Rollkür, ou hyperflexion…

Bien que ne pratiquant pas cette méthode, à mon goût, beaucoup trop coercitive physiquement et mentalement pour le cheval, je voudrais en quelques phrases, dire en quoi elle consiste, et rapporter les avis favorables et défavorables de personnalités équestres.

N’ayant pas de photos de cette pratique à vous montrer, j’ai, pour l’occasion, tenté de « dresser »Arly au rollkür au sucre, juste le temps d’une photo. C’est assez rapide ma foi, et bien plus agréable pour le cheval.

récompenser un cheval avec un sucre blog mh lelièvre

Plus sérieusement, un cheval qui travaille en hyperflexion, puisque c’est le nouveau nom donné en France à cette méthode, a l’encolure très enroulée vers le bas, le bout du nez pouvant toucher le poitrail, voire même les antérieurs. 

Laissons maintenant la parole à Sjef Janssen, mari et entraîneur de Anky van Grunsven, qui utilise cette méthode : « …cela peut sans doute être adapté à la plupart des chevaux, mais dépend aussi de la façon dont ils sont faits et se déplacent. Cela reste un outil, ça n’est pas un système. Il y a toujours une variation dans la durée des exercices. Avec certains, c’est moins long, avec d’autres, plus, cela dépend des réponses que nous recevons de la part du cheval. C’est donc lui qui décide de la durée de ce travail.(…)Avec des chevaux qui sont naturellement sur l’avant-main nous utilisons très peu cette technique. Nous l’utilisons de façon mineure et douce sur les jeunes qui n’ont pas six ans, et seulement pour motiver le streching en avant et en bas.(…)Nou nous en servons pour beaucoup de raisons, mais surtout pour deux : c’est un outil de préparation pour obtenir le meilleur étirement bas et en avant (streching, élasticité) pendant l’échauffement, le retour au calme, notamment entre les exercices qui demandent beaucoup d’efforts, ce qui veut dire aussi une meilleure utilisation du dos;deuxièmement c’est un outil parfait pour que le cheval se concentre sur vous, le cavalier, ce qui rend votre travail beaucoup plus efficace et évite un gaspillage d’énergie.  »

La cavalière de dressage Karen Tebar, n’émet pas, quant à elle, un avis très favorable. Voici ce qu’elle dit : « C’est mentalement difficile pour le cheval, car c’est important pour lui de regarder. Or là, il ne peut pas, donc ça engendre beaucoup de frustrations, ce n’est pas bien pour un animal qui a un instinct de fuite. »

Pour terminer, voici les propos de Patrick Collard, vétérinaire, éleveur et juge international, qui insiste sur les dangers de cette technique de travail : « Cette méthode est apparue avec l’évolution du cheval de dressage. Depuis bientôt huit-neuf ans, on recherche des chevaux avec beaucoup de rebond : ils ont un trot très expressif, beaucoup d’activité, mais un dos faible, à l’image de PAINTED BLACK et autre JAZZ. Cela a généré cette technique pour tendre la ligne du dessus. » (…)Le problème que nous avons, c’est la construction musculaire du cheval. Il est fait de deux sortes de muscles : les fibres longues, qui ne tiennent pas longtemps la contraction, et les fibres courtes, qui peuvent se contracter très longtemps sans fatigue. Or les muscles du dos et de l’encolure…sont faits de fibres longues.(…)Si on utilise l’hyperflexion à mauvais escient, donc trop longtemps, cela entraine une douleur, une crampe, voire une destruction des fibres musculaire, qui est une lésion irréversible!(…) J’ai vu des chevaux très brillants qui ont travaillé ainsi tout l’hiver. Ce ne sont plus les même aujoud’hui. Ils amblent au pas, ne peuvent plus ouvrir leur angle tête/encolure lors des allongements, ce qui veut dire que le muscle est lésé. Ils ne marchent plus. Si on exagère ce travail là, ça donne le résultat inverse de ce que l’on voudrait obtenir.

Et moi j’ajouterai, que si l’on ne veut pas exagérer ce travail et ne pas faire d’erreur, le mieux est encore de ne pas s’en servir du tout et de prendre son temps avec des méthodes plus douces.

