LA RENAISSANCE ITALIENNE.

.
Poursuivons notre voyage équestre à travers le temps, vers la Renaissance.

Les éléments historiques que je vais vous transmettre, sont principalement extraits d’un livre passionnant que je vous recommande expressément. Il s’agit des actes du VIe colloque organisé par l’ENE, et intitulé : »Les Arts de l’équitation dans l’Europe de la Renaissance« , publiés chez ACTES SUD (Novembre 2009).

Aux XVe et XVIe siècles, les besoins en chevaux concernaient principalement les chevaux de selle. L’iconographie montre surtout des chevaux de guerre et de parade, élégants, brillants, et le dos court et robuste.
Ces chevaux étaient assez éloignés des chevaux du Haut Moyen Age, et il s’agissait très certainement, du moins pour l’aristocratie, de chevaux orientaux du pourtour méditerranéen importés depuis la fin des croisades.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Et puis il y avait les chevaux d’Espagne, croisés aussi avec des Barbes, et dont Jean Tacquet, gentilhomme flamand se disant éleveur, et ayant écrit le premier traité de langue française consacré à l’élevage, dit qu’ils sont les meilleurs chevaux de guerre, presqu’égalés par les chevaux napolitains.

Visiblement, la production française ne bénéficiait d’aucune renommée particulière.

Il serait injuste de passer sous silence les propos de Ferdinand d’Aragon, roi de Naples, bien avant que n’entrent en scène les fameux écuyers, Grison, Fiaschi et Pignatelli.
Ceci est une parenthèse, mais une parenthèse importante qui aide à mieux comprendre cette évolution vers une autre façon d’appréhender le cheval .
Ferdinand d’Aragon faisait partie de ceux qui avaient une vision tout à fait novatrice, du rapport entre l’homme et le cheval.
En effet, la redécouverte de Platon et des atomistes socratiques, fut à l’origine du courant naturaliste dans les cours italiennes de la renaissance. Une attention particulière fut alors portée à la nature et au monde animal.

Voilà ce que disait le roi de Naples dans une lettre au duc de Ferrare : « Et s’il vous fait quelque désobéissance quand il sera trop fatigué, il en tiendra à vous de l’envoyer se reposer; et s’il s’avère que le cheval est ombrageux et qu’il faille plus de conviction pour le plier et le vaincre, vous devez savoir juger d’où en vient la raison, s’il est fatigué ou s’il s’agit de malice ou si son hostilité est provoquée par son embouchure, ou plutôt par l’impatience ou l’ignorance de celui qui le soigne ou le monte. »

Le « bien monter » fait partie intégrante de la recherche du beau à la Renaissance, mais c’est vraiment en Italie au XVIe siècle que naît l’art équestre, nouvelle forme d’expression avec ses codes érigés en doctrine et couchés sur le papier sous forme de véritables livres qui serviront de références aux futurs écuyers.
L’équitation n’est plus uniquement instinctive, elle se rationalise et se transmet par un enseignement de qualité dispensé aux sein d’Académies sous l’égide de grands maîtres.

Federigo Grisone (XVIè siècle), gentilhomme napolitain, est généralement reconnu comme le premier grand écuyer de l’histoire de l’art équestre.

Grisone veux des chevaux justes et légers, « à la bouche doux et bon appuy, qui est le fondement de toute la doctrine« . La main de bride est basse, le cheval très ramené et fortement assoupli sur le cercle. Ses chevaux piaffent, passagent et font toutes sortes d’airs relevés tels la croupade, la ballottade, la capriole…
Accordant au cheval une grande intelligence, il attribut ses résistances à de la mauvaise volonté, et bien que le dressage soit commencé dans la douceur, la gamme des châtiments employés quand le cheval se défend est très étendue.
Parmi les plus grandes cruautés, on trouve les coups de bâton, l’utilisation d’une petite botte de paille enflammée, de l’eau dans les yeux, etc…Cela laisse songeur, d’autant plus qu’il pouvait souvent proclamer qu’il aimait beaucoup les chevaux.
En témoigne cette belle phrase écrite par lui : « Quel animal voyez-vous en ce monde, asseuré et hardy, plus approchant de l’homme que luy? »
Cesare Fiaschi, gentilhomme ferrarrais, est contemporain de Grisone, mais fait paraître son ouvrage six ans parès celui de son homologue napolitain.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Fiaschi, dont l’Académie était installée à Ferrarre, véritable foyer culturel, fut le maître de Pignatelli.
Ses idées en matière de ferrure, firent autorité jusqu’au XIXe siècle.

