Archive for juillet, 2010

VACANCES.

vendredi, juillet 30th, 2010

Chers fidèles lecteurs, je ne vous abandonne que le temps de prendre quelques jours de vacances, et vous promets de reprendre l’écriture de nouveaux post dès mon retour.

Bonnes vacances à vous!

LA RENAISSANCE FRANCAISE : SUITE ET FIN.

samedi, juillet 17th, 2010

 

A propos du ramener et de la mise en main, voici ce que Federigo Grisone disait : « …s’embride, le mufle retiré pour aller férir du front, il n’en sera pas seulement plus ferme de bouche, mais aussi il tiendra son col ferme et dur jamais ne la mouvant hors de son lieu, et avec un doux appui s’accompagnera et agencera de sorte la bouche avec la bride, la mâchant toujours qu’il semblera qu’elle y soit miraculeusement née : et tant plus on le travaillera, tant plus croîtra sa vertue, et de quelque qualité qu’il soit ou bonne ou mauvaise, il se montrera en cette façon toujours gaillard et galant avec une grande apparence de perfection. »

Fiaschi, quand à lui, qu’il fallait : « Toujours porter la tête de bonne sorte : sans lui laisser trop avancer le mufle en avant, ni pareillement s’égorger ou rengorger, mais moyennement entre les deux, et en port gaillard et haut. »

Les controverses au sujet de la qualité du contact ne sont pas spécifiques à notre époque, car déjà à la Renaissance  Salomon de La Broue exprimait un point de vue visiblement différent de celui d’autres écuyers : « Il y a entre les hommes de guerre et de cheval, des opinions différentes sur les tempéremments des bouches des chevaux; les uns veulent que l’appui soit à pleine main, parce que c’est celui qui se rapporte plus à la fermesse de la tête, et qui fait par conséquent que le cheval que le cheval doit mieux accoster et donner dans un foule : et même qu’il semble que par ce ferme appui, le chevalier se sent plus ferme à cheval : les autres veulent qu’il soit fort léger à la main; et pour moi, je suis de cet opinion, pourvu que la bouche soit assurée. »

Sur la flexibilité de la mâchoire inférieure, Grisone pensait que le cheval : « …agencera de sorte la bouche avec la bride, la maschant toujours qu’il semblera qu’elle y soit miraculeusement née. »

Antoine de Pluvinel parlant de légèreté :  » Il faut bien prendre garde de presser le cheval auparavant de l’avoir allégery. »

Et pour finir, je citerai de nouveau Pluvinel, mais cette fois écrivant sur la merveilleuse descente des aides (qui n’est formulée en ces termes, que sous La Guérinière): « S’il manie de science et volontairement, il faut diminuer toutes les aydes, en sorte que les regardants puissent dire véritablement que le cheval est si gentil et bien dressé qu’il manie tout seul. »

LA RENAISSANCE FRANCAISE.

vendredi, juillet 9th, 2010

Je ne parlerai ici, que des deux plus grands écuyers de la renaissance française, Salomon de La Broue, et Antoine de Pluvinel.

 

Salomon de La Broue, gentilhomme gascon, est né aux environ de 1530, et est mort vers 1610. Elève de Pignatelli, il devint ensuite écuyer ordinaire de la grande écurie du roi, sous Henri III, et en 1593-1594, il publia ce qui est considéré comme le premier traité d’équitation français :  » Préceptes du cavalerice françois. » 

Salomon de La Broue apparaît comme un écuyer patient, progressif et doux, ce qui est tout à l’honneur de son maître. Il est très marqué par l’emploi du simple canon , cherchant à ne pas offenser la bouche des chevaux ,et loin de négliger de parler des mors dans son traité, il pense néanmoins que l’art d’adapter parfaitement le mors à la bouche du cheval ne doit intervenir que lorsque ce dernier a été complètement dressé avec le simple canon et le caveçon commun.

Et bien qu’ayant recours au simple canon, il insiste sur le fait que : « La légèreté de la bouche du cheval doit procéder premièrement à la légèreté d’iceluy. » Il est tout à fait possible que ce soit lui qui ait réellement introduit les flexions dans le travail des chevaux.

A la Renaissance, c’est par la géométrisation que les pratiques du corps sont restituées par écrit, et les figures exécutées par le  cheval n’échappent pas à cette règle et sont de plus en plus sophistiquées. Les déplacement naturels et instinctifs du cheval sont désormais savamment codifiés et réglés par l’écuyer.

La figure essentielle est la « passade », à l’origine, sorte d’aller-retour sur une ligne droite et fermée en son extrémité par un demi-tour ou une demi volte. C’est à partir de cette figure que Pignatelli a développé tout son système d’assouplissement. Cette figure se transforme petit à petit en volte carrée, où segment de passade et demi passade se rejoignent en quart de pirouette : jugez vous-même de la sophistication de la figure!

Salomon de La Broue en suivant cette voix, va encore plus loin dans la décomposition de la force et du mouvement, en segmentant encore davantage le travail du  cheval afin d’interrompre instantanément quelque dégradation que ce soit, pour obtenir un équilibre parfait du cheval, dans la décontraction.

Pour la petite histoire, mais aussi pour souligner son talent, on dit que Salomon de La Broue dressa parfaitement un âne!

Antoine de Pluvinel, quant à lui, est né en 1555 et mort en 1620. Tout jeune, alors qu’il n’a qu’une dizaine d’années, il est envoyé en Italie où il suit l’enseignement de Pignatelli jusque dans les années 1571-1572.

Il rentre alors en France et est nommé premier écuyer du futur Henri III, qu’il accompagne en Pologne lorsque celui-ci accède au trône en 1573. A la mort de son frère Charles IX, Henri III s’enfuit littéralement de Pologne pour revenir dans sa France chérie, et devenir roi. Pluvinel est un des trois gentilshommes qui ne le quittera pas et cheminera à ses côtés durant ce long périple.

De tels services sont comblés d’honneurs, et lorsque Henri IV succédera à son cousin, Pluvinel conservera ses nombreuses charges et bénéfices. 

En 1594, il fonde son Académie d’équitation, à l’actuelle emplacement de la place des Pyramides.

Son oeuvre écrite : « Le Maneige royal« , et « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval« ,a fait l’objet d’une édition posthume. Dans « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval », il est question de l’éducation équestre du jeune roi Louis XIII, avec bien sûr, toute la déférence qu’il convient à une telle tâche.

Antoine de Pluvinel pousse encore plus loin que ses prédécesseurs  l’art du manège. Il assouplit ses chevaux sur deux pistes, sur des voltes, autour d’un pilier, ou encore entre deux piliers, dont on lui attribue d’ailleurs l’invention, mais à tort semble-t-il, puisque les écrits de La Noue laissent à penser qu’il s’en servait avant lui.

Ce qui caractérise Pluvinel, c’est la pondération, le tact, l’emploi d’embouchures simplifiées.

Voici deux phrases célèbres de Pluvinel : « … la gentillesse, qui est aux chevaux comme la fleur sur les fruits, laquelle ostée ne retourne jamais. » « Il faut estre avare des  coups et prodigue des caresses afin, comme rediray tousjours, d’obliger le cheval à obéir et manier plustost pour le plaisir que pour le mal. »

Pour terminer avec ce chapitre sur la Renaissance, je laisserai, dans le prochain post,  la parole aux grands écuyers qui ont marqué cette belle période, et voyons quels sont leurs points de vue sur les différentes grandes notions qui sont l’essence même de l’art de dresser les chevaux.

A suivre…