Retour sur le filet sans mors.

Je compte profiter de ce post pour vous expliquer comment j’en suis arrivée à utiliser le filet sans mors.

Il se trouve que depuis le début, Arly supporte assez difficilement son mors. Il y a quelques années, quand j’ai acheté ce cheval, il faisait déjà toutes sortes de choses étranges avec sa bouche.

Bien évidemment, le temps et le travail aidant, les plus grosses manifestations de sa gêne se sont nettement atténuées.
Néanmoins, en situation de stress ou d’agacement, il a toujours eu tendance à agiter la tête ou à jouer de la bouche. Je ne lui ai jamais serré davantage la muserolle, car alors je pense que le retour à la fixité eut été un leurre. Le problème se serait sans doute déplacé.

Par ailleurs, j’ai toujours pensé qu’il était avantageux pour un cheval d’aller en extérieur. Sauf qu’il se trouve qu’Arly a longtemps rechigner à s’éloigner de son écurie et que donc, les promenades n’ont pas toujours été une partie de plaisir.

Il m’est alors venu l’idée de faire des sorties gustatives pour lui rendre la tâche plus agréable. Ce fut une réussite, et pour la lui rendre encore plus agréable, j’ai investi dans un filet sans mors, ce qui a largement contribué à le convaincre définitivement de l’intérêt de la chose. Mais mon utilisation de ce matériel s’est longtemps limitée à cette situation.

cheval monté sans mors m h lelièvre

Par ailleurs, aujourd’hui, un de mes élèves possède un lusitanien qui blesse régulièrement à la commissure des lèvres. Quico a la peau rose à cet endroit et rien ne vient à bout de ses irritations.
J’ai donc proposé que nous essayions de le travailler quelques temps avec le filet sans mors.

Je pense d’ailleurs que toute bonne écurie devrait posséder ce matériel, ne serait-ce que pour faire face à ce genre de problème!

Quico a cicatrisé, et son propriétaire a eu l’envie de poursuivre l’expérience. Du même coup, j’ai moi aussi, eu envie de la reprendre avec Arly.

Il se trouve que malheureusement, en vieillissant, mon cheval a, comme beaucoup de chevaux de sa race, de l’arthrose qui évolue assez rapidement. J’ai donc levé le pied en ce qui concerne le travail, et j’ai trouvé intéressant d’envisager la recherche d’une attitude juste dans la légèreté, sans le mors, comme dernière ligne droite, avant une retraite bien méritée, mais qui, je le crains, risque d’être anticipée. Ce qui m’intéresse, dans cette démarche, ce n’est pas d’ôter ponctuellement le mors, et de dire : « regardez les mouvements savants que je fais », mais de l’ôter définitivement, et de faire de très bonnes choses dans le travail de base et dans la légèreté.

Je me rends compte que ce travail n’a rien de facile ni d’évident. Au début, le cheval restant sur ses acquis, s’est comporté comme avec le mors, allant même jusqu’à mobiliser sa mâchoire inférieure automatiquement lorsqu’il cédait dans sa nuque. Puis, il a rapidement compris que sans le mors, la nécessité d’exécuter certaines choses, comme la flexion de mâchoire, n’était plus obligatoire. N’étant pas aidé par un dos fort, il s’est alors mis à s’appuyer sur la muserolle. Quico, de son côté, a eu, à peu près, le même comportement.

Cette constatation faite, je n’ai absolument pas renoncé, et avec le travail et beaucoup d’application, je sens les progrès se mettre en place. Je ne cache pas que le manque de cette sensation si agréable qu’est la cession de mâchoire, a été assez frustrant au départ. Mais en travaillant beaucoup le soutien de l’encolure, avec très peu de main et davantage d’assiette, je recommence à sentir des choses tout à fait satisfaisantes.

cheval monté sans mors m h lelièvre

J’irai le plus loin possible dans ce travail avec mon cheval. C’est une expérience de plus, je pense, très utile, car si un cheval vient à ne plus pouvoir être monté avec un mors, il est intéressant de pouvoir tout de même envisager le maintien d’un travail soigné.

