A propos du poids du corps…A droite ou à gauche? Les avis divergent.

Voilà tout d’abord ce que disent ou disaient certains écuyers de renom.

Le commandant de Padirac avait une idée bien arrêtée sur la question et écrivait ceci dans son livre, « Equitation La tradition classique »:

« …Le centre de gravité du cheval se trouve toujours à l’intérieur du pli pris par le cheval Quand le cheval est droit le centre de gravité se trouve juste au dessus, juste au milieu… »
…Qu’est-ce qui fait marcher le cheval dans l’épaule en dedans? Ce n’est bien sûr ni la main intérieure, ni le poids pesant à l’extérieur. C’est la jambe intérieure qui, agissant vers la sangle, tire le postérieur du même côté et le fait avancer en croisant. Et plus le cavalier pèsera au dessus du centre de gravité, plus le cheval fera un effort de son postérieur pour supporter ce poids. Si vous êtes assis à l’extérieur, votre jambe intérieure sera attirée vers le haut et, plus question de descendre le genou pour avancer doucement le gras du mollet vers la sangle… »

Philippe Karl a une position toute aussi tranchée, mais diamétralement opposée, et explique dans Dérives du dressage moderne que :

« Les lois de l’équilibre sont formelles : le cavalier doit établir son assiette en fonction de la direction suivie par le cheval, même si le pli reste le même pendant tout l’enchaînement de deux pistes… »
« L’équilibre prime le pli : dans l’épaule-en-dedans, le cheval se déplace vers son côté extérieur, le cavalier doit donc s’assoir à l’extérieur pour rester en accord avec l’équilibre du cheval… »
« La gravité universelle et l’équilibre des corps superposés l’impose : le centre de gravité du cavalier doit se porter dans le sens du déplacement demandé au cheval. Le pli d’encolure n’a rien à voir là-dedans… »
« …chaque fois qu’un cheval se porte de côté (esquivant un objet de crainte, évitant la charge du taureau dans les arènes ou dérobant un obstacle dans l’ultime seconde…) il le fait toujours en ployant l’encolure en sens inverse du déplacement. On se rappelle (dissymétrie naturelle) que le pli favorise la surcharge de l’épaule extérieure, et donc le mouvement dans cette direction.
Il ajoute, ce qui en fera grincer plus d’un : « Si La Guérinière n’a rien précisé concernant le rôle de l’assiette dans l’épaule en dedans, c’est probablement qu’il n’a pas jugé utile d’asséner des évidences… »

Nuno Oliveira dans « Principes classiques de dresser les chevaux » explique que sur un jeune cheval en cours d’apprentissage de l’épaule en dedans :

« …Le corps du cavalier doit rester au centre du cheval et non à l’intérieur, ce qui entraînerait une surcharge prématurée du postérieur interne… »

Voici maintenant l’avis intéressant et nuancé de Gerd Heuschmann extraît de son livre « Dressage moderne un jeu de massacre« : Les différentes philosophie équestres ont des conceptions divergentes concernant la position du cavalier pendant les exercices des mouvements latéraux. En particulier lors d’une épaule en dedans, la position envisagée par le HDV12 (règlement de dressage, référent)diffère de celle enseignée par l’école de la Légèreté. Le HDV12 préconise que le cavalier s’asseye vers l’intérieur sur le postérieur interne qui est à l’appui. Le manque de force du postérieur interne est pris en compte par des exercices qui demanderont peu de pli au départ. Ce n’est qu’avec le temps et avec l’acquisition de la force nécessaire que l’on pourra augmenter l’incurvation et le rassembler.
La doctrine française, en revanche, préconise de s’asseoir dans le sens du mouvement c’est-à-dire vers l’extérieur. Cette position favorise l’apprentissage du mouvement latéral au jeune cheval mais de mon point de vue, la faculté de mettre plus de poids sur le postérieur interne n’est pas réalisable dans ce cas. Les chevaux dressés en suivant rigoureusement ces préceptes se démarquent par une très grande mobilité. En revanche, la flexion des hanches et le rassembler dans le sens du HDV 12 ne peProuvent être atteints. Dans les allures naturelles du trot et du galop, l’impulsion ne se développe pas et en vient même à se perdre.
Je trouverais extraordinairement enrichissant que les adeptes des différents procédés échangent leurs idées. Je pense qu’une synthèse des différentes méthodes permettrait d’atteindre les objectifs des l’échelle de progression.

