LA RENAISSANCE FRANCAISE.

Je ne parlerai ici, que des deux plus grands écuyers de la renaissance française, Salomon de La Broue, et Antoine de Pluvinel.

 

Salomon de La Broue, gentilhomme gascon, est né aux environ de 1530, et est mort vers 1610. Elève de Pignatelli, il devint ensuite écuyer ordinaire de la grande écurie du roi, sous Henri III, et en 1593-1594, il publia ce qui est considéré comme le premier traité d’équitation français :  » Préceptes du cavalerice françois. » 

Salomon de La Broue apparaît comme un écuyer patient, progressif et doux, ce qui est tout à l’honneur de son maître. Il est très marqué par l’emploi du simple canon , cherchant à ne pas offenser la bouche des chevaux ,et loin de négliger de parler des mors dans son traité, il pense néanmoins que l’art d’adapter parfaitement le mors à la bouche du cheval ne doit intervenir que lorsque ce dernier a été complètement dressé avec le simple canon et le caveçon commun.

Et bien qu’ayant recours au simple canon, il insiste sur le fait que : « La légèreté de la bouche du cheval doit procéder premièrement à la légèreté d’iceluy. » Il est tout à fait possible que ce soit lui qui ait réellement introduit les flexions dans le travail des chevaux.

A la Renaissance, c’est par la géométrisation que les pratiques du corps sont restituées par écrit, et les figures exécutées par le  cheval n’échappent pas à cette règle et sont de plus en plus sophistiquées. Les déplacement naturels et instinctifs du cheval sont désormais savamment codifiés et réglés par l’écuyer.

La figure essentielle est la « passade », à l’origine, sorte d’aller-retour sur une ligne droite et fermée en son extrémité par un demi-tour ou une demi volte. C’est à partir de cette figure que Pignatelli a développé tout son système d’assouplissement. Cette figure se transforme petit à petit en volte carrée, où segment de passade et demi passade se rejoignent en quart de pirouette : jugez vous-même de la sophistication de la figure!

Salomon de La Broue en suivant cette voix, va encore plus loin dans la décomposition de la force et du mouvement, en segmentant encore davantage le travail du  cheval afin d’interrompre instantanément quelque dégradation que ce soit, pour obtenir un équilibre parfait du cheval, dans la décontraction.

Pour la petite histoire, mais aussi pour souligner son talent, on dit que Salomon de La Broue dressa parfaitement un âne!

Antoine de Pluvinel, quant à lui, est né en 1555 et mort en 1620. Tout jeune, alors qu’il n’a qu’une dizaine d’années, il est envoyé en Italie où il suit l’enseignement de Pignatelli jusque dans les années 1571-1572.

Il rentre alors en France et est nommé premier écuyer du futur Henri III, qu’il accompagne en Pologne lorsque celui-ci accède au trône en 1573. A la mort de son frère Charles IX, Henri III s’enfuit littéralement de Pologne pour revenir dans sa France chérie, et devenir roi. Pluvinel est un des trois gentilshommes qui ne le quittera pas et cheminera à ses côtés durant ce long périple.

De tels services sont comblés d’honneurs, et lorsque Henri IV succédera à son cousin, Pluvinel conservera ses nombreuses charges et bénéfices. 

En 1594, il fonde son Académie d’équitation, à l’actuelle emplacement de la place des Pyramides.

Son oeuvre écrite : « Le Maneige royal« , et « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval« ,a fait l’objet d’une édition posthume. Dans « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval », il est question de l’éducation équestre du jeune roi Louis XIII, avec bien sûr, toute la déférence qu’il convient à une telle tâche.

Antoine de Pluvinel pousse encore plus loin que ses prédécesseurs  l’art du manège. Il assouplit ses chevaux sur deux pistes, sur des voltes, autour d’un pilier, ou encore entre deux piliers, dont on lui attribue d’ailleurs l’invention, mais à tort semble-t-il, puisque les écrits de La Noue laissent à penser qu’il s’en servait avant lui.

Ce qui caractérise Pluvinel, c’est la pondération, le tact, l’emploi d’embouchures simplifiées.

Voici deux phrases célèbres de Pluvinel : « … la gentillesse, qui est aux chevaux comme la fleur sur les fruits, laquelle ostée ne retourne jamais. » « Il faut estre avare des  coups et prodigue des caresses afin, comme rediray tousjours, d’obliger le cheval à obéir et manier plustost pour le plaisir que pour le mal. »

Pour terminer avec ce chapitre sur la Renaissance, je laisserai, dans le prochain post,  la parole aux grands écuyers qui ont marqué cette belle période, et voyons quels sont leurs points de vue sur les différentes grandes notions qui sont l’essence même de l’art de dresser les chevaux.

A suivre…

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