De l’art d’enseigner l’équitation.

Dresser un cheval est tout un art, et de nonbreux livres sont consacrés au dressage des chevaux. Ecrire des livres sur l’art de dresser un cheval est également tout un art. Mais ce dont on parle moins souvent, c’est du fait d’enseigner au cavalier l’art de dresser un cheval. Et je pense que bien enseigner l’équitation est très certainement tout un art !

Si nous nous en tenons à une définition simple de la pédagogie, on peut dire que c’est une science de l’éducation qui étudie les moyens ou les méthode de la transmission d’un savoir.

Enseigner l’équitation est une tâche délicate car elle met en jeu deux acteurs, et l’acte pédagogique, de ce fait, est double. L’enseignant doit, en quelque sorte, améliorer le dressage du cheval, par l’intermédiaire du cavalier qu’il doit également “éduquer”. Si l’on considère, de plus, que le niveau du cheval et du cavalier sont différents (si tant est que l’on puisse comparer un cheval et un humain, qui ont chacun leurs propres facultés motrices et d’apprentissage), la tâche est encore plus ardue.

Cette tâche est complexe, car il ne suffit pas à l’enseignant de communiquer de façon linéaire et magistrale, son savoir en demandant à l’élève de répéter inlassablement et de façon “mécanique” des gestes ou des actions, jusqu’à ce que celui-ci développe son habileté et acquière ainsi la maîtrise de la discipline.
Il ne faut pas non plus que l’enseignant pense que pour réussir un geste technique, il suffit au cavalier de faire appel à sa compréhension alliée à sa seule volonté.

enseigner l’équitation m h lelièvre

L’enseignant doit faire travailler le couple cavalier-cheval dans un climat de confiance et de sécurité dans le but de développer les habiletés techniques pour l’un, et d’améliorer le dressage pour l’autre, tout en préservant l’intégrité physique et mentale des deux.

Enseigner l’équitation, c’est tenir compte des multiples bouleversements que vit le cavalier en situation d’apprentissage et c’est également bien connaître les phénomènes liés à l’interaction entre la motricité et l’affectivité afin d’élaborer les stratégies pédagogiques les mieux adaptés à l’objectif et au couple.

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Un bon enseignant, qui est également un dresseur, est donc un bon technicien. Il doit posséder des connaissances en biomécanique du cheval, et doit être au fait du fonctionnement du corps humain. bien sûr, on ne lui demande pas d’être vétérinaire, ni médecin! Il doit être conscient des capacités et des limites du cheval et les respecter.

Mais ces qualités, si elles caractérisent le dresseur, ne suffisent pas pour enseigner. En effet, l’enseignant doit, de plus, posséder l’envie de partager son vécu, de transmettre son savoir, dans le respect et l’écoute de l’autre. Il doit respecter la personnalité et les limites de chacun de ses élèves, croire en leurs potentialités pour permettre et valoriser le moindre progrès. Les cours doivent donc se dérouler dans un climat qui reflète ces différents paramètres. Le respect, la politesse et la cordialité sont donc les incontournables caractéristiques de base d’une séance qui se réclame de cette éthique d’un véritable enseignant d’équitation qui ne se suffit pas à être uniquement cavalier, dresseur, voire “gourou”…

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Toutes ses qualités sont essentielles pour conduire véritablement tout élève et tout cheval vers une technicité de plus en plus aboutie, mais aussi et surtout, vers une harmonie et une complicité au sein du couple, chaque jour plus affirmée.

