Soumission physique et psychologique.

Voici une réflexion que je me fais régulièrement et que j’aimerais vous soumettre.

Nous assistons actuellement à des démonstrations équestres qui, de prime abord, forcent l’admiration, les chevaux exécutant parfois de véritables prouesses techniques, dans une apparente totale liberté.
En effet, le dresseur, qui peut travailler de façon classique, peut aussi être tantôt rênes longues, tantôt sans aucune embouchure, à cru, et d’autres fois, carrément à côté de son cheval, voire loin de lui.
L’apprentissage qui mène à ce travail est sans nul doute dénué d’une quelconque violence physique, sinon, comment un cheval pourrait-il rester longtemps couché, loin de son dresseur de surcroît, sans chercher à se relever? Ou comment cet autre enchaînerait-il des figures, ou sauterait-il des obstacles, uniquement guidé par la voix, sans se tromper de tracé ni sans faire de refus?
Au contraire, seules la confiance et la complicité semblent être les uniques pré-requis à l’obtention d’un tel résultat !

Mes questionnement sont les suivants : certains de ces chevaux ne subissent-ils pas néanmoins comme une forme de « lavage de cerveau » ?

Baucher ne préconisait-il pas, je cite, de « détruire les forces instinctives du cheval et de les remplacer par des forces transmises » ?
Et Jean d’Orgeix d’écrire : « un cheval, dès l’instant où il a été « mis en travail », ne doit plus avoir le droit de se permettre le moindre mouvement autre que ceux demandés par son cavalier. » »…pour obtenir une instantanéité des actions, il faut supprimer le passage par le cerveau du cheval. Pour cela, il est nécessaire de transformer le geste commandé en geste réflexe. » « Lui apprendre qu’en réponse à telle action du cavalier, il doit immédiatement effectuer tel geste. Mais une fois cet enseignement donné, il est fondamental de faire…refaire…recommencer ce mouvement des centaines, voire parfois des milliers de fois, et ceci durant un laps de temps assez court. Alors le geste qui a répondu au début à l’ordre donné par le cerveau du cheval, devient un mouvement instinctif, automatique, échappant même dans une certaine mesure à sa volonté. »

Certains cavaliers se revendiquant du mouvement « équitation éthologique », ne travaillent-ils pas leurs chevaux dans le même esprit de répétition afin d’obtenir la désensibilisation à certaines choses?

Au bout d’un certain temps de ce régime là, le cheval ne risque-il pas de n’être plus que le prolongement physique du cavalier, ayant perdu dans le travail, sa véritable personnalité équine?

portrait  de cheval blog mh lelièvre
L’obéissance et la soumission obtenues ainsi ne se payent-elles pas d’un prix trop élevé par le cheval?
N’est-il pas préférable d’offrir à celui-ci un cadre de travail plus souple, afin de conserver un peu de « fantaisie » en lui laissant sa part d’expression?

chevaux en liberté mh lelièvre

De toutes façons, si le cheval est physiquement correctement travaillé, en douceur et dans un contexte de vie pas trop désagréable pour lui, il y a peu de risques que de gros débordements surviennent et que le désordre s’installe.

Alors, pourquoi ne pas limiter certaines de nos exigences? Avons-nous à ce point besoin d’affirmer notre prétendue supériorité? Je m’interroge souvent sur la difficulté à trouver la juste limite entre dressage et excessif conditionnement.

cheval rigolo mh lelièvre

Bon, je suis d’accord avec vous, trop de fantaisie peut nuire à la concentration!!!

18 Responses to “Soumission physique et psychologique.”

  1. Sandrine dit :

    Bonjour Marie Hélène.

    Encore une fois une réflexion très intéressante… j’ai un peu de mal à émettre un avis à ce sujet; je me laisserai porter par les réactions d’autres intervenants pour le moment …
    Ne peut on pas aussi mettre dans la balance la tentation d’obtenir un travail « parfait » ce en fonction des objectifs de ce travail (représentation essentiellement que ce soit compétition ou exhibition). Là semble alors se profiler deux comportements: monter pour le plaisir de « créer la beauté » (personnellement la beauté est indissociable de personnalité) et travailler simplement pour le cheval et pour soi de manière « désintéressée », si j’ose dire, en terme de recherche à tout prix de perfection technique; et à contrario monter avec d’autres « contraintes » réelles ou bien que l’on fini par se créer soi même au fil de notre progression.