Et d’ailleurs, je trouve que Nuno oliveira, dans « Propos d’un vieil écuyer aux jeunes écuyers« , va dans le sens d’une plus grande ouverture en écrivant : « …Le cavalier qui a du tact, qui est bien assis, bien descendu dans sa selle, doit sentir dans sa colonne vertébrale tout ce qui se passe au niveau du dos et des membre du cheval. Tout en restant droit, il doit pouvoir s’asseoir un peu plus d’un côté que de l’autre pour alléger ou surcharger telle ou telle partie du corps du cheval. Il peut peser plus sur un étrier que sur l’autre, sur une fesse que sur l’autre, en se servant de la ceinture, baisser plus une épaule que l’autre, mettre une épaule en arrière ou l’autre en avant. Il peut aussi se pencher légèrement en avant pour alléger l’arrière-main, ou en arrière pour alléger l’avant-main. Chacune de ces actions est différente et c’est grâce au « sentiment » et à des réflexes ultra-rapides que vous donnez l’aide juste au juste moment. Dresser un cheval c’est surtout sentir et s’efforcer, d’aprés ce que l’on sens, de l’aider et non de le forcer… » « …Ne croyez pas que pendant le dressage d’un cheval, l’on ne doive pas changer un peu sa position pour l’aider… » « …Ce sont les sensations que vous donne le cheval qui vous font choisir comment vous asseoir à tel ou tel moment. Le théoricien, lui, ne pense qu’au système. C’est par la pratique que le cavalier sait ce qu’il doit faire car il s’est habitué à sentir et à agir rapidement. le cheval est un être vivant, avec des réflexes naturellement plus rapides que ceux de l’homme. Le but du cavalier c’est de s’efforcer d’agir aussi rapidement que le cheval selon ses sensations. »

orientation poids du corps du cavalier blog mh lelièvre orientation poids du corps du cavalier blog mh lelièvre
Sur la seconde photo, aprés rectification, le cavalier pèse moins sur la fesse extérieure, mais pourrait peser d’avantage vers l’intérieur, dans le sens du mouvement.

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Ici, la cavaliere a vraiment corrigé son attitude, et d’ailleurs la jument est beaucoup mieux.

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Sur cette photo, il y a encore un léger surpoids sur la fesse gauche, qui n’est pas justifié par le cheval.

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Là, la cavalière est en harmonie avec son cheval.

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Et pour terminer, cette photo sur laquelle le cavalier a la position qui convient.

Pour ma part, j’accorde du crédit à chacune de ces opinions et n’ai pas d’avis tranché, convaincue que l’adaptabilité qui requière de la flexibilité mentale, est une grande qualité qui fait évoluer.

Voici une définition de l’adaptabilité rapportée à notre discipline : qualité d’un savoir faire, qui peut être modifié aisément en harmonie avec les différents chevaux et/ou situations auxquelles son application est soumise.

Voici maintenant comment j’utilise les multiples façons de peser dans sa selle, par exemple dans une épaule en dedans :

  • Pour aider un cheval qui découvre cet exercice, ou un autre ayant des difficultés à croiser ses postérieurs également dans cet exercice, je pèse sur la fesse extérieure.
  • Au contraire, avec un cheval qui fuit sur le côté, manquant de flexibilité dans les hanches, ou de force dans les postérieurs mais qui est déjà avancé dans ce mouvement, je mets le poids du corps vers l’intérieur.
  • Mon objectif final étant de rester droite au milieu de ma monture, le poids du corps réparti autant que faire se peut, de part et d’autre du rachis.