Je continue, par ailleurs, à travailler tous les autres chevaux qui me sont confiés, avec le mors et en recherche permanente d’harmonie.

Et puis, n’en déplaise à certains, il me semble qu’il est délicat de porter un jugement négatif sur un sujet que l’on ne maîtrise pas. Donc, ce n’est qu’après avoir essayé suffisamment longtemps une technique que l’on peut tenter d’émettre un avis qui soit le moins subjectif possible, à défaut d’être totalement objectif. Je ne veux certainement pas être désobligeante, mais par les temps qui courent, beaucoup d’avis sont émis, trop rapidement, par simple effet de mode, par volonté de rester dans une tradition ou par simple ignorance, je tente simplement pour ma part, d’essayer vraiment avant d’oser émettre un jugement.

8 Responses to “Retour sur le filet sans mors.”

  1. Sandrine dit :

    C’est vraiment très intéressant. Ton filet sans mors est un filet conçu particulièrement à cet effet si je comprends bien.
    Les chevaux actuellement sont avant tout travaillés avec le mors, c’est un fait. Si on souhaite changer il y a donc un moment de flottement logique où chacun cherche de nouveaux repères avce de nouveaux « codes » si on peut dire comme cela, ou plutôt changer les habitudes. Cette expérience est donc très intéressante et il y a donc une question que l’on peut aborder: si je comprends bien tu fais la plupart de tes promenades sans mors, tu as tenté un travail de la même manière. Maintenant ne penses tu pas que l’on peut inverser les tendances lorsque l’on souhaite monter dans un cadre particulier, juste pour le plaisir, la balade par exemple, sans nécessairement chercher à aller très loin, et en ce cas que le cheval dès le début soit travaillé sans mors ? suivant ce que l’on cherche la question est donc: le mors est il indispensable ?
    Il est plus facile d’obtenir certaines choses via le mors, c’est une réalité, enfin sauf avec moi, donc on dira c’est plus facile « sur le papier » hihi, mais comment par exemple abordes tu les problème d’appui sur la muserolle, c’est les mêmes sensations les mêmes manières de travailler qu’avec le mors ?
    Dans cette recherche de contact différent, n’est il donc pas intéressant finalement de faire un peu comme ce que j’ai vu en équitation américaine (pas n’importe où non plus ! ) , que le cheval avant tout réponde de la voix et du poids du corps sans rênes , les rênes trouvant ensuite leur utilité.

  2. Sandrine dit :

    « mais comment par exemple abordes tu les problème d’appui sur la muserolle, c’est les mêmes sensations les mêmes manières de travailler qu’avec le mors ? » question idiote, j’ai été coupée pendant ma rédaction et j’ai perdu un peu le fil de ton post, la réponse étant dedans ! : « soutien de l’encolure, peu de main, assiette » … et « travail soigné »

  3. Caroline dit :

    Bonjour Marie Hélène,
    J’aime beaucoup vos articles dans lesquels je retrouve mon histoire avec mon cheval espagnol qui a souffert aussi d’un « dressage » trop rapide et brutal,il a juste 7 ans, je l’ai depuis six mois et il a fait de gros progrès dans sa locomotion,il était monté en pelham avec gourmette bien serrée :une horreur !! je le travaille beaucoup en longe, et monté juste au trot en filet…il s’est beaucoup calmé et a pris confiance même si cela reste fragile,surtout ne pas faire de grands gestes , ne pas lever le ton sinon c’est la panique !!!Je ne peux toujours pas galoper monté,je ne sais pas comment ni de quelle manière il pouvait galoper car lorsque j’essaie c’est horrible,il ne sait pas partir au galop et s’il y arrive j’ai des pattes dans tous les sens,la tête a l’envers et bien sûr aucun équilibre !!!
    Pouvez vous me donner quelques conseils afin que je puisse continuer a aider mon cheval a se déplacer avec aisance souplesse et légèreté !!!!!!!!!
    Par avance je vous remercie
    Caroline

  4. Bonsoir Caroline,
    Déjà, pour ce qui est du galop, continuez à la longe, mais sans le pousser, et repartez gentiment aussi souvent qu’il repasse au trot sans le gronder.
    Monté, pour le galop, je vous suggère de partir d’un petit trot très bas et décontracté, et de galoper de la même manière, très bas. Faites des temps courts et alternez avec de nouveau du petit trot, ne le remonter pas pour le moment, mais apprenez lui à décontracter son dos. Travaillez à la voix au maximum, et relaxez vous énormément.
    Là, j’ai parlé du galop, mais si vous voulez d’autres conseils, n’hésitez pas.