  2. sylou dit :

    pourtant… voir catherine henriquet en démonstration de dressage en licol aux 10ème journées éthologique au haras de la Cense c’est sympa ! à vous de juger. Si l’envie vous prend de vous faire votre propre opinion aller sur facebook où j’ai publier un album avec 51 clichés sympas : (pas réussi à créer un lien désolée ma technique informatique pêche trop…)

    10è journées éthologiques au Haras de La Cense : album créé par cindy plée

    je n’y étais pas donc mon jugement peu certes s’en trouver faussé mais j’ai pris plaisir à voir ces clichés. De là à penser que peut être les opinions pourraient commencer à évoluer dans le monde du dressage, que la pétition de Philippe Karl n’est peut être pas inutile… qu’il y a des gens biens partout, bref que tout n’est pas toujours négatif hors de chez soi… un peu d’optimisme que diantre !

  3. gaton dit :

    comme le dit Sandrine, encore une reflexion extremement interessante

    je crois qu’on touche là surtout la base même du principe de l’equitation
    du moment que l’on domestique un animal, on fausse ses réactions naturelles
    avec les chevaux, en plus , on monte dessus et même on se « contente  » de faire faire a son cheval qqch qu’il est capable de faire naturellement (enfin normalement, combien de cavalier veulent obtenir des choses que leur monture ne peuvent physiquement pas leur donner)

    ne faut il pas non plus se mefier de la tentation de l’anthropomorphisme

    je n’affirme rien, mais ce post me pose beaucoup de question et les citations que tu fais de Baucher et du chevalier me font assez peur

  4. Je suis optimiste, car les choses commencent en effet à changer. Elles changent justement grâce aux bonnes questions que se posent de plus en plus de monde.
    Autre chose, ne nous contentons pas des résultats que nous voyons, demandons nous ce qu’il y a en amont. La démonstration est une chose, le chemin qui y conduit en est parfois une autre! Pensons y!
    Pour éviter toute polémique, je précise que mon propos ne vise personne : c’est une réflexion d’ordre général.

  5. Roxane dit :

    Je vous rejoinds totalement dans la réflexion.. que je me suis faite il y a un bout de temps et qui m’a faite retourné à une équitation classique pure, dans laquelle le cheval n’est pas « mécanisé » à outrance. L’équitation doit laisser la liberté d’expression du cheval, elle doit se construire petit à petit avec la volonté du cheval et en étant à son écoute… certaines méthodes de dressage (dit naturelle) me font plus penser à une aléniation pure et simple du cheval… Meilleures salutations 🙂

  6. carole dit :

    Concernant les nouveaux maitres, vous pouvez lire le texte d’un véritable éthologue (au sens scientifique du terme) en suivant le lien ci-dessous :
    http://puisaye-station-recherche.ifrance.com/ex_pages/cadre2.html
    M. Barrey explique que les méthodes de débourrage rapides font appel à « l’inhibition conditionnée » qui entraine des pathologies. Il propose un débourrage plus long et classique basé sur « l’habituation » du cheval à des stimulii doux ne déclenchant pas un niveau de stress destructeur. Il parle de « rencontre symbiotique : utiliser, fournir la contrepartie, laisser de l’autonomie au cheval ».
    Nicolas Blondeau va également dans ce sens : il parle de travailler constamment dans la décontraction et de privilégier un apprentissage « opérant » plutôt que conditionné (il est vrai qu’il débourre également les chevaux rapidement !).
    Quant à Mme Henriquet, pour avoir passé 2 jours en stage chez elle, lu les ouvrages de son mari, je crois que c’est réellement une personne respectueuse de l’intégrité physique et morale de ses chevaux. Carinho a été dressé de manière classique avant de travailler avec le bosal. Cette démonstration illustre simplement le fait que l’équitation ne se limite pas à la simple relation main-bouche, mais à un tout (posture, répartition du poids, jambes,..) et qu’à ce niveau de dressage le mors n’est plus une nécessité!
    Je crois simplement qu’avec les chevaux il faut surtout toujours rester cohérent et honnête, et qu’il faut prendre le temps d’installer une vraie relation durable.