9 Responses to “De l’art d’enseigner l’équitation.”

  1. Sandrine Says:

    Alors ça Marie Hélène !!! que dire … ? je crois que je vais déménager exprès pour revenir prendre des cours avec toi !!!
    Là tu touches du doigt à nouveau à un sujet très intéressant… et qui va faire débat je pense… il ne suffit pas de se proclamer où d’être un grand cavalier maitre écuyer ou que sais je pour être bon professeur… et puis… un bon cavalier … ou bien un bon cavalier qui a suffisamment de bagout pour être élevé un peu plus haut que d’autres et qui enseigne sans avoir la passion de l’enseignement… pour sans avoir de langue de bois, faire de l’argent sur son nom et l’entretenir au passage en baragouinant encore un peu… et bien c’est déplorable…. faut de tout pour faire un monde… mais après c’est aux pigeons de savoir ouvrir les yeux… sauf si leur but est de dire qu’ils sont allés en stage avec “un- ou une-tel(le)”… et puis parfois malheureusement on se fait pigeonner trop tard… alors le bon sens est de ne pas y retourner tout simplement et de ne pas hésiter à dire ce que l’on en pense aux cavaliers de notre connaissance capables de comprendre qu’une image publicitaire ne fait pas tout… J’ai malheureusement à ma connaissance au moins 3 personnes assez connues qui entrent dans ce cadre…
    Ensuite, ce sujet que tu abordes est passionnant. Je n’ai aucune compétence technique ni de regard suffisamment habitué et affuté pur être enseignant autrement que pour initier quelqu’un… Par contre que ce soit de l’équitation ou n’importe quel autre domaine de compétence technique, il est très enrichissant de se mettre à la porté de l’élève, de son passif et de ses capacité pour lui enseigner au mieux ce que l’on sait… à quelque niveau que ce soit il est passionnant de transmettre tout simplement son savoir. J’adore ton post ! …

    C’est marrant, souviens toi du soucis que j’avais à cheval, d’être assez déséquilibrée physiquement,… un enseignant qui enseigne au milieu de 10 élève, aurait il été capable de le voir ? un enseignant qui laisse travailler qqun dans son coin et qui s’occupe des personnes qui ont un niveau plus intéressant l’aurait il vu ? Seul un enseignant soucieux de la qualité de ce qu’il transmet, soucieux de se remettre en question comme à cheval, est capable de progresser et de mettre le doigt sur les véritables problèmes pour ensuite faire progresser à son tour son élève (pas son client) sur des bases solides.
    Pour mon problème, il se résout simplement en faisant certains exercices au sol… comme quoi tout est complémentaire pour progresser… à fortiori toutes les “équitations”…

  2. Sandrine Says:

    Et je rajouterai que je pense que résoudre un problème en enseignant est probablement aussi très enrichissant dans le sens ou l’on comprend probablement mieux pour soi certains phénomènes mécanique et/ou psychologiques, côté cavalier comme cheval, et de fait cela peut nous faire tout simplement progresser à cheval. … mais aussi humainement.

  3. Sandrine Says:

    je suis pipelette…

  4. will Says:

