A LA RECHERCHE DU TACT ET DE L’ADAPTABILITE.

Prenons l’exemple suivant :

Lorsque l’on commence à travailler un cheval, il me semble qu’une des priorités, si l’on veut  obtenir la tension du dos du cheval, est de rechercher le bon rapport entre les aides impulsives que sont l’assiette et les jambes, et les aides régulatrices que sont le buste et les mains. Il est bien entendu question ici d’une tension alliant tonicité et souplesse, qui conduit à la réactivité dans la décontraction.

Mais chaque cheval a un rapport mains jambes qui lui est propre, car chaque cheval est unique par sa morphologie, sa motricité, son histoire et sa sensibilité. Il est donc inepte, à mes yeux, de vouloir formater tous les chevaux selon des modèles inspirés par la seule théorie- quelle que soit cette théorie. 

Chaque cheval est donc un modèle singulier qui doit conduire son cavalier à s’ adapter, à sentir de la façon la plus fine, pour agir de la façon la plus juste et adéquate. D’un cheval à l’autre, certaines valeurs peuvent varier, telles, la vitesse, la cadence, ou encore le contact main-bouche. Avec certains sujets, le cavalier devra impérativement alterner l’utilisation des jambes et celle des mains. Au contraire, avec d’autre la simultanéité sera nécessaire.

Le cavalier averti dispose d’une large palette de gestes techniques dont il ne doit pas hésiter à utiliser toutes les nuances. Comme un peintre qui, par petites touches successives, parvient enfin à la couleur tant recherchée, le cavalier, par une recherche subtile de la place et du dosage de ses aides, va obtenir LA bonne attitude, sans laquelle le travail harmonieux n’est pas envisageable.

Quelle que soit l’attitude dans laquelle la tension est recherchée, descente d’encolure ou cheval sur les hanches, le cavalier doit accepter que cette tension ne soit pas la même pour tous. De même qu’il doit accepter que le degré de descente d’encolure ou d’abaissement des hanches soit différent d’un cheval à l’autre. Certains chevaux souffrent réellement au début, quand il s’agit de travailler l’encolure en bas, alors il faut se contenter de ce qu’ils peuvent donner. Il en va de même lorsqu’il s’agit de garder la nuque le point le plus haut, certains ne peuvent tout simplement pas. Le cavalier devra se contenter d’attitudes intermédiaires, et pour des laps de temps plus ou moins longs.

Bien évidemment, la question reste toujours posée de savoir si c’est le cheval ou le cavalier qui est limité. Quoi qu’il en soit, si le cavalier est à l’écoute de son corps et de celui de son cheval et qu’il a le moindre doute quant à la responsabilité de l’un ou de l’autre dans la lenteur de la progression, la plus grande sagesse sera de prendre son mal en patience, et de continuer sans forcer, en demandant doucement un tout petit peu plus chaque jour.

Ce post, je pense, servira certainement de réponse à « Silou », qui me demandait dans un commentaire précédent, quel était mon avis concernant la position de O. Sirot, ancien du cadre noir. Voici quel était son propos concernant la demi mesure, vous vous douterez bien que je ne puis être en accord avec la 1ère partie de cette déclaration :

 Il n’y pas de demi mesure à cheval ou de compromis acceptables : on travaille soit en extension d’encolure, soit tête haute la nuque le point le plus haut en recherchant la légèreté constamment avec des descentes de mains le plus souvent possible.

8 Responses to “A LA RECHERCHE DU TACT ET DE L’ADAPTABILITE.”

  1. Manon dit :

    Comment savoir si l’appui de la part d’un cheval es nécessaire pour lui , physiquement , ou non . En faite ce que je veux dire c’est , est ce que le fait de s’appuyer l’aide ? Ne faut il pas justement refuser l’appui pour qu’il apprenne a se tenir seul , vu que c’est le but recherché pour obtenir la légèreté ?

    Merci !

  2. will dit :

    Bonsoir Marie-Hélène,
    Je suis d’accord avec vous pour le pragmatisme et l’adaptabilité qui sont en effet indispensables pour la mise en pratique de tout enseignement des Maîtres. L’application rigide de toute théorie quelle qu’elle soit n’est pas justifiable en équitation, puisque celle-ci n’est pas une science, mais un art. Contrairement au domaine scientifique où seule la raison compte, les sens jouent un rôle essentiel en matière artistique, et ne se plient pas comme la raison à la théorie seule.
    Je trouve à cet égard particulièrement bien choisie votre analogie avec le travail du peintre…

