Quelques repères dans l’histoire de l’art de dresser les chevaux, de l’Antiquité à nos jours.

Suite à la demande d’Eva, j’entame ici, une nouvelle série de « posts » concernant une approche historique de l’équitation. Ceux-ci vous seront proposés dorénavant régulièrement et par ordre chronologique. N’hésitez pas à me signaler si cette démarche doit être poursuivie peu ou prou.

Première partie : l’Antiquité.

Les Romains avaient le tripidium, sorte de mobilisation sur place du cheval, et peut-être, l’ancêtre du piaffer. Ils avaient également l’ambulatoria, pas amblé, et le canterius, petit galop rassemblé, deux allures confortables pour des cavaliers chevauchant sans selle ni étriers.
On peut se demander si, outre leur valeur utilitaire dans l’art de la guerre, ces allures avaient également une valeur artistique. Très certainement, à n’en pas douter!

Xénophon (vers 430-vers 355 av. J.-C.) est considéré comme le premier grand écrivain de l’art équestre, et dans « De l’équitation » (traduction Pierre Chambry 1958), dont voici quelques extraits, il énonce les principes de cette discipline, avec la clarté de la pensée classique grecque. Principes qui nous guident encore de nos jours.

image xenophon mh lelièvre

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Xénophon n’aurait certainement pas apprécié la position de ce cavalier!

« …Il ne faut jamais traiter un cheval avec colère : c’est le premier précepte et la meilleure habitude qu’on puisse donner à un cavalier. La colère en effet ne prévoit rien et fait souvent faire des choses dont il faudra se repentir. Quand un cheval prend ombrage d’un objet et refuse d’en approcher, il faut lui faire comprendre qu’il n’a rien à craindre, à l’aide d’un cheval au coeur solide, ce qui est le meilleur moyen. Sinon, on ira toucher soi-même l’objet qui semble redoutable et on en approchera le cheval tout doucement. Ceux qui le contraignent à force de coups ne font qu’accroître sa frayeur ; car le cheval pense, lorsqu’on le maltraite en pareil cas, que la cause de ce mauvais traitement est l’objet dont il se défie.

…Quand le cavalier est assis, à cru ou sur une housse, je n’approuve point qu’il se tienne comme sur sa chaise, mais comme s’il était debout, les jambes écartées. Dans cette position, il étreint mieux le cheval avec ses cuisses et, se trouvant debout, il a plus de force pour lancer le javelot et frapper du haut de sa monture, quand il est nécessaire…

…Il faut laisser la jambe à partir du genou et le pied pendre librement ; car, si l’on tient la jambe raide et qu’on la heurte contre un obstacle, elle peut se casser ; si, au contraire, elle reste souple, elle cède au choc qui peut la frapper et ne déplace pas du tout la cuisse. Le cavalier doit aussi s’habituer à donner à toute la partie de son corps qui est au-dessus des hanches toute la souplesse possible…

…Quand le cavalier a fait signe à son cheval de partir, qu’il le fasse d’abord marcher au pas ; le cheval sera moins troublé. Puis si le cheval porte la tête trop basse, qu’il tienne la main haute, et basse, s’il lève la tête trop haut ; c’est le moyen de lui donner le port le plus gracieux. Laissez-le ensuite trotter naturellement, il aura moins de peine à détendre son corps et sera plus disposé à prendre le galop. Et, comme il est bien porté de partir du pied gauche [10] , le plus sûr, pour y réussir, c’est, quand le cheval est au trot, de saisir l’instant où il lève le pied droit, pour lui signifier le galop ; car s’il est sur le point de lever le pied gauche, il commencera par le pied gauche, et, aussitôt qu’on le tournera à gauche, il se mettra immédiatement à galoper. En effet le cheval est porté naturellement, quand on le tourne à droite, à partir du pied droit, du gauche, si on le tourne à gauche…

…Tout d’abord il faut savoir que la fougue est au cheval ce que la colère est à l’homme. Un homme ne se met pas en colère, si on ne l’offense pas, ni en paroles ni en actions ; de même un cheval fougueux ne s’irrite point, si on ne l’ennuie pas. Dès lors il faut, au moment où on le monte, prendre garde à lui faire le moins de mal possible en l’enfourchant. Une fois sur son dos, il faut le laisser tranquille plus longtemps qu’un cheval ordinaire et le mettre en mouvement par les signes les plus doux possible. Il faut ensuite le faire partir très lentement, puis lui faire accélérer le pas de manière qu’il s’aperçoive à peine qu’il passe à une allure plus rapide. Tout commandement brusque trouble le cheval fougueux, tout comme les spectacles, les sons, les impressions soudaines troublent l’homme. Or il importe de se rendre compte que le cheval aussi se trouble en présence de tout ce qui est inattendu. Voulez-vous retenir un cheval fougueux, quand il va trop vite, ne le tirez pas brusquement, mais retenez-le doucement avec la bride, en le calmant, sans le forcer au repos. Les longues courses adoucissent plus les chevaux que les changements fréquents de direction, et une course tranquille et qui dure longtemps calmera et adoucira un cheval fougueux, et ne l’excitera pas. Et si l’on pense apaiser un cheval en le fatiguant par des temps de galop nombreux, on pense le contraire de la réalité. Car alors le cheval fougueux essaye plus que jamais d’avancer par force, et, dans son excitation, comme un homme en colère, il fait souvent à lui-même et à son cavalier des maux irréparables…Les mors doux leur conviennent mieux que les durs ; mais si le cheval est embouché avec un dur, il faut le rendre doux par la légèreté de la main…

…Si l’on veut avoir un cheval de guerre qui attire les regards par de magnifiques allures, il faut s’abstenir de lui tirer la bouche avec le frein et d’user de l’éperon et du fouet, moyens par lesquels la plupart des gens s’imaginent faire briller un cheval ; en réalité l’effet qu’ils produisent est tout le contraire de celui qu’ils attendent. En tirant la bouche en haut, ils aveuglent le cheval, en l’empêchant de voir devant lui, et, par l’éperon et les coups, ils lui font peur à tel point qu’il se trouble et risque de se faire du mal…

…Il ne faut pas tirer la bouche d’un cheval trop rudement : il détournerait la tête, ni trop doucement : il ne le sentirait pas ; mais, dès que tiré en arrière, il lève le cou, il faut aussitôt lui rendre la main. Et en toutes circonstances, nous ne cessons de le dire, il faut le récompenser, s’il fait bien son service…

…Il y a des gens qui forment leurs chevaux à ce manège en les frappant à coups de baguettes sous les astragales, et d’autres qui font courir à côté de lui un homme qui les frappe sous les bras avec un bâton. Mais, selon nous, la meilleure manière de l’instruire, celle que nous indiquons sans cesse, c’est que, toutes les fois qu’il s’est plié à la volonté du cavalier, il obtienne toujours de lui un instant de relâche. Car, comme le dit Simon, dans ce qu’il fait malgré lui, le cheval ne met pas plus d’intelligence ni de grâce qu’un danseur qu’on fustigerait ou piquerait de l’aiguillon… »

2 Responses to “Quelques repères dans l’histoire de l’art de dresser les chevaux, de l’Antiquité à nos jours.”

  1. au-pair dit :

    Y a-t-il des informations sur ce sujet dans d’autres langues ?

  2. Très certainement, mais je n’ai pas de référence à vous communiquer.
    Sans doute trouverez-vous votre bonheur sur internet.

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