    Chère Marie-Hélène,
    Vous avez le don de proposer des sujets tous plus passionnants les uns que les autres! Celui-ci l’est d’autant plus qu’il n’est que rarement abordé comme vous le soulignez, et, quand il l’est, c’est soit entre enseignants, soit entre élèves, mais probablement jamais entre membres de ces deux catégories.
    Je ne suis pas enseignant, et me bornerai donc à quelques réflexions complémentaires à votre excellent texte, d’un modeste ‘ancien élève en activité’ si je puis me permettre ce titre!
    Je pense que la difficulté fondamentale de l’enseignement de l’équitation est que l’on n’y peut COMPRENDRE que ce que l’on a RESSENTI. Or, les mots à eux seuls sont le plus souvent incapables de décrire les sensations a priori, si bien que l’enseignant d’équitation doit avant tout trouver le moyen de faire éprouver des sensations à son élève, qu’il peut, a posteriori, analyser et conceptualiser avec lui.
    Dans cette optique, les moyens qu’il peut employer sont par exemple:
    -montrer l’exemple. Les sous-maîtres qui dirigeaient les reprise de l’Ecole Militaire auxquelles j’ai eu la chance de participer il y a longtemps le faisaient toujours à cheval. Non pas pour effectuer la démonstration d’ un mouvement précis, mais, je pense, pour que la simple vue de leur position impeccable et du calme de leur cheval aux ordres impriment un modèle dans l’esprit des élèves.
    -placer physiquement les aides de l’élève, à l’arrêt, comme le fait le maître dont vous donnez la photo. Plutôt que de m’expliquer que le mouvement que je ne parvenais pas à exécuter correctement demandait par exemple, que la jambe soit plus en arrière, mon professeur me faisait arrêter sur la piste, et venait placer lui-même ma jambe avec ses mains, avec une fermeté et une précision qui m’étonnaient toujours. Même chose pour les mains, et même pour le rein.
    -parler peu, pour ne pas troubler la concentration de l’élève, mais à propos. Sur les rares vidéos de Nuno Oliveira donnant ses cours, je suis frappé par le ton égal et la façon patiente mais insistante dont il répète une remarque, sans la développer, mais suffisamment longtemps pour atteindre un résultat en encourageant l’élève à tâtonner jusqu’à ce que la lumière se fasse.
    -utiliser des images qui traduisent ‘poétiquement’ la pensée du maître, plutôt que des explications techniques qui risquent de distraire la concentration de l’élève des sensations qu’il éprouve, et donc des signaux qu’il reçoit du cheval. Mon professeur me disait souvent: ‘a cheval, ne soyez pas cérébral, soyez sensuel’ – Il possédait par ailleurs une grande culture équestre, et m’encourageait à lire les Maîtres, mais, disait-il, le temps de la réflexion sur leur pensée doit être celui où l’on redevient piéton.
    -et surtout, dès que son assiette est devenue suffisante, permettre à son élève de monter un cheval déjà mis, un ‘cheval professeur’. Un élève ne pourra jamais (à mon sens) apprendre ce qu’est le piaffer sur un cheval qui n’y est pas déjà mis. Même sans aller jusqu’à ces sommets, il en va de même pour la plupart des mouvements, ne serait-ce par exemple qu’un petit galop rond et cadencé.
    En conclusion, je dirais, pour ceux qui s’intéressent à cette théorie neuropsychologique, que, au manège, l’enseignement de l’équitation doit s’adresser beaucoup plus au ‘cerveau droit’, celui des sens, de l’art et de l’imagination, qu’au cerveau gauche, celui des concepts, du rationnel et des symboles.
    J’arrête là mon verbiage (je dois être un peu comme Sandrine, en tout cas sur un tel sujet!) et me permets de vous féliciter pour avoir mis sur la table un sujet aussi riche.

  5. gaton Says:

    ” a jeune cheval, vieux cavalier, a vieux cheval, jeune cavalier”
    cela résume beaucoup de chose et devrait être appliquée un peu plus souvent

    je vais me faire un peu l’avocat du diable (je suis sinon entièrement d’accord avec marie Hélène)
    n’oublions pas que l’enseignement de l’équitation a beaucoup évolué ces 50 dernières années
    la démocratisation et la création des poneys clubs ont apporté énormément de choses mais forcément avec qq défaut
    tout le monde n’a pas la possibilité d’apprendre avec un professeur particulier (et tout le monde n’en a pas forcément envie, je pense notamment aux – de 18 ans)
    et dans ces cas là, le moniteur qui se retrouve au milieu de ses élèves, même avec de la motivation fait un peu ce qu’il peut avec ce qu’on lui donne
    il m’est arrivé de donner des cours où je n’avais pas choisi les chevaux et je savais pertinement que ces derniers n’étaient pas forcément adaptés
    ne parlons pas des cavaliers qui sont là sans forcément d’envie, etc

    le formation des moniteurs a progressé, il y a maintenat une formation ce qui n’étaient pas le cas avnt, mais c’est clairs et net que celle ci manque encore de vbeaucoup de chose
    personellemnt, ma formation a surtout consisté a me mettre au travail et apprendre ainsi (un stagiaire coute toujours moins cher qu’un moniteur)

