La main.

A l’image du cheval, qui, par l’intermédiaire de sa bouche, nous livre de précieuses indications sur son corps et son mental,la main du cavalier est comme un miroir dans lequel se reflètent ses dispositions physiques et psychiques.

la main du cavalier blogmh lelièvre

Le cavalier plein de bienveillance pour sa monture aura certainement la main plus délicate qui celui qui considère son cheval comme une bicyclette.

La main doit se faire diplomate, psychologue, savoir manier l’art de la conciliation.

La main doit en quelque sorte « tenir » la bouche du cheval, comme la main d’une mère tient la main de son enfant : contact léger, quasi inexistant, quand il s’agit de découvrir l’autonomie, contact franc et rassurant lorsque l’inquiétude se présente, ou bien encore contact ferme qui n’appelle aucune discussion afin de remettre dans le droit chemin.

On dit souvent que la main commence aux épaules, mais personnellement, je trouve qu’une grande part de son expression naît dans les hanches. Un bassin liant qui fonctionne correctement, induit une souplesse qui se propage vers les mains, offrant alors au cavalier la possibilité d’agir avec tact et finesse.

Beaucoup de cavaliers sont à la recherche de la fixité de la main. Attention néanmoins, la fixité ne s’obtient pas par le verrouillage des articulations, mais au contraire, par un controle très précis de celles-ci et des muscles qui les relient entre elles, afin d’en maîtriser, ou d’en supprimer jusqu’au plus petit mouvement.

La main peut être fixe tandis que les doigts restent légèrement mobiles.

la main du cavalier blogmh lelièvre

Pour ma part, je n’ai la main vraiment fixe, qu’avec un cheval léger se tenant seul.
Sinon, j’ai toute une palette d’actions que j’utilise, chacune en fonction des problèmes rencontrés.
Voici deux exemples d’utilisations différentes de la main (il va sans dire que l’emploi de la main est inscrit dans un vrai travail de gymnastique du cheval, avec des exercices bien ciblés) : avec un cheval un peu faible dans l’emploi de ses postérieurs, donc sur les épaules, et qui pèse, je prends, je rends, rompant sans cesse le contact, tandis que je pèse dans ma selle en animant fortement l’arrière main, sans pour autant aller vite. Ainsi, peu à peu, le cheval apprenant à mieux utiliser ses forces propulsives, et n’ayant plus de point d’appui devant, commence à se tenir seul, à se porter davantage.

Sur un cheval plutôt raide, et figé dans sa ligne du dessus, je garde un contact très élastique avec la bouche, en m’efforçant d’avoir les bras très souples et presque « mous », et je ploie et déploie dans tous les sens. Evidemment, lorsque je dis « dans tous les sens », ce n’est pas n’importe comment. S’il se durcit d’un côté, je fais une flexion de ce côté. S’il verrouille sa bouche, j’arrête gentiment et vais jusqu’au reculer, doucement, bras élastiques, jusqu’à obtenir une flexion de mâchoire. Si le cheval se fige dans une petite allure sans se livrer, je le fais allonger progressivement en gardant un contact là encore très élastique.
Ceci me donne souvent de très bons résultats, les chevaux finissant par « s’abandonner » sur ce contact, et à cette phase de travail, c’est tout-à-fait ce que je recherche. La décontraction commence alors à apparaître. C’est comme ceci que nous travaillons Bohemio en ce moment.

Si ce travail est effectué avec une main un peu dure, alors c’est pire, cela revenant à « pousser bêtement » sur la main.

Je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser la main, il faut seulement avoir peur de mal l’utiliser. La nuance est de taille.

Tout est question de tact!

8 Responses to “La main.”

  1. Malira dit :

    De tact et de l’expérience surtout… Si certaines choses, certaines aides me paraissent « naturelles » à employer dans tel et tel cas, d’autres le sont beaucoup moins et l’œil d’un professionnel est toujours la bienvenue…
    Très bon article en tout cas! 🙂

  2. Caroline dit :

    Passionnant,j’adore ces « trucs et conseils » qui sortent des sentiers battus et collent a la réalité,j’apprécie votre naturel « pour ma part …rencontrés »
    Cet article me donne du baume au coeur pour continuer sur ma voie
    Merci Marie Hélène et bon Noël.
    Caroline

  3. will dit :