    Il m’arrive cependant dans certains cas, de n’être guidée dans l’utilisation du poids de mon corps, que par la seule recherche du « sauvetage » de mon équilibre.
    En effet, je monte certains chevaux qui ont une réelle dissymétrie entre les deux hanches, je pense notamment à un poney qui a la hanche droite beaucoup plus basse que la gauche, et qui dans l’épaule gauche en dedans, fait littéralement tomber à droite, vers l’extérieur.

    Dans une telle situation, il est pour moi de première importance de me remettre d’aplomb. Et lorsque je me sens droite, ayant remis du poids sur ma fesse gauche, prête à employer correctement mes aides, je n’exagère pas en disant que j’ai le vide sous ma fesse droite.

    C’est le prix à payer pour retrouver de l’harmonie, même si cela paraît excessif.

    Ce n’est qu’un exemple de ce que peut être l’adaptabilité.

    Apprenez à sentir puis n’hésitez pas à essayer différentes façons de faire, afin de sélectionner un moyen qui aide le cheval à progresser. Moyen qui pourra de nouveau être modifié en fonction de l’évolution du travail.

  • 6 Responses to “A propos du poids du corps…A droite ou à gauche? Les avis divergent.”

    1. Sandrine dit :

      Bien, encore un post très intéressant et qui illustre que finalement rien n’est jamais noir ou blanc comme en tout. J’aime bien ces posts qui permettent de différencier les effets de telle ou telle attitude sur le cheval. Je regrette que cela ne soit pas plus souvent explicité lorsque l’on prend ou assistons à des cours en général; c’est bien dommage car une meilleure compréhension et visualisation des effets nous aide à nous corriger.
      Quoiqu’il en soit avant d’arriver à une capacité d’adaptabilité il est probable qu’il vaille mieux commencer par ne pas gêner son cheval . La question est donc, rester au centre et donner des indications précises avec sa jambe intérieur, où partir vers l’extérieur en risquant de compromettre une position juste du cavalier… là c’est le professeur qui doit être flexible !

      Bon maintenant, interro écrite !

    2. Essayer, sentir, essayer encore, sentir encore, puis voir…

    3. sylou dit :

      bon cavalier – bon pédagogue – bon écrivain : trois notions qui ne vont pas obligatoirement de paire… Ou cela sous entend il que pour pouvoir lire et assimiler de la littérature équestre on doit en être arrivé à un niveau de pratique tel, que chaque écrit est parfaitement clair pour nous ?
      Pour ma part je me refuse à l’admettre ! Un bon auteur, comme un bon prof est celui qui soit par des mots simples, soit par l’exemple est capable presque immédiatement de faire jaillir la compréhension dans le cerveau de l’élève quel que soit son niveau ! J’avouerais donc qu’en lisant ce post j’ai encore souri (de plaisir) en lisant Nuno Oliveira et Marie, mais froncé les sourcils avec M. de Padirac et M. Karl…
      Je déplore en effet que certains auteurs, peut être pour ne pas élargir la sphère des détenteurs du savoir… (Vous voulez comprendre et bien bosser autant d’années que moi j’ai du le faire…) se complaisent dans un discours abscons.
      Pour finir je dirais : que l’handicapée du sentiment que j’étais, essaye d’apprendre chaque jour un peu plus, à ressentir pour progresser. Je m’efforce donc d’adapter mes actions en fonction non plus de mes seules connaissances techniques (ah ma bouée de sauvetage : si l’équitation n’était qu’une science exacte ça se saurait !) mais aussi en observant les conséquences de mes actions et les réponses qu’y donne mon cheval.
      En gros merci pur-sang de m’avoir obligé à devenir diplomate et surtout plus fine et moins scolaire !