  5. Caroline dit :

    Merci Marie Hélène,effectivement j’étais dans l’erreur ,monté je lui demandais en restant en place :trop dur !!!!!! Bon je vais repartir sur le bon pied (sic) avec du courage,avant hier je l’ai travaillé aux longues rênes (en caveçon) ,il adore cela,je ne suis pas une grande championne mais je me fais plaisir a voir mon cheval évoluer a pied en écoutant parfaitement les ordres, il galope très bien avec les longues rênes,il a besoin de beaucoup de changement dans le travail,il se blase vite d’aller sur la carrière,hier j’ai pensé a vous , première sortie en extérieur !! je ne sais pas si le pauvre savait qu’il y avait une vie en dehors !!! j’ai utilisé votre méthode gourmandise associée a sortie car quitter les écuries n’était pas sans stress, je pense néanmoins qu’il s’est plu en promenade, il avait un pas beaucoup plus tonique et surtout n’a pas trouvé très amusant de rentrer a la maison !!! Merci encore pour vos conseils qui redonnent du baume au cœur dans les grand moments de solitude que nous connaissons…..
    Caroline

  6. Marie dit :

    Bonjour,

    Je suis tombée sur votre site par hasard, et j’ai beaucoup de plaisir et d’intérêt à le lire.
    Je souhaiterais savoir si vous pouviez me dire où vous avez acheter votre bridon sans mors. Ce n’est en effet ni un bitless ni un side-pull, et je serais très intéressée de l’essayer.
    Je vous en remercie par avance.
    Cordialement,

    Marie

  7. Bonsoir,
    J’ai acheté ce bridon par le biais de la revue  » Planète Cheval Au Naturel », et il vient de Nouvelle Zélande. Honnêtement, je regrette un peu cet achat car l’ajustement n’est pas très bon, et je vais sans doute devoir faire des modifications.
    Voilà mon avis!
    Cordialement.