    Excellent article. Tout y est. J’aime beaucoup l’image de la main de la mère tenant son enfant: elle évoque l’ idée de guider, en douceur et en confiance, avec fermeté aussi quand il le faut – tout le dressage en somme!
    L’importance de la main dans la communication avec le cheval comme récepteur et non pas seulement comme émetteur est essentielle, et vous le dites très bien. c’est pourquoi je pense que certaines dérives éthologiques prétendant conduire un cheval avec un licol, ou même une simple corde autour de l’encolure sont foncièrement fausses.
    Vous faites le lien avec l’assiette par le détour du prolongement jusqu’aux hanches. Il peut être utile de rappeler à cet égard, plus brutalement peut-être, qu’il n’ y a pas de bonne main sans bonne assiette. La plupart des difficultés éprouvées par des cavaliers à propos de leur main (trop dure, bloquée, incertaine, inexistante, manquant de finesse etc..) proviennent d’une assiette manquant de solidité, de liant et de profondeur. Et malheureusement, les élèves prêts à fournir l’effort, la patience et l’abnégation nécessaires pour l’ acquérir sont de plus en plus rares…

  4. Caroline dit :

    Pour ce qui est du débat main-assiette,dur pas dur ,communication,dérives éthologiques,etc …. je vous conseille cette vidéo vous allez voir ce que vous allez voir sur sur le rapport « pas de bonne main sans bonne assiette »!!! et pas pour un cheval mais pour six chevaux en même temps !!!
    Tout est question de tact !!!!!!!!!!
    Caroline

    http://www.lorenzo.fr/

  5. Claire dit :

    Bonsoir,

    Je voulais juste vous remercier pour tous les précieux conseils que vous nous offrez. J’admire et partage à la fois votre image d’une équitation toute de douceur et de légèreté, aboutissant à une véritable osmose avec son cheval. De plus, j’apprécie votre ouverture d’esprit ( notamment par rapport à l’article sur le filet sans mors, que je viens de lire) : je monte depuis quelques mois mon cheval demi-sang arabe Dyonisos avec un filet sans mors, et il s’est littéralement métamorphosé, devenant beaucoup plus attentif et agréable à travailler.

    En un mot : merci et bravo !

    PS : Que pensez-vous des chevaux pieds-nus ? Cela a-t-il selon vous un réal impact sur la locomotion et le bien-être du cheval ? Merci !

    Claire (Et je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année)

  6. Bonsoir,
    Tout d’abord merci pour vos encouragements.
    Pour ce qui est des pieds-nus, je ne me prononcerais pas à ce sujet, ayant entendu tout et son contraire. J’aimettrais juste l’opinion qu’à chaque cheval un cas particulier qui doit sans doute être bien étudié avant qu’une décision soit prise.
    En ce qui me concerne, j’ai essayé avec mon cheval, et ça n’a pas été une réussite. Je ne vous ennuierai pas avec des détails trop importants, mais lui qui n’avait aucun problème d’antérieurs, a commencé une tendinite qui a disparu avec la repose du fer sur les conseils de mon vétérinaire. Ce dernier m’a également déconseillé de le garder déferré des postérieurs, alors qu’il souffre d’arthrose.
    A voir…Affaire à suivre…
    Et tous mes voeux pour l’année 2010!

  7. sylou dit :

    super intéressant ce post sur la main. Heureusement qu’on arrive à évoluer avec le temps sur ce fameux contact. Le tout étant de rencontrer évidement les bonnes personnes qui prennent le temps de vous expliquer et surtout de vous montrer… j’ai commencé a évoluer doucement certes (mais c’est déjà ça) lorsque j’ai compris que mes doigts pour pouvoir agir devaient être en permanece « ouverts » (sans pour autant que ma rêne me glisse des mains) et qu’ainsi j’avais une palette d’actions multiples à ma disposition. Peut- être un peu comme un guitariste qui peut produire un son avec chaque doigt. Je repense souvent aussi aux images évoquées pour faciliter ma compréhension : comme le fameux pouic, pouic de marie hélène « action de rêne directe, comme si tu avais un petit oiseau dans la main, que tu voulais presser délicatement sans l’écraser ». Plus récemment, et encore une lecture conseillée par l’auteur de ce post, une image lumineuse de l’éxcéllent Dct Pradier dans « mécanique équestre et équitation » sur la rêne agissante et la rêne enveloppante. La première devant toujours être plus haute que la seconde. Juste énorme ! et la lumière fut dans mon petit cerveau ! merci chers auteurs de nous rendre si souvent l’équitation plus simple ! bonne année à tous

  8. Click Me dit :

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