    4. will dit :

      Bonjour Marie-Hélène,
      Encore un excellent billet, plein d’ érudition et de bon sens. Nuno Oliveira ressort comme d’habitude comme le Maître inégalé qu’il fut. Connaissant tous les systèmes, mais inféodé à aucun, il a réalisé la ‘synthèse impossible’ de l’art équestre. Ses livres sont des outils de travail quotidien car on y trouve toujours une réponse pratique, et profonde à la fois aux ‘questions équestres’, petites ou grandes.
      J’admire beaucoup Ph. Karl, mais je pense qu’il s’enferme souvent dans ses écrits dans un système pseudo-scientifique parfois grandiloquent et en tout cas inutile (invoquer les lois de la gravitation universelle pour parler de la position des fesses du cavalier est peut-être ‘over the top’ comme disent les Anglais!). Il vaut bien mieux le voir à cheval, ou assister à une de ses leçons – j’ai eu cette chance et j’en garde un souvenir inoubliable.
      Quant au Cdt de Padirac, je ne connais hélas que son livre ‘La tradition classique’, mais la magnifique définition de l’équitation qu’il y donne suffit à donner la mesure de son talent.
      Je pense que Sylou est un peu injuste en avançant que ‘ certains auteurs…se complaisent dans un discours abscons’. C’est vraiment très difficile de mettre des mots sur des sensations aussi subtiles que celles de l’équitation. Par contre, je suis entièrement d’accord que les grands écuyers qui sont en plus bons pédagogues et brillants écrivains sont très rares. C’est d’ailleurs vrai dans les autres domaines artistiques..

    5. Caroline dit :

      Bonjour !

      Bon je me lance ,je vais faire simple !!!
      Ce post est tombé a pic comme bien souvent !! Depuis des mois je m’applique avec ce foutu poids du corps a l’intérieur! issue de l’école Padirac vous comprenez qu’il m’était difficile de faire autrement …mais mon cheval lui, a appris bien des choses avant d’être avec moi, au cours d’un travail sa résistance était telle que mon poids a basculé a l’extérieur et ??? comme par enchantement et soulagement pour lui d’avoir enfin réussi a me faire comprendre « son » dressage, l’épaule en dedans a droite est devenue réalisable.
      Alors poids du corps ? Je pense que l’on peut appliquer les règles de notre choix avec un jeune cheval que l’on dresse, un cheval déjà dressé a ses codes ,il faut chercher, sentir,comprendre, recommencer,vérifier…quel bonheur quand un pièce du puzzle est mise en place.
      Voilà pour le « partage d’expérience »,sujet que j’aime beaucoup dans le blog de Marie Hélène.

    6. sylou dit :

      une vidéo excéllente en lien où on voit J.J Boisson donner son point de vue sur la position que doit adopter le cavalier pour être compris correctement du cheval. (passer tout le début et commencez la lecture à 1mn53 à 9mn32, on rentre dans le vif du sujet). Pour encore revenir sur ce post et sur ce que doit être la recherche de la position idéale… http://www.equidiawatch.fr/#/video/1485051
      Même si on est pas d’accord avec tout ce que dit M. Boisson, on ne peut qu’admirer sa position à lui et sa pédagogie que je trouve vraiment excéllente : c’est lumineux quand il explique :). Cependant, vu de ma petite lucarne à moi, certaines de ses affirmations me laissent perplexes… en effet depuis peu j’ai réappris à rapprocher mes omoplates (merci M. le kiné ancien cavalier qui ma rappeler cette simple règle, je n’ai plus du tout mal aux épaules !). Celà va vous paraître vraiment des plus anodins, mais moi ça m’a permis de vraiment me sentir mieux et de comprendre enfin le fameux « le corps entre les bras » du Cdt de Padirac. Il était temps depuis plus de dix ans que j’en cherchait la sensation exacte de cette maxime 🙂 et bien depuis que j’y arrive, « à rapprocher mes omoplates » sans pour autant ni me cambrer, ni me crisper d’aucun autre endroit du corps, et bien j’arrive à tenir mon dos naturellment, à ne plus faire la poule au trot assis, à être bien assise. bref je revis. Mais il faut avouer que mes mains sont du coup un peu moins devant moi, en tous cas pas vraiment dans ce que décrit M. Boisson… Alors c quoi la position idéale, parce que j’ai l’impression que quand on arrive à améliorer un côté le reste s’en trouve chamboulé… un peu comme un médicament qui vous soigne d’un côté mais dont les effets indésirables vous détraque ailleurs ? vos avis ?

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