  7. carole dit :

    Une dernière précision concernant le lien : une fois sur le site, choisir l’onglet « Ethologie » à gauche, puis « éthologie équine » et en bas de page « lire les textes » : ETHOLOGIE EQUINE, aplications en thérapies équestres
    Merci

  8. Merci Carole d’avoir pris la parole sur ce blog et du nous avoir livré tant d’informations intéressantes.
    Vous voyez, plus j’avance, et plus je me plais à imaginer qu’il serait peut-être possible d’atteindre le plus haut niveau sans jamais être passé par le mors. Je ne suis pas la mode, c’est une question de convictions de plus en plus profondes chez moi.
    Accéder à la beauté et l’harmonie avec le moins de contraintes possible. Je pense que cela relève de l’utopie!!

  9. sylou dit :

    d’abord : merci encore à l’auteur de ce blog de nous pousser toujours à réfléchir sur notre façon de monter nos chevaux ! et pour continuer sur le thème :

    De l’utopie non pourquoi ! C’est plutôt un très noble objectif à mon sens ! D’ailleurs, même Olivier Sirot : ancien instructeur de l’ENE a créé depuis quelques années ses écuries perso et ne montent plus que ses chevaux (que ce soient ceux de ballade ou de dressage niveau RLM…) qu’avec le fameux side pull… il déplore d’ailleurs de ne pouvoir l’utiliser en compétition officielle sur le carré… les mentalités changent courage ! voir son site pour plus d’infos http://www.ecuriedemaupertuis.fr/

    Par ailleurs et pour les intéressés, Pierre Pradier (l’école des centaures cf explications de Marie Hélène sur l’inné locomoteur), organise un stage sur deux jours les 7 et 8 novembre prochains dans le 77. La première journée où les thèmes suivants seront abordés (travail du cheval en liberté, à la longe, du jeune cheval, de basse école, de haute école, de mécanisation sur les barres, sens de l’abord, récupération après une grosse épreuve, les différentes étapes d’une séance de travail type, les fondamentaux : cadence, attitude, amplitude, rectitude et rassembler) est en entrée libre donc gratuite !
    voir le blog suivant http://mecaniqueequestre.over-blog.com/

  10. will dit :

    Merci, Marie-Hélène pour ce nouveau sujet si propice à la discussion.
    Pour ma part, je suis perplexe devant toutes ces ‘nouvelles’ tendances éthologiques, où l’on ‘monte’ sans éperons, sans mors, sans selle, puis sans même s’asseoir sur le cheval du tout!
    Comme Sandrine, je pense qu’il faut pour s’y retrouver, revenir à la question première: ‘pourquoi monter à cheval?’
    Le Cdt de Padirac a fourni la plus belle réponse dans cette merveilleuse citation:
    ‘…nous montons pour le plaisir de nous sentir transportés dans des attitudes différentes, noyés dans la fluidité d’un dos souple et calme, bercés par la cadence d’allures amples er harmonieuses’
    Nuno Oliveira a défini dans la même veine le but de l’équitation ainsi:
    ‘L’ équitation, ce n’est pas la recherche du succès en public (..), c’est le dialogue en tête à tête avec le cheval, c’est la recherche de l’entente et de la perfection’
    Le Mestre a donné en outre la façon de parvenir a ce bonheur:
    ‘Finalement, dresser un cheval, ce n’est pas en faire un robot ou une machine quelconque, mais, en lui gardant sa fraîcheur, un collaborateur obéissant’
    Si l’on adhère comme moi à la beauté et à la profondeur de la pensée de ces deux grands Maitres, on peut faire les observations suivantes:
    -le dressage de chevaux en liberté et l’équitation sont deux choses bien différentes. Les amalgamer en une seule conduit à la plus grande confusion
    -l’ équitation change (et non pas fausse) les réactions naturelles du cheval, le transformant d’un animal sauvage en un être civilisé avec qui on peut communiquer dans un dialogue non verbal d’une sensibilité et d’une finesse sans égales, mais qui suppose l’apprentissage et la pratique d’un langage qui demande des années de travail et de patience.
    -la soumission du cheval est nécessaire, et la volonté du cavalier doit s’imposer à la sienne. Mais ceci doit s’obtenir dans la douceur, en invitant le cheval à collaborer, et non pas en le mécanisant. Le chevalier d’Orgeix était connu pour ses formules à l’emporte-pièce, et lui-même a souvent admis qu’il se laissait emporter par son enthousiasme à développer une méthode. Quant à Baucher, sa fameuse formule sur les forces instinctives et transmises doit être comprise à la lumière de toute son œuvre, au cours de laquelle elle a évolué. Dans la deuxième manière ‘détruire’ et ‘remplacer’ deviennent ‘harmoniser’. Il y aurait beaucoup à dire sur la notion de soumission chez Baucher. Les principes de la légèreté, et notamment le ‘placer et laisser faire’ sont bien loin de la robotisation que l’on voit souvent dans l’école germanique, et loin de mécaniser le cheval, lui permettent ‘d’ exprimer tout le brillant que comporte son ensemble’. Il ne faut pas avoir peur du génie de Baucher à qui la Belle Equitation doit tant!
    -je ne comprends pas la démarche de ceux qui prétendent supprimer les moyens de communication avec le cheval que sont le mors, ou l’éperon. Il a fallu à l’homme des siècles pour en perfectionner l’usage, jusqu’à devenir, pour un cavalier digne de ce nom, des média de conversation avec le cheval irremplaçables. Un écuyer (ou une écuyère) de renom qui fait une présentation sans mors me fait penser à un virtuose du violon qui prétendrait se passer d’archet: il peut certes jouer en pizzicati, mais avouons que les merveilles sonores de son Stradivarius seraient bien sous-employées!
    Enfin, tout ceci n’est que mon avis!