    Cependant, il me semble que l’accord des aides constitue une exception. Je veux dire par là que votre proposition ‘Avec certains sujets, le cavalier devra impérativement alterner l’utilisation des jambes et celle des mains. Au contraire, avec d’autre la simultanéité sera nécessaire’ suggère que les deux approches (séparation ou simultanéité) sont en fin de compte équivalentes, en tout cas quant au résultat. Je ne le pense pas. Le principe ‘Mains sans jambes, jambes sans mains’ ne souffre pas de compromis, si l’on veut en tirer les bénéfices qui sont extraordinaires avec les jeunes chevaux, ou les chevaux détraqués. Je suis convaincu qu’il s’applique à tous les chevaux de ces catégories sans exception (en tout cas selon ma modeste expérience), et qu’il faut l’employer de manière exclusive sous peine d’en perdre l’avantage. L’emploi simultané des jambes et des mains devrait quant à lui être réservé aux chevaux mis et aux cavaliers au tact suffisant pour maîtriser l’effet d’ensemble et toutes ses déclinaisons en équitation supérieure.
    Mais cela est juste mon avis!
    Merci une nouvelle fois pour la qualité de votre blog, et la richesse de son contenu.
    Will

  3. sylou dit :

    La théorie… et la pratique …

    Il y a l’idéal, celui dont on lit la description dans « Sa Bible » : pour moi en ce moment et pour longtemps, c’est « Dressage méthodique… FDK » 😉

    … et il y a la pratique. La pratique devrait se satisfaire d’adaptations par rapport à la théorie… Oui mais jusqu’ou peut-on se permettre de faire les adaptations qui nous arrangent ???? Ainsi la progression dans les demandes doit – elle faire oublier les buts à atteindre ?

    Pourquoi ne se vouer qu’à un seul saint me direz-vous ? Tout simplement, parce que pour avoir pratiqué d’abord « la dispersion » par manque de jugement et ensuite l’adaptation (décidément, je n’apprends que par mes erreurs ;( J’en suis maintenant à la phase consolidation d’un seul dogme, celui que je crois juste. A force d’avoir eu trop de cordes à mon arc, j’y ai perdu mon latin, et pourtant je suis peintre aussi 🙂 Je dis bien je, donc mon propos n’engage donc que moi, à mon microscopique tout petit niveau 🙂

    C’est déjà tellement difficile de ne suivre qu’un fil (surtout quand il est équestre, et plus encore celui que la voie bauchériste propose, avec ce qu’il suppose de finesse et de justesse), que je ne me sens plus apte à faire ma propre sauce avec tous les ingrédients glanés au cour de ma modeste expérience…

    Je rejoins donc Will dans sa réponse sur l’accord des aides et sur le principe « mains sans jambes, jambes sans mains », ainsi que sur la fantaisiste (à cause de l’interprétation, justement, que tout un chacun fait de ce terme) notion de tension. Pour moi, pour qui cette voie est somme toute assez nouvelle, je ne me vois pas déroger aux principes, sous prétexte qu’ils me semblent trop ardus. Donc je me contenterais d’être disciplinée, à défaut d’être peut-être bête ou limitée comme l’évoque ce post…

    Ceci étant, j’essaye d’être très progressive et douce dans mes demandes. Je passe aussi beaucoup de temps au pas et je recherche d’abord des cadences lentes (ainsi je ne trotte que si j’ai un cheval juste au pas, et il m’arrive encore de ne pas galoper de ma séance…). Je longe quasi systématiquement avant de monter. Je fais très souvent des pauses. J’apprends à récompenser chaque mouvement juste… et je me concentre pour avoir à l’esprit les grands principes que je tente de suivre. J’avance donc bien doucement me direz-vous ? Ce n’est pas grave, je courais après quoi au fait ?

    Tout ça m’évite de devoir faire des compromis aux principes érigés (La légèreté, la décontraction, MSJ, JSM…). Enfin, je crois, que chercher les variations d’attitude de la tête dans leur « extrême » est plus bénéfique au cheval que de passer sa séance entière dans une attitude « bâtarde » ni haute, ni basse qui ne le mènera jamais au rassemblé.

    Et je finirais en vous disant que, si j’avais eu la chance de me voir transmettre tous ces beaux principes » plus tôt, à mes tous débuts, même, soyons fous, quitte à désoler les fanas des « poney land » et autre adeptes de l’apprentissage par le jeu, je serais sûrement plus heureuse maintenant. Moins tributaire d’une position « à l’avenant » et d’une équitation floue, mal nourrie qu’elle a été de toutes ces « adaptations ».

