Hommage.

commandant de Padirac m h lelièvre

A la demande de plusieurs lecteurs de ce blog, je m’en vais vous tracer un portrait de celui qui fut mon maître.
Je parlerai très peu de sa méthode, son livre est là pour le faire. Je vais plutôt vous parler de l’homme qu’il était.

S’il est quelqu’un qui pourrait illustrer l’adage : “une main de fer dans un gant de velours”, c’est bien le commandant de Padirac.
Non pas qu’il eût masqué une quelconque rigidité militaire par une amabilité éventuellement commerciale. Non, simplement parce qu’il était la droiture et intégrité même, ne trichant pas, fidèle à ses convictions, n’allant pas dans le sens des vents qui portent les modes.

Rigoureux dans son travail, il imposait la même rigueur à ses élèves. Ferme, jamais méprisant mais toujours encourageant, il transmettait son savoir avec une passion évidente.

On aurait également pu dire de lui, qu’il était “calme, en avant, droit”. En effet, toujours maître de lui, courtois, patient, allant toujours de l’avant, comme il aimait souvent à le préconiser, et d’une honnêteté sans faille.

commandant de Padirac m h lelièvre

Le commandant avait toujours une anecdote à raconter sur ses expériences passées, tout en étant résolument tourné vers l’avenir, pas du tout passéiste.

Il était très à l’aise avec toutes les générations, et ses jeunes stagiaires, dont je faisais partie, auraient pu passer la journée à ses côtés sans se lasser le moins du monde. Réciproquement, il pouvait les faire travailler à cheval des heures sans que sa joie de transmettre ne faiblisse une seule seconde.

Je trouve cela formidable pour un homme qui n’était plus si jeune. J’ai travaillé à l’Académie de 1984 à 1999, et le commandant nous a subitement quittés en 1996 d’une rupture d’anévrisme, à l’âge de 84 ans.
Il montait encore chaque jour avec le même souci de recherche, ayant gardé sa prestance et sa belle présence à pied comme à cheval, jusqu’au bout.

commandant de Padirac m h lelièvre

J’ai récemment lu sur un forum de discussion, le message d’un internaute qui demandait quel grade avait au juste le commandant de Padirac, mettant visiblement en doute cet état de fait. Bien sûr qu’il était “commandant”, et plus fier de l’être que d’être comte, titre pour lequel il disait n’avoir aucun mérite!

D’un abord aisé, il était très agréable à vivre, convivial et d’une grande simplicité.

Il aimait beaucoup écrire, et chaque jour, mettait ses idées sur papier. Il avait une habitude très touchante, celle d’écrire un petit texte en vers ou en prose à ses stagiaires, pour marquer un évènement. Je les ai, en ce qui me concerne, tous gardés très précieusement.

commandant de Padirac m h lelièvre

Le commandant, alors qu’il était écuyer, est parti de Saumur encore relativement jeune, ne trouvant pas de réponses à ses questionnements de cavalier, et très déçu du peu de conseils prodigués. Il était à cette époque sous les ordres du colonel Margot.
Aprés une période transitoire de “solitude” équestre, il a “rencontré” la Guérinière (du moins son livre…), et Michel Henriquet. Par l’intermédiaire de ce dernier, il a fait la connaissance d’Oliveira, qui a su rapidement apprécier ses qualités d’écuyer. Dès lors ces deux écuyers ont noué des relations amicales.

Il est indéniable que le commandant a défendu les principes de la Guérinière jusqu’à la fin. Toutefois, je l’ai toujours vu faire faire les flexions de Baucher à tous les chevaux dont il estimait qu’ils en avaient besoin.

Même si j’ai personnalisé ma pratique équestre et l’enseignement que je dispense à mes élèves, très souvent me reviennent en mémoire, tel ou tel conseil. Très souvent aussi, je travaille sur les mêmes enchaînements de figures ou de pas de côté qui m’ont guidée durant toutes ces années passées à chercher et chercher encore à cheval.