  11. carole dit :

    Je vous rejoins un peu. Si nous pratiquons parfois le débourrage au licol, j’ai du mal à savoir comment obtenir une flexion de machoire puis de nuque sans mors.
    Je parle là de dressage classique, pas de promenades.
    J’ai également l’impression que l’on diabolise le mors, alors que l’on devrait plutôt diaboliser la mauvaise main (et la mauvaise assiette). Je vois des gens qui montent en bosal ou side-pull avec une mauvaise main et qui font beaucoup de mal à leurs montures.
    Ces nouveaux harnachement semblent anecdotiques. Il faut plutôt s’attacher à travailler sa technique d’une part et son ressenti d’autre part.

  12. Carole,
    La flexion de mâchoire ne s’obtient que parce que le contact avec la tête du cheval est justement la bouche. Donc inutile de la rechercher sans un mors. Par contre, il faut veiller à ce que le cheval s’appuie le moins possible sur la muserolle, et c’est ici que ça devient délicat, car le chanfrein étant moins délicat que la bouche, le fait de peser à la main procure moins de désagrément. De plus, lors d’un petit demi arrêt avec le mors, la bouche étant située tout en bas de la tête, il est plus facile de la remonter. Ce qui est moins évident alors que le contact se situe plus haut. (L’humain ne s’y est pas trompé, et c’est bien pour avoir plus d’emprise sur l’animal qu’il a inventé le mors!)
    Néanmoins, cela est tout de même faisable mais demande un peu plus de temps.
    Je pense qu’il ne faut rien diaboliser, ni le mors, ni le « sans mors », et admirer tout ce qui est beau et bien fait avec le maximum de respect pour le cheval.
    Malheureusement, la beauté côtoie souvent l’horreur, et le talent, l’incompétence.
    Continuons de toute façon à améliorer notre main et notre assiette, à rechercher la beauté et l’harmonie avec ou sans mors. Gardons nous du prosélytisme, il y a du bon et du mauvais dans chaque doctrine. Gardons l’esprit ouvert et continuons à chercher.

  13. Voici ma réponse, Will,
    Les petits désaccords que j’ai avec vous portent sur les points suivants, et, bien sûr, n’engagent que moi : si pour notre espèce, qu’est l’espèce humaine, le cheval nous parraît sauvage tant que nous n’y avons pas touché, pour son espèce à lui, losqu’il vit sa vie de cheval, il est tout à fait civilisé, ou du moins, apprend à l’être parmi les siens. Le cheval n’a pas besoin de l’homme, sauf, évidemment, pour la survie de son espèce. Nous lui devons l’extrême gentillesse avec laquelle il nous laisse le monter et le transformer à notre guise, en faussant tout de même quelque part ses réactions. Il n’est génétiquement pas programmer pour être monter, et au départ, bon nombre de ses réactions naturelles sont totalement remises en cause par ce qu’on lui apprend.
    Je vais réduire mon texte car ce sujet est vraiment passionnant et je pourrais en écrire encore long, trop long!
    Il serait tellement plus agréable de discuter de vive voix.
    Un point encore : et je me fais l’avocat du diable, mais ce n’est pas parce qu’une chose existe depuis des siècles, qu’elle est forcément bonne à cent pour cent. Il existe des tas de contre-exemples. Ceci étant, je suis en accord avec tout le début de votre commentaire, et j’admire certains écuyers autant que vous, à cette réserve prés, comme je l’ai écrit à Carole précédemment, que chaque méthode a ses failles et donc chaque écuyer ses faiblesses. Pour vous donner un exemple concret, pour avoir très bien connu le commandant de Padirac, que j’aimais beaucoup, et sa méthode, je peux dire, avec le recule, que je me suis éloignée de certaines choses.
    J’essaie de garder un esprit critique, ouvert, afin d’être capable de prendre ce qu’il y a de bien où que cela se trouve. Bien sûr, je ne suis pas une pique assiette qui grappille à droite, à gauche, sans cohérence, je tente de rester logique.
    Mais je ne suis pas certaine qu’il n’y ai qu’une vérité. Oliveira pensait bien qu’il y avait plusieurs philosophies de l’équitation : une pour chaque cheval.
    Pour ce qui est du dernier point, je compte bien vous faire mentir, et parvenir à faire, sans mors, avec mon cheval des jolies choses qui pourraient vous faire dire que je ne joue pas si mal du violon…avec un archet…bon, bien sûr, en restant modeste quant au choix du morceau.