Dans son traité dédié au roi Henri II, il écrit qu’il lui semble nécessaire que « le bon chevalier cognoisse le naturel des chevaux qu’il veut dompter et manier », il dit aussi que les chevaux froids et peureux sont ordinairement traités asprement et rudement, il ajoute qu’au contraire, le chevalier doit procéder tousjours par raison et bon tempérament en tout ce qu’il faict. »Visiblement, il préconise que les chevaux chauds soient « carressés et conduits avec gracieuseté et douceur ».Fiaschi utilisait les embouchures très sévères de l’époque, mais très certainement avec beaucoup de dextérité et de délicatesse.
En témoigne la qualité du dressage qui émane des portraits équestres d’Henri II.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Voici maintenant Giambattista Pignatelli, très certainement le plus marquant des écuyers italiens, pour l’avenir de l’art équestre.

Curieusement, aucun éditeur n’a jamais publié son traité, mais néanmoins, nombreux furent ses élèves, et parmi les plus célèbres, n’en citons qu’un, Antoine de Pluvinel, qui travailla 6 ans auprès de son maître.

Né vers 1525, et mort avant la fin du siècle, Pignatelli était d’une famille napolitaine.

A l’instar de ses prédécesseurs, il fonda une académie à Naples, à côté de son palais. Sa notoriété fut telle, que très rapidement, on n’y vint, non seulement de toute l’Italie, mais aussi de l’Europe entière.
L’enseignement durait des années, car le dressage du cheval était très long (n’en déplaise aux dresseurs actuels).

Pignatelli est l’inventeur du « simple canon » et du caveçon. Le « simple canon » marque une évolution primordiale, car jusqu’alors, les écuyers avaient tendance à penser que l’on pouvait pallier à tous les défauts physiques des chevaux, à grand renfort de mors aux effet mécaniques variés et aux allures de ce qui pourrait représenter pour nous, aujourd’hui, d’ instruments de torture.

Ce grand écuyer n’avait d’ailleurs pas besoin d’utiliser ces instruments coercitifs car, comme l’écrivait Salomon de La Broue, dont nous parlerons plus loin : « il rendoit les chevaux si obeyssans et manians si justement et de si beaux airs qu’on les a veus à son escole sans toutefois se servir communement d’autres mords que d’un canon ordinaire avec le caveçon commun. »
Il préconisait également l’emploi de la douceur avec les chevaux, preuve en est d’ailleurs, ces propos que répétait souvent Antoine de Pluvinel à son illustre élève Louis XIII : « Monsieur de Pignatelle disoit qu’il falloit estre avare de coups et prodigue de caresses! »

L’introduction des pilliers dans le travail est également due à Pignatelli. Leur utilisation sera largement reprise par Pluvinel, ensuite.

Pignatelli enseigna jusqu’à la fin de sa vie. Alors qu’il ne pouvait plus monter à cheval ni rester debout des heures durant, il prodigait encore ses conseils, assis sur une chaise au milieu du manège.

Bibliographie : « Les Maîtres de l’oeuvre équestre », d’André Monteilhet, Odège, Paris, 1979
2nd éd. Actes Sud, 2009

« Les Arts de l’équitation dans l’Europe de la Renaissance », publiés chez ACTES SUD (Novembre 2009).

A suivre…

Leave a Reply