Le commandant partait du principe, faisant sienne cette maxime : “c’est en forgeant qu’on devient forgeron”, que c’était en répétant les exercices que petit à petit, on apprenait à bien les faire, à trouver son équilibre, et le juste emploi de ses aides.
C’était un peu l’inverse de : la position précède l’action, mais cela permettait aussi de faire avancer les plus timides qui ne se sentaient jamais vraiment prêts, ou les “chipoteurs”, toujours à faire un dernier petit réglage. Ce n’était pas toujours très facile, et maintenant je pense qu’il est bon d’utiliser les deux façons de faire.

Aucune méthode n’est parfaite, mais que de bons moments passés, et que de choses intéressantes et fondemmentales apprises! Comme par exemple ne pas “bousculer” les chevaux. Faut-il encore redire que l’on ne muscle pas correctement un cheval en allant vite? La vitesse sert ponctuellement, à tester la réactivité d’un cheval.
D’aucuns se moquaient parfois de cette cadence lente que le commandant utilisait pour travailler ses chevaux. Très certainement ne les avaient-ils jamais montés, car je peux vous dire qu’ils étaient dans l’impulsion, et en descente de jambes, avec ça!
Lorsqu’il m’a fallu monter son cheval “Irlandais”, en amazone, pour les besoins de notre spectacle, rectitude et mouvement en avant étaient au rendez-vous : c’était un bonheur, et pourtant, ce cheval n’était vraiment pas le meilleur qu’il ait eu.

Trouver le bonheur sur n’importe quel cheval, parce que l’on a fait le mieux possible pour le travailler dans l’harmonie : voilà ce qui est important!

Malheureusement, après son décès, l’Académie n’est pas tout à fait devenue ce que le commandant aurait aimé qu’elle devienne. C’est désormais une petite écurie de propriétaires, toujours tenue par madame de Padirac.

commandant de Padirac m h lelièvre

10 Responses to “Hommage.”

  1. Sandrine Says:

    Merci Marie Hélène…

    C’est idiot mais j’en ai les larmes aux yeux. Je ne l’ai pas connu longtemps, je regrette l’avoir connu si peu, pour autant ce fut l’année qui m’a laissé le plus de souvenirs. J’ai aussi conservé quelques petits mots bien précieusement de lui et de vous tous. Ce portrait est d’une grande justesse.

    bises.

  2. Caroline Says:

    Merci Marie Hélène de faire revivre le commandant avec autant de justesse, ce n’est pas un post qu’il faut nous écrire mais ….un livre !!!!

  3. will Says:

    Marie-Hélène,
    Bravo pour ce bel hommage, si bien écrit et si plein de sincérité.
    C’est une grande chance de rencontrer, et d’avoir été enseigné par de tels maîtres.
    Je comprends mieux, grâce à vos explications, l’équitation du Commandant. Une formation d’une telle qualité permet à l’ élève de personnaliser ensuite, comme vous le faites, sa propre conception de l’équitation sans risque de s’égarer, car les bases ont été posées une fois pour toutes.

  4. Sandrine Says:

    Je suis tout à fait d’accord avec vous Will. C’est marrant car quand on ne connaissait pas l’Académie ou que l’on énonçait son activité à quelqu’un on avait l’impression de quelque chose d’élitiste, puriste… et pourtant… les bases et la philosophie conduisent à avancer de la meilleure façon pour quelqu’un qui garde l’esprit ouvert… car en effet, il n’était pas là question de compétition mais de travail et de recherche continuelle pour aller toujours un peu plus loin et plus haut avec le cheval, recherche de perfection tout en ne perdant pas à l’esprit qu’il faut du temps et de la patience; Et techniquement de bonnes bases conduisent à tout. Enfin tout cela ne peut que conduire à un esprit ouvert si cherche à progresser, c’est mon ressenti personnel.

  5. Chloe Brotelande Says:

    Bonjour à tous !!

    Je me présente, Chloé Brotelande ancienne stagiaire à l’Académie Equestre de Touraine durant 5 ans.
    J’y ai connu le Commandant deux ans avant sa mort et bien sûr Marie Hélène, que je salue au passage, où au piaffer …(Remember MH ???) et tant d’autres ….j’habite en bretagne( Loudéac)Je monte tjs à cheval donne quelques cours, et je travaille régulièrement avec Madame de Padirac.