  14. will dit :

    Merci, Marie-Hélène, pour votre réponse très claire (et mesurée!).
    Tout d’ abord, et sans sans rien retirer au mérite de l’informatique, je partage entièrement votre avis sur l’avantage de la discussion de vive voix, dans l’écurie puis éventuellement au bar du manège autour d’un verre!
    C’est vrai que nous abordons dans cette discussion des aspects passionnants, qu’il est difficile de traiter par écran interposé. Je me limiterai aujourd’hui à développer quelques commentaires autour de la question du ‘bonheur’ du cheval. Cette question devient un sujet de plus en plus important pour beaucoup de cavaliers, et on ne peut que s’en réjouir. Cependant, il me semble indispensable qu’elle doive être traitée dans le cadre de l’équitation, qui est une forme de dressage qui a de plus deux particularités fondamentales que Saint-Fort Paillard explicite ainsi:
    – ‘le cavalier prétend se faire porter par l’animal qu’il dresse et qu’il emploie
    -‘de ce fait même, le cavalier est en contact physique intime et constant avec cet animal’
    Ainsi, la question de savoir si le cheval sauvage est plus heureux que le cheval domestique, ou celle de savoir si le cheval a besoin de l’homme sont à mon avis externes au domaine de l’équitation.
    Ce que je crois, c’est que le cheval dressé peut être heureux, comme d’ailleurs le chien peut l’ être aussi. Ces animaux, vous avez cent fois raison de le souligner, mettent à la disposition de l’homme une gentillesse extraordinaire. C’est une grande responsabilité pour l’homme d’y répondre de façon à ce que l’animal reçoive en retour l’amour qu’il mérite. Douceur, dialogue sensible, confiance, bien-être physique au travail comme au box, satisfaction d’accomplir un travail permettant à l’animal de dépenser son énergie sans fatigue excessive et dans l’harmonie sont quelques uns des moyens de dispenser cet amour.
    Ne nous y trompons pas: cela n’implique ni mièvrerie, ni sensiblerie. Le respect que l’on doit à l’animal demande à ce qu’on le traite en tenant compte de sa force, de sa vaillance, de son courage et de son énergie vitale tellement supérieure à celle de l’homme. Je suis toujours frappé de voir combien les chevaux de chasse en Angleterre ou de complet semblent heureux de pratiquer ‘leur’ sport avec enthousiasme, dans une confiance mutuelle d’une qualité exceptionnelle avec leur cavalier. Ils sont même tellement généreux que le cavalier doit toujours veiller à ce qu’ils ne se donnent pas au-delà de leurs limites.
    Quand je parle de civilisation, je veux dire l’apprentissage d’un langage non verbal spécifique, très subtil et intime entre l’homme et le cheval. Certes, les chevaux entre eux ont un langage, mais qui se limite à des signaux olfactifs, des postures, voire des morsures et des coups de pieds qui ne convient pas facilement aux rapports avec cet autre mammifère très particulier qu’est l’homme..D’où la nécessité de créer cet autre langage qui est celui de l’art équestre. Vous dites que le cheval n’est pas ‘n’est génétiquement pas programmé pour être monté, et au départ, bon nombre de ses réactions naturelles sont totalement remises en cause par ce qu’on lui apprend’. Je pense que, comme l’homme, le comportement du cheval (et de la plupart des mammifères) résulte d’une combinaison d’inné et d’acquis. L’ équitation enrichit (augmente) l’acquis, et ne ‘fausse’ pas au sens péjoratif du terme les réactions de cet être doué de mémoire, de sensibilité, de personnalité et, je le crois, d’intelligence qu’est le cheval. Le mot fausser s’appliquerait si le cheval n’était qu’un robot programmé par la Nature pour une vie purement gouvernée par l’instinct de survie.
    Voila, je dois m’arrêter ici car moi-aussi, je pourrais continuer encore longtemps à vous ennuyer de mon discours!
    En tout cas, merci encore pour toutes ces occasions que vous nous offrez avec ce blog de partager notre passion!

