La cession à la jambe comme outil pédagogique.

Ce post est une illustration d’un propos que j’ai tenu dans un post précédent et qui concerne l’élaboration de stratégies pédagogiques les mieux adaptées au couple cheval-cavalier.

Durant tout mon apprentissage à l’équitation équestre de Touraine, je n’ai pas fait une seule cession à la jambe (je ne parle pas de la tête et de la croupe au mur). L’épaule en dedans était l’assouplissement roi, et la cession à la jambe n’était évoquée que pour souligner son peu d’intérêt, voire ses effets néfastes.
Lorsque j’ai volé de mes propres ailes et pris mon indépendance, j’ai dû envisager des solutions capables de véritablement aider mes élèves.
J’ai beaucoup aimé ces quinzes années à travailler l’équitation classique, mais j’ai le souvenir douloureux de moments difficiles, qui devaient d’ailleurs l’être autant pour le cheval, et qui devenaient des impasses dont on ne m’aidait peut-être pas assez à sortir.
Pour exemple, et parce que c’est en rapport avec ce qui va suivre, je citerai tous les problèmes liés au retrait de la main intérieure. Je devais chercher seule, n’ayant comme seule consigne que de ne pas tirer sur la rêne intérieure. Cette consigne n’aidait guère à résoudre le problème ! Et surtout quelle aide précieuse ! Pauvres chevaux qui devaient faire les frais de mes recherches infructueuses!!

Avec le temps, et de plus en plus d’expérience, je me suis rendue compte qu’il existait de nombreux moyens à mettre en oeuvre par le biais de différents exercices, pour aider les élèves à utiliser correctement leurs mains, je parle des mains, mais c’est aussi valable pour le corps et les jambes. Evidemment, ces exercices, et je pense en l’occurence à la cession à la jambe, n’ont pas tous la même valeur sur le plan de la gymnastique du cheval. Mais s’ils aident le cavalier à mieux se servir de ses aides, alors, par voie de conséquence, ils seront tout de même bénéfiques pour la cheval.
Pour le cavalier, et pour employer un langage technique, j’espère ainsi que se fasse un transfert d’apprentissage. Car ces exercices permettent des apprentissages qui modifient, en les facilitant, d’autres apprentissages.

Ceci m’amène à parler de la cession à la jambe que j’ai utilisée avec un grand nombre d’élèves qui, eux aussi, avaient tendance à tirer sur leur rêne intérieure. Lorsqu’ils effectuent des épaules en dedans, contre épaules en dedans ou épaule en dedans sur la diagonale, les élèves ont beaucoup de mal au début, à ne pas reculer cette « fichue » main intérieure, ils finissent par se tordre, tordent également leur cheval qui finit par se défendre, et c’est le cercle vicieux.

Je ne renie pas ma formation et ne me fais pas trop d’illusions sur les vertus thérapeutiques de la cession à la jambe, comparées à celles de l’épaule en dedans, mais utilisée ponctuellement pour redresser chevaux et cavaliers, c’est un bon exercice transitoire qui donne, à mon avis, une bonne assurance de la rêne extérieure et libère la rêne intérieure. En effet, comme il est demandé au cavalier de ne pas incurver sa monture, il va se remettre d’applomb, remettre ses mains côte à côte, et en se redressant, il va pouvoir à nouveau avoir un cheval droit dans les aides.

cession à la jambe mh lelièvre

J’utilise aussi la cession à la jambe avec de jeunes chevaux qui n’ont encore jamais fait de déplacements latéraux. Après leur avoir appris à chasser les hanches à pied, je leur demande alors qu’ils sont montés. Je les place le long de la paroi du manège ou de la carrière, je recule la jambe extérieure, et pas à pas, juste en guidant les épaules à droite ou à gauche, j’effectue quelques foulées latérales. Ils sont moins enclins à fuir, ayant un obstacle devant eux qui les canalise, et comme je ne recherche pas d’incurvation mais les laisse relativement droits, les difficultés sont de moindre importance.

C’est évidemment quitter la voix royale, et là encore les puristes vont réagir. Mais je pense qu’il n’est pas forcément mauvais de prendre parfois des chemins de traverse afin de s’adapter au mieux à des situations délicates. J’en reviens à mon point de vue d’élaboration de stratégies visant à réduire les conflits entre les cavaliers et leurs chevaux, et en ce qui concerne mon approche de la cession à la jambe, je n’ai eu que des retours positifs. Jamais je n’ai eu un cheval qui, suite à ce travail, ne s’incurvait plus dans les autres pas de côté, comme cela se dit parfois, et petit à petit, tous mes élèves réussissent à faire des épaules en dedans correctes, mais en ayant considérablement réduit le temps de tâtonnement souvent plus que gênant pour le cheval.

cession à la jambe mh lelièvre

Là encore, tout est question de dosage. Et il ne s’agit pas de faire des cessions à la jambe à tout bout de champs, et il faut rester conscient des limites de cet assouplissement.