    Et mes chevaux dans tout ça ? Ils vont mieux, contents qu’ils sont d’avoir à supporter moins de poids sur leur avant main par exemple…

    Bien à vous 😉

  4. Marie dit :

    Bonjour Marie Hélène.
    Je serai curieuse de connaître votre avis sur les questions posées par Manon. Je monte actuellement un cheval qui a l’habitude de mettre son poids sur le mors, et j’ai d’abord essayé de le redresser en jouant dans mes doigts, mais rien n’y fait; si la situation s’améliore, il me reste malgré tout du poids dans les mains. J’ai donc repris le travail depuis le début, comme Sylou: allures lentes, très lentes, jusqu’à cession totale, en douceur et en décontraction. Les mains légèrement écartées et fixées au dessus du garrot, qui résistent jusqu’à ce qu’il cède, et à ce moment là, descente des mains. Ce n’est plus le même cheval, il se porte et je peux m’asseoir sans être chaque fois tirée vers l’avant. Plus lent certes, mais plus régulier. Le travail avec Polka est quant à lui mis en pause pendant l’hiver, faute d’installations. Mais les progrès sont énormes, même s’il reste du travail au galop.
    Je me posais dernièrement une question: Equitation de légèreté et dressage en compétition sont-ils concordants? Il me semble que l’équitation de légèreté consiste plutôt en un cheval rassemblé, impulsion vers le haut et dans le dressage en compétition, on recherche davantage l’action et la mise en avant, impulsion vers l’avant.
    Je vous remercie encore pour vos excellents articles.
    Marie

  5. sylou dit :

    Marie, c’est étonnant 🙂 je me pose de plus en plus la même question que vous… J’aime pourtant la compétition en cce …
    Mais plus j’avance (à petits pas) dans l’équitation de légèreté et ce qu’elle implique sur mes cadences (pourtant sous cadence mais sur impulsion), plus je me dis que je risque d’en prendre pour mon grade avec les juges (même si ceux de complet sont moins exigeants que ceux de dress pur…)
    La preuve je ne me sens encore pas prête à redemmander un allongement, comme ceux qu’on vous demande sur un carré, à mon cheval (ni au trot, ni au galop)… j’ai trop peur d’y perdre la légèreté si chèrement acquise…
    De plus, mes recherches de diagonalisation, mes débuts de piaffé et de trot passagé me confortent pour l’instant dans mon envie d’attendre encore un peu pour redemander les dits allongements…
    vaste débat don 😉

  6. Pardonnez moi, Manon, pour ma réponse tardive.
    En effet, il se peut qu’au debut de son dressage, un cheval trouve un certain confort à s’appuyer. Les raison de cet appui peuvent être plus ou moins précises : faiblesse du dos, des jarrets, ou tout bonnement mauvaise éducation à la main, et donc cheval sur les épaules.
    Et bien évidemment, tout le travail consistera à lui apprendre progressivement à se tenir tout seul, avec la légèreté comme objectif.
    Mais j’insiste encore une fois, et je ne démordrai pas de cet opinion, il faut y aller progressivement, voir ce que le cheval peut donner, et ne repousser ses limites que petit à petit. Ce n’est pas parce que l’on aura décidé de le remonter pour changer son équilibre qu’il faudra le faire sans réserve. On n’est ni dans le corps ni dans la tête du cheval que l’on travail, donc il faut sentir, être à l’écoute, et dans le doute d’une éventuelle douleur, on fait moins d’erreurs en étant légèrement en sous demande, qu’en sur demande.
    Il ne s’agit pas de stagner, mais d’être attentif au physique de son compagnon de travail.

  7. Bonsoir Marie,
    Ce que vous me dites de votre travail avec votre cheval me semble tout à fait bien. Il faut continuer.
    Quant à votre dernière question, c’est un vaste débat, et je pense que ce n’est pas tant une question d’impulsion vers le haut ou vers le bas, qu’une question de philosophie. Malheureusement, de mon point de vue, l’esprit de compétition va à l’encontre de la lenteur recquise par cette longue recherche qu’est la recherche de la légèreté. Certains diront qu’ils ont besoin de faire évaluer leur travail, ce que je peux concevoir. Mais comment peut-on se faire évaluer par quelqu’un qui n’a pas les même valeurs que soi. Or, il faut bien le reconnaître, bien souvent les juges sont pris dans dans un système dont ils n’ont pas toujours intérêt à sortir.
    Je ne dis pas qu’on ne voit que de vilaines choses en compétition, mais je pense que ceux qui arrivent vraiment à faire leur prestation dans la légèreté et à être bien notés sont rares et fort probablement, extrêmement doués.

  8. Manon dit :

    Merci beaucoup Marie Hélène d’avoir pris le temps de me répondre , c’est la réponse que j’attendais ^^ Merci pour vos articles toujours très intéressant !

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