Rollkür, ou hyperflexion…
Tuesday, June 30th, 2009Bien que ne pratiquant pas cette méthode, à mon goût, beaucoup trop coercitive physiquement et mentalement pour le cheval, je voudrais en quelques phrases, dire en quoi elle consiste, et rapporter les avis favorables et défavorables de personnalités équestres.
N’ayant pas de photos de cette pratique à vous montrer, j’ai, pour l’occasion, tenté de “dresser”Arly au rollkür au sucre, juste le temps d’une photo. C’est assez rapide ma foi, et bien plus agréable pour le cheval.
Plus sérieusement, un cheval qui travaille en hyperflexion, puisque c’est le nouveau nom donné en France à cette méthode, a l’encolure très enroulée vers le bas, le bout du nez pouvant toucher le poitrail, voire même les antérieurs.
Laissons maintenant la parole à Sjef Janssen, mari et entraîneur de Anky van Grunsven, qui utilise cette méthode : “…cela peut sans doute être adapté à la plupart des chevaux, mais dépend aussi de la façon dont ils sont faits et se déplacent. Cela reste un outil, ça n’est pas un système. Il y a toujours une variation dans la durée des exercices. Avec certains, c’est moins long, avec d’autres, plus, cela dépend des réponses que nous recevons de la part du cheval. C’est donc lui qui décide de la durée de ce travail.(…)Avec des chevaux qui sont naturellement sur l’avant-main nous utilisons très peu cette technique. Nous l’utilisons de façon mineure et douce sur les jeunes qui n’ont pas six ans, et seulement pour motiver le streching en avant et en bas.(…)Nou nous en servons pour beaucoup de raisons, mais surtout pour deux : c’est un outil de préparation pour obtenir le meilleur étirement bas et en avant (streching, élasticité) pendant l’échauffement, le retour au calme, notamment entre les exercices qui demandent beaucoup d’efforts, ce qui veut dire aussi une meilleure utilisation du dos;deuxièmement c’est un outil parfait pour que le cheval se concentre sur vous, le cavalier, ce qui rend votre travail beaucoup plus efficace et évite un gaspillage d’énergie. ”
La cavalière de dressage Karen Tebar, n’émet pas, quant à elle, un avis très favorable. Voici ce qu’elle dit : “C’est mentalement difficile pour le cheval, car c’est important pour lui de regarder. Or là, il ne peut pas, donc ça engendre beaucoup de frustrations, ce n’est pas bien pour un animal qui a un instinct de fuite.”
Pour terminer, voici les propos de Patrick Collard, vétérinaire, éleveur et juge international, qui insiste sur les dangers de cette technique de travail : “Cette méthode est apparue avec l’évolution du cheval de dressage. Depuis bientôt huit-neuf ans, on recherche des chevaux avec beaucoup de rebond : ils ont un trot très expressif, beaucoup d’activité, mais un dos faible, à l’image de PAINTED BLACK et autre JAZZ. Cela a généré cette technique pour tendre la ligne du dessus.” (…)Le problème que nous avons, c’est la construction musculaire du cheval. Il est fait de deux sortes de muscles : les fibres longues, qui ne tiennent pas longtemps la contraction, et les fibres courtes, qui peuvent se contracter très longtemps sans fatigue. Or les muscles du dos et de l’encolure…sont faits de fibres longues.(…)Si on utilise l’hyperflexion à mauvais escient, donc trop longtemps, cela entraine une douleur, une crampe, voire une destruction des fibres musculaire, qui est une lésion irréversible!(…) J’ai vu des chevaux très brillants qui ont travaillé ainsi tout l’hiver. Ce ne sont plus les même aujoud’hui. Ils amblent au pas, ne peuvent plus ouvrir leur angle tête/encolure lors des allongements, ce qui veut dire que le muscle est lésé. Ils ne marchent plus. Si on exagère ce travail là, ça donne le résultat inverse de ce que l’on voudrait obtenir.
Et moi j’ajouterai, que si l’on ne veut pas exagérer ce travail et ne pas faire d’erreur, le mieux est encore de ne pas s’en servir du tout et de prendre son temps avec des méthodes plus douces.
