand écuyer actuel qui ne m’en voudra pas, je l’espère, de rapporter ses propos, tirés de son excellent livre “Dérives du dressage moderne”.
“…En fait, le cheval est capable de comprendre tout ce que le cavalier est capable de lui faire comprendre.
En somme, il faut au cavalier une grande intelligence équestre pour mettre en valeur celle du cheval.
…Le cavalier brutal, autoritaire ou simplement maladroit, focalise l’attention du cheval…mais en devenant, par ignorance, un agresseur. Il déclenche des mécanismes de protection (contractions, résistances, défenses) qui parasitent ou annulent tout apprentissage de qualité.
Si l’écuyer peut obtenir du cheval des progrès significatifs et rapides, c’est en raison d’une subtile stratégie d’enseignement, intégrant ses traits psychologiques, les réalités de son anatomie, les impératifs de son anatomie, et les lois de l’équilibre.”
A vous maintenant de méditer …et aussi…ce n’est pas interdit… de me faire partager vos lectures !
