PARENTHESE LUSITANO-NIPONNE.

Avant d’entamer la période de la Renaissance, qui fut si riche et si déterminante pour l’avenir de l’art équestre, j’aimerais parler de deux écuyers de la première partie du XVè siècle.

Le premier naquit en 1401, et allait devenir en 1433, le roi Duarte, Edouard 1er du Portugal.La peste l’emporta malheureusement, alors qu’il était encore assez jeune, en 1438.

représentation cavalier portugais XVèsiecle mh lelièvre

Le roi Duarte avait une telle passion des chevaux qu’il écrivit un traité d’équitation. (O Livro da Ensynnança de Bem Cavalgar Todo Sella, manuscrit de la B.N., 1434; traduction de René Bachara, Année hippique, 1959, Lausanne.)

André Monteilhet dit de ce traité, dans son excellent ouvrage, « Les Maîtres de l’œuvre équestre« , qu’il se rapproche plus des ouvrages de Xenophon et de Pluvinel, que des encyclopédies médiévales.

Voici quelques-unes des recommandations équestres du roi Duarte, recommandations qui sont toujours d’actualité.

Il ne considère la gaule que comme une aide, et recommande la modération dans l’emploi de l’éperon, qui ne doit agir « que lorsque c’est indispensable et en gardant tout son calme », ajoutant que « ceux qui le peuvent s’en servent à propos…sans déranger leurs chevaux ».
Il dit encore :  » qu’il ne faut pas bouger le corps, ni bouger les jambes qu’au dessous des genoux, sans les ouvrir, en portant les talons à la place voulue, ni très près, ni loin des sangles, en les approchant, avant que de toucher, vite et légèrement. »

Où l’on voit que ce grand cavalier était en avance sur son temps!

Parlons maintenant de Dozen Otsubo (1374-1457) .

Cet écuyer japonais, contemporain du roi Duarte, écrivit son traité d’équitation, « Manuel systématique de l’art équestre » seulement trois ans après celui de ce dernier.
Cet ouvrage traite « des règles fondamentales et détaillées de la position du cavalier, des aides et des allures du cheval ».

Le régime féodale du shôgunat du japon de cette époque, imposait une équitation exigeant des chevaux adroits, rapides, mais également endurants.

cavalier japonais du XVèsiècle mh lelièvre

L' »école d’Otsubo » n’utilisait que de gros bridons, le mors de bride n’existant pas dans le Japon du XIVe siècle. Les cavaliers ne se servaient que de la cravache, leurs étriers souvent en bois, et profilés en forme de sabot, faisant peut-être si nécessaire, office d’éperons.

L’instruction à cheval se donnait dans des sortes de manèges, à l’air libre bien sûr, de 20 à 40 mètres de large et de plusieurs centaines de mètres de long à l’intérieur desquels étaient plus particulièrement aménagés des espaces pour le dressage.

Les cavaliers japonais si livraient à des jeux équestres, pratiqués encore actuellement, et en tenues traditionnelles, mais ils tiraient aussi à l’arc, sur des chevaux non bridés lancés au galop, et seulement menés grâce aux jambes.

L' »école d’Otsubo » fut seule à former des cavaliers jusqu’à la formation, en 1888, de l' »École de Cavalerie de Meguro », et reconvertie en 1937 en école de blindés…

Bibliographie : « Les Maîtres de l’oeuvre équestre », d’André Monteilhet, Odège, Paris, 1979
2nd éd. Actes Sud, 2009

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