  15. will dit :

    Je m’aperçois que mon avant dernière phrase a trahi ma pensée, en laissant entendre que votre ‘discours’ m’ a ennuyé. Il n’en est rien naturellement. C’est même tout le contraire! Je voulais simplement dire que ma prose, elle, pourrait devenir ennuyeuse à force d’être longue..
    Ah, ce genre de malentendu n’arriverait décidément pas si nous étions en train de discuter au club-house!!

  16. Cat dit :

    Un peu tardivement peut-être, je voudrais me joindre à cette passionnante discussion.
    Etant agronome de formation, j’ai tendance à penser que le cheval, espèce domestique, est notablement différent du cheval sauvage. L’élevage a permis de sélectionner des caractères, des morphologies et des tailles particulières, pour tel ou tel usage. Certaines de nos races domestiques ne survivraient pas « dans la nature ». Le cheval né dans nos écuries n’est donc plus un cheval « naturel » (comme nos chiens ou nos vaches d’ailleurs).
    Si aujourd’hui, il y a un aussi grand nombre de chevaux, c’est bien parce que l’homme lui a donné des conditions favorables. On pourrait aussi dire que le développement de l’espèce homme a été favorisé par le cheval. Nous sommes donc en quelque sorte, des espèces commensales.
    De ce fait, il me semble que la notion de « nature » appliquée à un animal domestique (et pas seulement au cheval) relève essentiellement de l’affect. Il est légitime de demander au cheval son travail tout simplement parce que qu »il nait et qu’il vit grâce à nous.
    Donc, je pense que la question de savoir si telle équitation est plus « naturelle » n’est pas bien posée. Il s’agit de savoir si cette équitation (ou ce procédé) permet de sauvegarder le bien-être physique et moral du cheval. Pour moi, la question n’est pas mors ou pas mors mais douleur ou confort pour le cheval, que l’action s’effectue sur la bouche ou ailleurs. De la même façon un mors dur avec une excellente main sera plus confortable pour le cheval qu’un mors doux avec une main volage ou en béton.
    Je vois l’équitation comme la rencontre entre deux individus. C’est la qualité de la relation qui doit primer sur les « résultats »… enfin, c’est mon avis.
    Bonne journée.

  17. Je trouve votre commentaire fort intéressant et sujet, si nous en avions le temps, à des discussions certainement animées.
    Un chien domestique ne verrait certainement pas sa survie assurée si on lui rendait sa liberté, en effet, mais il n’en reste cependant pas moins vrai, qu’il est plus heureux à gambader dans un jardin ou un enclos digne de ce nom, qu’attaché à une laisse, et même si ce chien a un « métier » (attention! ce terme est employé avec humour, et non par l’effet d’un quelconque anthropomorphisme)pour lequel on l’a destiné.
    Je verrais bien les choses de la même façon pour le cheval.
    D’autre part, je pense qu’il n’y a aucune légitimité à « demander au cheval son travail tout simplement parce qu’il naît et qu’il vit grâce à nous », car cela impliquerait que le cheval a conscience de cet état de fait, et qu’il devrait en éprouver une certaine reconnaissance, ce dont il est bien sûr incapable. Je pense au contraire, que l’humain devrait éprouver beaucoup de respect et d’affection pour cet animal qu’il lui plaît à faire se reproduire afin d’ assouvir, pour certains (dont aucun lecteur de ce blog ne fait partie, bien sûr :-)…) ses besoins de mise en valeur de son ego.
    J’espère ne pas avoir donné l’impression de vous agresser et serais heureuse d’avoir de nouveaux commentaires de votre part.

  18. Lucie dit :

    Et d’après vous Templado, le cheval de F. Pignon, se situe ou?

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