De l’emploi des rênes coulissantes, dites : rênes allemandes (2nd partie)

 Il serait peut-être abusif d’appeler ces rênes, rênes allemandes, car on prête souvent au duc de Newcastle l’invention de ces rênes, or Newcastle n’était pas allemand, mais anglais. Cet écuyer, d’ailleurs, utilisait cet enrênement fort sévèrement.

newcastle mh lelièvre

Pour ma part, je n’ai jamais utilisé d’enrênements, et n’en utilise d’ailleurs toujours pas. Je suis issue d’écoles où l’on n’utilisait pas cet outil de travail et j’ai sans doute été imprégnée par cette philosophie.
Néanmoins, je pense que les rênes allemandes peuvent avoir un résultat positif avec certains chevaux – dont le dos est déjà en place et le travail de la mise en main sérieusement abouti -mais qui restent instables dans leur bout de devant, ou qui ont des difficultés à travailler en descente d’encolure, ou à abaisser la nuque. Les attitudes que l’on demande alors au cheval doivent déjà être connues de celui-ci.

Les rênes allemandes devraient normalement être moins contraignantes que la martingale, car leur action cesse pratiquement dès lors que la main du cavalier n’agit plus. Il n’en reste pas moins que c’est un enrênement, et que son utilisation demeure délicate.

Les rênes allemandes ne doivent être utilisées qu’avec un filet simple et que par des cavaliers confirmés.

Je pense qu’il est très mauvais de vouloir les  employer  pour forcer un cheval à se placer, et qui plus est, en agissant des deux mains à la fois. En attirant ainsi la bouche du cheval vers l’arrière, il y a risque, à long terme, de voir apparaître de graves lésions des cervicales. Sans compter que très vite, le cheval en arrière de la main peut, soit échapper au contrôle de celle-ci, soit rétiver.

L’action à rechercher doit être presque toujours unilatérale, (en cédant bien de la main qui n’agit pas) pour rompre les résistance rencontrées. Une légère action de la rêne intérieure avec cession de la rêne extérieure engendre la décontraction.

Si aucun résultat n’apparaît, il est inutile d’insister, car cela veut certainement dire que l’on agit mal, ou que le cheval a des problèmes physiques plus importants qu’il n’y paraît et que l’on risque de le faire souffrir.

La plus grosse erreur qui soit, est de ne pas céder quand le cheval prend la position voulue. Celui-ci s’habitue alors à forcer contre les rênes coulissantes et leur action renforce et développe à l’envers la musculature de la partie inférieure de l’encolure.

Le cavalier qui utilise cet enrênement doit veiller à agir en même temps, de la rêne allemande et de la rêne de filet du même côté, afin de pouvoir progressivement diminuer l’action sur l’enrênement au profit de celle de la rêne de filet.

Il est fort dommage de voir les rênes allemandes servir plus souvent à « dégrossir » le dressage d’un cheval, plutôt qu’à le parfaire. Combien de dégâts cela fait-il! Et c’est à cause de cela, de plus, que cet enrênement a si mauvaise presse!

Pour ma part, j’ai décidé que je n’étais pas pressée, et que je ne voulais pas insister au delà d’une certaine mesure, et je pense, peut-être à tort, que si le cheval ne me donne pas plus, c’est qu’il a de bonnes raisons pour ne pas le faire. Cet avis n’engage que moi. Voilà pourquoi je n’utilise pas d’enrênements.

3 Responses to “De l’emploi des rênes coulissantes, dites : rênes allemandes (2nd partie)”

  1. will dit :

    Bravo pour cet article, qui fournit toutes les informations nécessaires sur cette question avec une grande clarté et une judicieuse mesure. Ayant lu le très bon livre du Cdt de Padirac, que vous avez eu la chance d’avoir comme professeur, je comprends très bien votre position. Elle est partagée par la plupart des grands ecuyers de Saumur, que j’admire. A titre d’anecdote, le Colonel Carde aurait répondu ainsi à une question sur le bien-fondé de l’utilisation de ces rênes:’leur usage devrait être réservé à des experts, mais les experts n’en ont pas besoin!
    Quant à moi, je les emploie de temps en temps, m’appuyant scrupuleusement sur les ‘Propos d’un vieil écuyer aux jeunes écuyers’ de Nuno Oliveira, même si je ne fais plus partie depuis longtemps des ‘jeunes écuyers’!

  2. Olga Legardeur dit :

    Bonjour, tout d’abord bravo pour votre blo qui est une mine d’informations précieuses. Je suis en CAPA soigneurs équidés mention western et mon entraîneur me fait beaucoup utiliser des draw reins qui sont equiavalentes aux Rennes allemandes classique. Nous les utilisons beaucoup sur des jeunes chevaux mais j’aimerais connaître les conséquences sur les cervicales étant donné que la calcification des os ne s’est pas encore faite à cet endroit la. Êtes vous en mesure de m’en dire d’avantage la dessus? Merci

  3. Bonjour,
    Merci pour votre commentaire!
    Je vous invite à visiter deux post que j’ai écrits sur le sujet le 07/12/08 et le 14/12/08.
    Ils devraient répondre à vos questions!

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