19 Responses to “Rollkür, ou hyperflexion…”

  1. will dit :

    Bonsoir Marie-Hélène,
    Votre souci d’objectivité vis à vis de l’hyperflexion vous honore, d’autant plus que l’on perçoit bien de quel coté penche votre sentiment personnel. Pour ma part, je considère que cette pratique telle que Sjeff Janssen l’a développée est à l’opposé de tout ce que l’Equitation Classique a de beau et de noble. Il s’agit de forcer la soumission du cheval par un procédé brutal, avant l’épreuve, pour qu’il se sente ‘tout léger’ dans le rectangle une fois que la contrainte insupportable auquel il vient d’être soumis est (provisoirement) suspendue. C’est un peu comme si on tordait le bras d’un danseur dans son dos jusqu’à la douleur pour rendre son geste plus aerien lorsqu’on le libère de cette clé de judo.
    J’aurais voulu insérer une photo tout à fait explicite de Mlle van Grunsven dans ses œuvres, mais je n’ y suis pas parvenu. Je me permets donc de donner le lien sur un article que j’ai écrit sur le sujet:
    http://zhx3.artblog.fr/23/
    Ayant dit ceci, j’avoue que je reste troublé par le ‘ramener outré’ prôné par Faverot de Kerbrech et par le bon capitaine Beudant. Je n’en ai jamais bien compris la raison, et je dois dire qu’il y a de fâcheuses analogies avec l’hyperflexion, au moins à première vue. Comme il ne peut y avoir la moindre confusion entre leurs motivation, et celle du couple néerlandais, je reste perplexe…

  2. francois giffon dit :

    cher will et marie helene,je suis tres touche de voir que certaines personnes se posent les bonnes questions.il ne faut pas confondre le ramene outre et le catch qui carecterise la photo du lien de will.le ramene outre est decrit par baucher et perso je vois une attitude decontractante plutot statique issue de la flexion de machoire et d’un souci de legerete prealable a l’elevation de l’encolure comme le decrit le capitaine beudant.cette position est evolutive .elle sert a rendre l’encolure maneable.en ..aucun cas elle doit amener des contractions.

  3. En ce qui concerne la photo que Will a mise sur son site, je trouve que pour cette cavalière, dont je ne veux pas savoir le nom tant j’ai honte pour elle, c’est une régression extraordinaire.
    Sa position est digne de celle d’un pauvre débutant a qui on aurait donné une monture inappropriée et qui serait « embarqué » sans aucun autre recours que celui de se raccrocher à la bouche du pauvre animal. Sans parler des effets sur le cheval…!
    Ceci est pitoyable, mais ça monte sur les podiums des grands prix en s’attirant les acclamations d’une foule admirative!

  4. Jean-Pierre PERCY dit :

    L’hyperflexion pourrait constituer un exercice d’entraînement, discutable. Plus grave est le fait que sa pratique en compétition de dressage se généralise sans être sanctionnée par les juges bien qu’elle soit en totale contradiction avec le règlement de la F.E.I.

    Ceci constitue une injustice flagrante, un concurrent pouvant, de bonne foi, préparer son cheval conformément à la norme, puis être déclassé en compétition au nom d’on ne sait quel principe inavouable et d’ailleurs inavoué!

    Nous assistons donc à une dramatique dérive de l’équitation académique qui n’est dénoncée que par quelques passionnés.

  5. Pauline dit :

    Je ne suis pas assez expérimentée que pour dénoncer telle ou telle technique mais, la méthode dite « allemande » que l’on voit dans les manèges me fait mal au coeur pour les chevaux.

    Je peux comprendre que c’est une technique pour certains qui, employée avec modération et « justesse » peut se révéler bénéfique pour obtenir un certain travail du cheval. Mais quand sait-on qu’il faut s’arrêter?

    Karl Phillip dénonce cette pratique dans « Dérives du dressage moderne »… Le lien de will fait partie des illustrations de ce livre. Je l’ai su tout de suite tant cela m’avait marqué.

    Oreille interne fonctionnant mal, ligament étirés à l’extrême, glande parotide compressée, muscles hyper contractés,… Au vu de tout les méfaits pour la santé du cheval, je ne comprends pas que ça ait tant de succès! Sans parler du champ visuel rétréci…

    Sachant cela, je ne comprends pas que l’on puisse faire subir ça à un cheval.

  6. Pauline dit :

    Pour plus d’illustrations, voici un lien
    http://www.scandinavian-dressage.com/fr/stages.html

  7. Merci beaucoup Pauline, pour ce lien fort intéressant qui illustre très bien par la plupart des photos, ce qu’il ne faut pas faire!
    Continuez à ne pas être d’accord avec ces pratiques.