  8. Nicolas dit :

    Bonjour
    je me permet de me glisser dans vos échanges car, en lisant la description de son cheval par Caroline, j’ai cru retrouver mon propre cheval ! Un entier PRE de 12 ans acheté il y a 18 mois et qui présentait, à son arrivée, exactement les mêmes caractéristiques : peur de la main (et de l’Homme…) et donc cheval au dessus du mors, dos creusé, avec engagement exagéré des postérieurs (un Espagnol malmené « type »…), même refus panique de galoper, avec, là dessus, une incurvation très marquée à droite qui se traduisait par une faiblesse exagérée du postérieur droit, un appui disproportionné sur l’antérieur gauche et un « évitement » du mors à droite (tout ce qui explique d’ailleurs, en partie, la difficulté à prendre le galop…)..
    Je voulais juste vous apporter ma propre expérience : aujourd’hui (donc un an et demi après son arrivée) Bachiller (c’est son nom) galope aux deux mains, tendu mais en légèreté (ça ne dure pas encore trop longtemps il est vrai mais ça vient tous les jours un peu plus !), travaille au pas et trot rassemblé sur deux pistes et me donne ses premières foulées de trot d’école « dans la descente des aides ».
    La méthode utilisée ? A l’arrivée du cheval dans la famille, j’ai pris le livre du Commandant Padirac à la première page et je me suis fixé de le dérouler (avec le cheval), dans les 10 ans qui viennent, jusqu’à la dernière page. En tentant d’appliquer toutes les régles, « sans transiger » (comme il le répète si souvent). J’avoue qu’au début j’ai du m’aider aussi des écrits de Nuno Oliveira et de Philippe Karl, (parfois beaucoup plus diserts que le Commandant sur certaines difficultés !). Mais, depuis 18 mois, toutes les séances se sont faites avec, en tête, son premier principe (compter en mois et en années), son premier commandement (ne jamais forcer) et sa première règle (de l’impulsion…sur des mains fixes…).
    18 mois pour galoper en légèreté peuvent sembler longs mais je garanti que la « méthode », suivie « sans transiger », est extraordinaire pour le cheval (et le cavalier) et , surtout, permet de respecter l’éthique de légèreté.
    Bachi étant très distrait, les séances montées (3 jours par semaine à cause de mon travail) ne durent jamais plus de 3/4 d’heure (voire moins si l’exercice est réussi) avec beaucoup de temps passé au pas pour re-concentrer (il est aussi longé « en extension » 2 jours par semaine et emmené en trotting toujours en extension un jour par semaine).
    La progression ?
    – les 3 premiers mois : en filet, uniquement pas et trot avec comme exercices : extension d’encolure, cercles (en ne transigeant jamais sur la qualité du tracé quitte à arrêter souvent) et serpentines (toujours en se mobilisant sur la « perfection » du mouvement…).
    – au bout de 3 mois Bachi se posait sur le mors, « fuyait la jambe » et tournait au peser de la fesse intérieure. Donc : premiers pas d’épaule en dedans avec, toujours, cercles, serpentines …mais toujours pas de galop.
    – au bout de trois mois supplémentaires (donc déjà 6 mois) à ce régime (cercles, serpentines, épaules en dedans) : Bachi avait refait une bonne partie de son dos, répondait aux demandes de cessions de mâchoire (sur des mains fixes…) et donnait, au trot, quelques foulées d’épaule en dedans « de qualité ». Donc : premier départ au galop dans la méthode du Commandant (de La Guérinière plus exactement): mettre le cheval en renvers (on est, presque, dans l’appuyer, donc le cheval est « rond », impulsé, et posé sur son mors AVANT le départ) et demander le départ avec la jambe intérieure. Arrêter dès la première foulée et récompenser. Je confirme que ça marche ! (Dés lors que le cheval est prêt…et que la demande est correcte). Puis, le départ dans le calme depuis les aides de l’appuyer étant réellement confirmé (il a fallu compter un bon mois supplémentaire…), j’ai laissé dérouler une foulée supplémentaire après la première, puis trois, puis 4…A partir de là (on en est autour du 8ème mois…) j’ai profité des trottings extérieurs pour demander le départ au galop « rond et bas » (toujours depuis l’appuyer) et laissé le cheval « se faire plaisir » (et, accessoirement, augmenter sa capacité thoracique !) sur la distance qu’il choisissait.
    Depuis ? Depuis ces 8 premiers mois de « remise en confiance et en vrais muscles », Bachi est passé au mors de bride et il s’est écoulé 10 mois où je n’ai fait que confirmer : confirmer mes propres aides (à chaque fois qu’on sort de la règle de fixité des mains, on le paie…) et, évidemment, confirmer la qualité de l’épaule en dedans (c’est le travail d’une vie !) aux deux allures, et en utilisant progressivement le cercle (épaule en dedans et hanches en dedans sur le cercle), confirmer le départ au galop (mais en quittant l’appuyer pour le cercle), confirmer la qualité de la cadence du pas et du trot (cercle, serpentines, travail sur trois pistes, reculer et départ depuis le reculer…on n’en sort pas). La qualité du galop vient naturellement de celle du trot et de la qualité des départs. Du coup, je ne recherche pas plus pour le moment à cette allure que la qualité de un (puis deux, puis trois…) cercles dans une attitude « ronde et basse » où mon dos sent la poussée des postérieurs. Et, évidemment, le plaisir du galop en extérieur !
    Voilà ! Normalement, si Bachi reste dans cette intégrité physique là, il me reste encore 8 à 10 ans de plaisir à mener une progression « en mois et en année » et je pense que d’ici un an de ce travail, le galop sera (re)devenu « normal » (et cadencé) dans le rassembler . On pourra alors commencer les appuyers…

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