    enfin tout ca pour dire que ce que décrit Marie hélène est l’idéal mais que la réalité est évidemment très éloigné par manque de formation des enseignants, et aussi parce que tout les élèves (et là, je pense quels que soit l’age et la discipline) n’ont pas forcément envie de trouver un bon professeur (il est si facile pour certains de remplcer un “mauvais “cheval)
    je ne sais pas si j’ai été très clair, mais en tout cas, encore un sujet passionant, merci Marie Hélène

  6. Marie-Hélène Says:

    La démocratisation de l’équitation et son ouverture sur le plus grand nombre ont bon dos et ne sont pas les seules causes qui justifient des reprises bien souvent surchargées. L’appât du gain est trop souvent omniprésent qui motive les dirigeants de club pour accepter de plus en plus de monde. Tant que cet état de fait durera, l’enseignement aura bien du mal à changer.
    Les moniteurs auront beau tenter de développer des trésors de pédagogie, leur profession restera difficile, voire frustrante.

  7. Marie-Hélène Says:

    Il m’arrive, comme Will en parle dans son commentaire, d’être prés de l’élève, de placer sa main, de me “cramponner” à son bras de sorte qu’il ressente l’effet d’une main crispée, ou bien encore, d’orienter sa jambe, ou de le redresser grace à ma main dans son dos. C’est effectivement très important, car cela étaye les indications plus théoriques. Avec le temps, améliorant ma pédagogie sans doute, je me rends compte que je monte un peu moins souvent les chevaux de mes élèves. Je pense que mes explications portent mieux leurs fruits. Cependant, je les monte tout de même dans les cas suivants : lorsque je ne comprends pas ce qui ce passe et que j’ai besoin de sentir le cheval par moi-même, lorsque c’est un cheval que je ne connais pas, ou encore quand mes explications ne suffisent plus, et qu’alors le visuel s’avère indispensable pour la compréhention de l’élève. Mais j’évite de monter à tout bout de champs, par facilité, plutôt que de chercher à donner les bonnes explications.

  8. Sandrine Says:

    oui oui oui oui oui… que tout cela est plein de bon sens… mais l’équitation en fait n’est que du bon sens…
    Un élément s’agissant de “l’appât du gain”… c’est l’appât du gain qui génère toutes les dérives finalement… lorsqu’en plus on sait que le cheval en box nécessite des moyens importants pour que son entretien soit convenable… on ene arrive à des chevaux inadaptés aux élèves et à des reprises surchargées… trop souvent… et en plus d’une certaine “mauvaise éducation de base”qui entretien ces dérives (par habitude de ne pas connaitre autre chose ), je pense qu’il y a aussi le problème vicieux, du petit centre qui s’étend et devient trop gros centre (pour pouvoir organiser des grandes randos par exemple), trop de chevaux, donc beaucoup de travail qui implique ou beaucoup de moyens ou un établissement plus négligé qu’on ne l’aurait souhaité “au début”… et qui implique aussi probablement des cours surchargés… et paradoxalement parfois des chevaux pas assez sortis etc…
    Cela me semble une équation de bon sens à nouveau, toutefois je n’ai ni l’expérience ni le recul suffisant en ce domaine pour affirmer que ce que je dis est vrai. Toutefois je pense que parfois il faut savoir se contenter de “suffisament mais pas trop” pour s’épanouir comme on le souhaiterai dans son travail… c’est à dire un travail bien fait et “propre”.

  9. sylou Says:

    parce qu’il ya heureusement eu et qu’il y’aura encore d’excellents pédagogues et juste pour le plaisir : aller prendre le temps de voir cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x6mh54_lelevation-d-encolure-dorgeix_sport

    l’équitation Que du Bonheur ! et que de belles rencontres à faire !

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