  8. gaton dit :

    je viens d’aller sur le site et vraiment je suis écoeurée
    je savais que l’on trouvait de tout mais je pensais que le dressage était encore préservé de ses façons de travailler
    comment peut on penser que l’on travaille correctement son cheval avec des renes allemandes aussi tendues, des mains aussi en arrière, etc
    pour repondre a Pauline, cela a du succès, car c’est plus rapide de contraindre que d’obtenir dans la douceur avec l’accord entier de son cheval

  9. RollKur dit :

    Bonjour,

    Je me sens visée, je pratique le dressage à niveau européen. Je vis le système de l’intérieur et ce n’est pas aussi noir que certains le prétende, certes les chevaux sont contraint mais cela n’est jamais permanent et la théorie selon laquelle les chevaux sont contraint « à la maison », afin de mieux donner au concours relève pour moi de l’affabulation, mais par contre il est évident que nous ne montons jamais sans une paire de rennes allemandes .
    La plupart des entraineurs (tout ceux qui font des résultats) utilise cette méthode, je monte les championnats européen (presque chaque année) depuis maintenant 8 ans, j’ai commencé à poney et depuis cette époque, si on veut rester au top, il es nécessaire de pratiquer l’hyperflexion, j’impute donc la faute aux juge et non pas aux cavaliers (qui ne font que se conformer aux désidérata des juges).
    Personnellement je ne connais personne qui sortant à mon niveau n’utilise pas le rollkur.
    Nos chevaux souffrent p-e, mais en contrepartie je pense qu’ils ne sont pas mal traiter, les miens disposent de grands paddocks, de grands boxes et pistes aux revêtements parfaits le rollkur est je pense le revers de la médaille.

    Si vous avez des question posez les moi, je tenterais d’y apporter une réponse.

    Cordialement,

    ps: Je ne monte pas pour la France et je ne révèlerais pas mon nom pour d’évidentes raisons.

  10. gaton dit :

    c’est très bien que vous donniez votre avis
    mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas parce que tout le monde le fait qu’il faut aussi le faire

    c’est la faute aux juges, OK mais là, c’est l’eternel probleme de l’oeuf et de la poule

    vous dites « nos chevaux souffrent peut être »
    pour moi, le doute est suffisant pour ne pas pratiquer

    chacun a sa conscience

  11. Sandrine dit :

    Ma question est probablement simpliste, mais pourquoi les grands maîtres ne serait ce que contemporains, n’utilisent t-ils pas cette méthode ?

  12. RollKur dit :

    gaton

    –> Je pense que les chevaux de manèges souffre aussi, pourtant on ne remet pas en cause leurs utilisation

    Sandrine

    —> Ça dépend de ce que l’on admet cpar grand maitre contemporain, si vous prenez Henriquet comme maitre c’est sur que vous n’entendrez jamais parler d’hyperflexion. Mais si on admet qu’Anky/Gall sont des grands maitres il est clair que vous en entendrez parler et que vous l’utiliserez.

  13. Sandrine dit :

    Bonjour Rollkur,

    Je comprends votre point de vue même si je n’y adhère pas. Par ailleurs j’ai bien trop peu d’expérience en ce domaine pour prendre part intégrante à quelque débat trop technique.
    J’ai regardé sur google rapidement ce qui se disait au sujet des personnes que vous évoquiez Anky/Gall (pardonnez mais je ne connaissais pas, c’est dire mon inculture et mon détachement depuis bien longtemps de « l’actualité équestre »);et j’ai entre autre ce lien: http://aude-et-etoile.forumactif.com/vos-chevaux-f23/la-plus-belle-kur-de-tous-les-temps-attention-les-yeux-t8555.htm ; si la vidéo est appréciée par certains personnellement je suis de l’avis « marie et tango »: trop mécanisé. Je crois beaucoup que malheureusement Philippe Karl a raison lorsqu’il parle de « dérives du dressage moderne », et à mon avis c’est un système, pas que les juges, tous sont acteurs, du spectateur habitué à « voir une certaine approche » et en attente d’exceptionnel, au juge en passant par le cavalier… qui en vit. Est il possible de s’en passer à ce niveau ? je ne sais pas… est ce le même problème que le dopage dans certains sport: beaucoup le sont, d’autres résistent mais font moins de résultats. Trop souvent dans quelque dérive que ce soit les coupables sont argent temps et de fait banalisation d’outils coercitifs à commencer par les enrênements les plus simples.

