Piaffer, passage, quelles différences?
Voici, en quelques lignes, les éléments qui constituent la différence fondamentale qui existe entre le piaffer et le passage.
Il ne suffit pas de piaffer en avançant pour dire que l’on passage. En effet, l’organisation physique du cheval n’est pas la même dans ces deux airs.
Si, sur une échelle de rassembler, le piaffer se situe très haut, il n’en va pas de même pour le passage.
Même de face, on voit que les postérieurs sont désengagés et propulsent le cheval en avant.Ce qui n’enlève rien à la beauté de cette photo.
Au piaffer, le dos du cheval s’arrondit, travaillant en élongation. Les hanches sont abaissées essentiellement grâce à l’action des muscles abdominaux, psoas et cruraux. Les deux postérieurs sont engagés sous la masse et très fléchis, la pointe des jarrets ne passant pas en arrière de la pointe de la fesse. L’avant-main est grandie, la nuque devant rester le point le plus haut, et le relèvement des épaules est maximal, le cheval n’étant pas “sous lui du devant”. Les angulaires de l’épaule sont pour beaucoup dans le relèvement de l’encolure et les brachio-céphaliques dans celui des antérieurs.
Même lorsque les hanches ne sont pas encore au maximum de leur abaissement et que, par conséquent, le cheval avance dans son piaffer, son dos reste rond, ses postérieurs engagés, et il ne donne pas l’impression de se propulser dans le trot vers l’avant, mais toujours de rebondir vers le haut. Je vous invite à regarder la petite vidéo de Lisbonne sur laquelle un écuyer fait piaffer son cheval : elle illustre parfaitement mon propos. (Personnellement, je trouve ce piaffer admirable par sa régularité et le calme qui émane du cavalier comme du cheval.)
Si on observe ces deux photos, on voit, par la place des postérieurs, que sur la première le cheval aborde le passage, et que sur la seconde, il s’agit du piaffer.
Au passage, ce sont les dorsaux qui se contractent, tandis que les muscles de la ligne du dessous travaillent “plus relâchés” qu’au piaffer. Les hanches ne s’abaissent pas, les postérieurs ne s’engagent pas sous la masse mais propulsent le cheval vers l’avant comme pour le trot. Le temps de suspension caractéristique de cet air est provoqué par la poussée des postérieurs qui s’effectue dans un rythme plus lent qu’au trot, associée au relèvement de l’avant-main et à l’élévation des épaules comme au piaffer.
Au piaffer, donc, il y a raccourcissement des bases diagonales, tandis qu’au passage, ce n’est pas le cas, elles peuvent même s’ouvrir. En effet, dans le cas de certains passages brillants, les postérieurs peuvent être en arrière de la pointe de la fesse avec le dos légèrement creux.
Ces différences expliquent la difficulté que représentent les transitions passage-piaffer ou piaffer-passage et les changements d’attitude qu’elles requièrent.
April 29th, 2009 at 12:14 pm
Merci, marie-Hélène pour cette analyse très claire de ces airs qui constituent le sommet de l’Art Equestre. Deux petites remarques:
-c’est vrai que le passage brillant peut donner l’impression, sur une photo statique, d’une ouverture exagérée des bases de sustentation, voire de désengagement (cf. certaines photos de Beudant sur Vallerine par exemple, ou celle que vous montrez ici (de Bacharach ?). Mais il ne faut jamais oublier que le passage s’obtient à partir du trot rassemblé, qu’il est lui-même une allure rassemblée et que l’impression de désengagement par rapport au piaffer provient de la dynamique avec obliquité de la poussée vers l’avant pour la propulsion.
-j’ai retenu le mot d’un de mes instructeurs:
Au passage, il faut retenir (pour assurer une forte composante verticale de l’effort de poussée des postérieur)
Au piaffer, il faut rendre (pour éviter que l’impulsion devienne exclusivement verticale, au risque d’acculement). C’est pourquoi le mouvement en avant doit rester dans le piaffer, même réduit à l’ état d’intention du cheval, qui ne doit jamais perdre ‘la hantise de se porter en avant’.
Comme vous, je suis en admiration devant la video du piaffer, lent, haut, cadencé, concentré et calme – superbe
Merci encore pour ouvrir si bien ces discussions passionnantes.