A vos réactions!!!

3 Responses to “La cession à la jambe comme outil pédagogique.”

  1. francois giffon dit :

    bjr marie-helene et bravo pour la tenue de votre blog tres interressant.je crois avoir une autre idee et surement me tromperais je,de la definition de la cession a la jambe comme figure de manege.je crois qu’il ne faut pas confondre travail de la jambe isolee et cession a la jambe.sur la 1ere video il s’agit d’un demi tour autour des epaules ou pirouette renversee donc le travail de la jambe isolee est l’une des composantes.dans la 2eme video,pour moi, il s’agit d’une contre epaule en dedans dont vous vantez tres bien les merites pour l’apprentissage de l’epaule en dedans.ces deux figures de manege ont en commun avec la cession a la jambe de contribuer a la mise en main.ces deux figures de manege executees avec le corp du cheval droit ne change pas leur appellation.la cession a la jambe est une figure de manege pendant laquelle le corp du cheval reste pratiquement droit exept un tres leger pli d’encolure du cote oppose ou il va,et surtout reste parallele a une piste en direction d’une piste opposee.c’est un exercice fabuleux lors de la detente qui contribue a la mise en main ,par l’etendue du mouvement.il y a tres peu d’obliquite .l’interet est de ralonger legerement le parcours en avant et tres legerement sur le cote le l’anterieur du cote oppose a la jambe isolee,ce qui entraine le posterieur oppose,d’ou l’interet.Dans le cas de lignes brisees ou contre changements de mains,l’interet est aussi dans le passage du poids d’une epaule a l’autre_pendant que l’on charge une epaule.on libere l’autre evidement-.je pourrais donner plus de details mais je suis deja tres ennuyant.ps :la photo du cheval bai me semble etre dans cette direction.merci a vous pour ce blog nous permettant de reflechir un peu.

  2. Bonsoir François et merci pour votre « réaction ».
    Vos commentaires sur la cession en général sont tout à fait intéressants.
    Pour ce qui est du post en particulier, voilà un essai de réponse.Tout d’abord, c’est vrai, je ne me complique pas trop la vie : si je considère que je peux faire une épaule en dedans à la piste, en diagonale ou sur un cercle, je tends à considérer que je peux faire de même avec une cession à la jambe. Voilà pourquoi je nomme « cession » les exercices présentés sur le post et qui ne sont pas tous en diagonale. Ensuite, je n’appelle pas la première vidéo « pirouette renversée », car à mon avis, le cheval devrait être nettement incurvé à gauche, regardant venir ses hanches. Sur la seconde vidéo, toujours à mon humble avis, le cheval n’est pas assez incurvé, voire pas du tout à la fin, pour être en contre épaule en dedans.
    A un prochain commentaire.

  3. francois giffon dit :

    bjr marie-helene,merci pour votre prompte reponse.dans equitation academique,editions lavauzelle,le general decarpentry ,a lapage 135 montre qqs schemas de differentes pirouettes.je vous invite a jeter un petit coup d’oeil si cela vous est possible.en tout cas dans la premiere video il s’agit bien d’un demi tour autour des epaules,nous sommes deja d’accord sur ce point meme si le cheval a une legere tendance a s’acculer…je me pose la question suivante:est-ce que dans la definition de la cession a la jambe,par le biais de la formation d’enseignants,il n’y aurrait pas une facheuse tendance a mettre dans le meme sac tous les »pas de cote »effectues sans incurvation totale?ne faudrait-il pas tout de suite nommer precisement les mouvements afin que les eleves ne fassent pas trop de confusions?je suis tout a fait d’accord avec vous quant au fait que l’epaule en dedans peut etre pratiquee sur le cerle,sur la piste ou une diagonale puisque la definition de ce mouvement est justement quoiqu’il arrive que le cheval se deplace en mettant son epaule du dedans en avant des autres membres.a la page 124 le general nous dit qu’au debut de l’epaule en dedans ,l’inflexion doit etre celle d’un tres grand cercle (donc a peine de pli,voir a peine l’oeil du cheval).je suppose que pour la contre epaule en dedans c’est la meme chose a l’envers.dans la 2eme video il me semble bien que le cheval a bel et bien un pli d’encolure a droite et il se deplace lateralement vers la gauche avec la tete a droite face au mur.si cela n’est pas de la contre epaule en dedans sur la piste ,ce mouvement peut etre effectue avec une incurvation et une obliquite variables selon le besoin du moment,sauf en competition de dressage ou la, les trois quarts des juges ne connaissent rien ou pas grand chose.voila en ce qui concerne notre petit point de desaccord tt a fait momentane et sans revenir sur cet execice de la cession a la jambe qui pourra etre aborder plus tard.a nos pas de cote sans faux pas …pas facile.

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