    Lorsque je parle de grands maîtres je ne parle pas nécessairement des plus médiatisés, je parle de tous ceux qui vivent pour la beauté et le retour à une équitation raisonnée, artistique, l’équitation qui accepte de laisser le temps au temps; et elle peut briller dans le plus petit poney club.
    Alors lorsque je posais ma question initiale c’était pour mettre en exergue que nous sommes bel et bien dans deux courants de pensée distincts, dans des philosophies différentes, des « contraintes » et objectifs différents. Monsieur Karl parle de dérives et ces dérives ne finissent-elles pas par mener à une véritable scission ? Ce que le Dressage moderne montre aujourd’hui de trop haut, trop fort, trop brillant, trop intense, et à mon avis trop heurté, tout cela est une vitrine pour les jeunes cavaliers qui entrent dans un système à leur tour, acquièrent une habitude de voir et faire; Ils entrent alors dans une manière de faire et de penser pas toujours compatible avec le bien être de nos amis.

    De manière assez caricaturale, peut on apprendre l’humilité, la patience, se remettre en question et ne pas systématiquement croire que le cheval se « fout de nous » ? Peut on apprendre à reconnaitre que nos agissements sont parfois défaillants plutôt que d’appendre avant d’avoir une assiette en longe, à cravacher ? Petit à petit après l’adolescence on murit, on se forge nos convictions et on s’assagit, mais c’est un courant de pensée instauré et tout est lié.

    Et pour finir la conclusion du Commandant de Padirac « que le siècle des lumière brille à nouveau dans vos manèges, c’est la joie que je vous souhaite »

  14. gaton dit :

    pour ce qui est des grands maitres, ma culture a ce niveau là est bien trop faible pour m’en mêler

    pour ce qui est les chevaux de manège, sauf cas exceptionnel
    pour 99% d’entre nous, c’est eux qui nous ont appris à monter
    alors soit on ne monte pas a cheval, soit on choisit d’aller dans un club où les moniteurs ont avant tous le respect de l’animal
    pour ma part, j’ai tojours essayé d’enseigner ce respect et c’est loin d’être simple lorsqu’on se retrouve employé dans un centre avec plus de 1000 adhérent et le profit en ligne de mire

    je sais que certains n’ont pas retenu grand chose de mes idées, mais que pour d’autres cela a eu une certaine influence

    donc encore une fois, ce n’est pas parce que la majorité agit d’une certaine manière que tout le monde doit suivre

    mais bon, je suis surement utopiste

    encore une fois, merci Marie de nous permettre d’avoir des discussions aussi intéressantes

  15. Un grand merci à Gaton et à Sandrine d’animer ce débat très sensible!
    Il n’est pas dit qu’à mon tour je ne m’en mêle pas.

  16. Sandrine dit :

    Je viens de regarder avec un peu plus d’attention (manque de temps) le lien de Pauline: http://www.scandinavian-dressage.com/fr/stages.html , et bien, c’est marrant mais en général sans avoir lu, juste en regardant les photos, je préfère les chevaux avant (quoique parfois… déjà…) à après, et je comprends pas qu’on puisse dire que c’est formidable de voir un cheval bien placé quand il a le nez à ce point dans le poitrail… se sont ils trompés dans les bons exemples…

  17. Lulu dit :

    Réponse à Gaton: c’est sûr que les chevaux de manège souffrent. Il y a aussi lieu de faire quelque chose pour eux. Mais ce n’est parce qu’ils
    souffrent (souvent honteusement) qu’il ne faut pas prendre refuser
    le Rollkur, l’un n’empêche pas l’autre…

  18. gaton dit :

    excuse moi, lulu, mais je ne comprends pas ta phrase

  19. Jean-Pierre Percy dit :

    Il est parfaitement exact que beaucoup de chevaux souffrent … de la mauvaise équitation de leurs cavaliers. Jadis, ils se faisaient copieusement engueuler par des instructeurs formés à la bonne école (l’armée en règle générale). Aujourd’hui, ce qui est gravissime, c’est que ce sont les « élites » elles-mêmes (instructeurs, « coaches », entraîneurs, juges des épreuves de dressage qui prêchent la mauvaise parole et précipitent l’équitation dite « académique » vers sa chute. Ce constat étant posé, rien ne sert de se lamenter, il faut réagir!
    Il semble que les autorités en charge du sport (FEI, fédérations nationales), dont les juges contredisent leur propre règlement, ne soient plus à même de corriger le tir. Comme l’écrit très justement « Rollkür » dans ce forum, celui qui veut gagner des épreuves aujourd’hui, doit se plier aux desiderata des distributeurs de médailles. Si l’on veut sauver ce qui peut encore l’être, il faut sans doute qu’une institution courageuse, indépendante et imperméable à toute pression malveillante réunisse des juges soucieux de respecter la réglementation officielle des épreuves et organise des épreuves dont les classements soient conformes à la norme. On pourra ainsi enfin reconnaître le mérite des cavaliers, des instructeurs et des entraîneurs qui défendent la bonne équitation.

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