    Tout ceci pour dire que Sur les lieux de l’Académie réside toujours Madame de Padirac , épouse du Commandant passée maître depuis longtemps dans l’art de dresser les chevaux. Que si il n’y a plus de chevaux d’élèves comme ce fut le cas pendant si longtemps il y a toujours des cours donné par Madame de Padirac aux proprétaires désireux, et qu’elle même travaille toujours à cheval.
    Elle est sans conteste l’élève le plus abouti du Commandant ayant mis tous ses chevaux aux airs de Haute Ecole, et elle travaille toujours avec la même passion !

    Avec mon meilleur souvenir
    Chloé

  6. Marie-Hélène Says:

    Bonjour Chloé
    Je suis ravie de savoir que, comme je l’écrivais, Mme de Padirac, non seulement réside toujours sur le même lieu, mais que, de plus, elle continue de donner des cours. Il est bien évident qu’ayant été l’élève du commandant, sur la durée la plus longue (presque 30 ans, si je me souviens bien) et approchant maintenant des 60 ans, elle est son élève la plus aboutie. Je ne l’avais pas précisé, mais pour moi, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. De plus, il m’avait été demandé d’évoquer le commandant.
    J’espère que l’équitation te procure toujours autant de plaisir.

  7. Brigitte Charpentier Says:

    Bonjour à tous et bonjour à toi, Marie-Hélène !
    J’ai eu envie de “rebondir” après Chloée sur tes propos concernant le Commandant et l’Académie que j’ai découverte en 1981. Elève et bénévole passionnée aux écuries, je t’ai ainsi longtemps côtoyée jusqu’à ton départ. J’ai apprécié l’enseignement que tu m’as distillée quelques années. J’aime le portrait très réaliste et l’hommage tellement mérité que tu rends au Commandant. Et en aucun cas je ne doute de l’attachement profond que tu lui vouais.
    Cependant, il reste indubitable que lui et sa compagne étaient inextricablement liés, et pas seulement par les liens du mariage. Et donc ton héritage équestre découle intrinsèquement de ces deux personnages..
    Enfin, ne crois-tu pas que le Commandant était un être bien trop pragmatique pour ne pas se douter que l’Académie en tant que telle était vouée à la fin d’une histoire, sans un apport financier conséquent et miraculeux ??
    “Il faut aller de l’avant”, avait coutume de dire notre Sage.
    Je te souhaite tout le bonheur du monde dans cette voie.

  8. sylou Says:

    Pour les curieux et septiques, je vous propose une interview du Dct Pradier lors d’un stage qu’il animait les 7 et 8 novembre dernier près de fontainebleau. Ce mécano, comme il aime à se définir est un fervent défenseur de la belle équitation à la française, et du travail dans la légèreté comme la été je crois le commandant de Padirac… pour ne pas rester que sur des souvenirs aller voir :
    http://www.cavadeos.com/templates/display_itemV4.cfm?C1=24&C2=80&ObjMainType=ITE&ObjType=VID&ObjId=33533

  9. Jean-Marc PONS Says:

    Je n’ai pas eu la chance de rencontrer le Cdt de Padirac suffisamment tôt, mais c’est avec bonheur que je me suis rendu quelque fois à Veigné pour recevoir son enseignement. Je montais un solide cheval alezan dont je ne me rappelle pas le nom..
    Je réside en Rhône-Alpes et je peux renouer maintenant avec la belle équitation. Pouvez vous me dire à qui m’adresser pour retrouver un peu de son enseignement à proximité ou pas trop loin.
    Merci par avance de votre réponse et bravo pour ce blog

  10. Jean-Marc PONS Says:

    Bonjour,
    merci pour ces quelques lignes, je retrouve bien dans votre description le Commandant..je viens de lire votre réponse à ma demande dans la quelle vous dites donner des stages dans la Drôme régulièrement, pouvez vous m’indiquez votre prochaine date afin de faire connaissance et assister dans un premier temps, si cela est possible, en auditeur libre à votre enseignement…

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