RECTIFICATIONS!

Il me coûte un peu de devoir expliquer que lorsque je suggère dans un post qu’un cheval ou qu’un cavalier peut être limité, ce n’est évidemment pas qu’il est bête!!! Non mais voyons! Soyons un peu sérieux, ce post est un peu plus élevé que cela tout de même!
Depuis 25 ans que j’enseigne, il m’est fort heureusement venu à l’esprit qu’un cheval ou un cavalier pouvait être limité par ses capacités physiques et par son degré d’apprentissage!

Passée cette introduction, il me paraît nécessaire d’apporter quelques indications plus fournies à propos de mon dernier post.
Je suis heureuse de constater qu’il ne vous laisse pas sans réactions. Réactions vives, même!
C’est très bien, car cela relance le dialogue.
Mais ceci montre également combien il est difficile, en quelques mots, de se faire bien comprendre.
En cherchant à être concise pour ne pas ennuyer le lecteur, j’ai sans doute omis de préciser certains points sans lesquels mes propos ne reflètent pas suffisamment l’esprit dans lequel j’utilise mes mains et mes jambes.


Avant toutes choses, j’aimerais préciser que lorsque je parle de simultanéité des jambes et des mains, il ne s’agit en aucun cas du « tirer et pousser en même temps », ou du « pousser sur la main », si vous préférez, principe contre lequel je suis opposée.

Adrien, qui est bien loin du « pousser sur la main »!

Maintenant, je vais tenter de vous éclairer davantage sur l’emploi de mes mains. Ayant une notion très classique, voire baroque du contact, je n’hésite pas, lorsque je le peux, quand mon cheval est prêt, à avoir les rênes détendues, flottantes, diraient certains, comme on le voit souvent sur les gravures équestres du XVIIe et XVIIIe siècle.

Donc, quand je pratique le mains sans jambes- jambes sans mains, je ne me contente pas de ne plus rien demander avec les mains tandis que je mets les jambes, non, je rends vraiment de la main en l’avançant, et en ouvrant les doigts. Evidemment, cette action peut ne durer qu’une petite seconde!

             

 

 En ce qui me concerne, c’est dans le travail du rassembler que je ne souffre aucun compromis dans l’emploi des jambes et des mains. C’est l’alternance uniquement, éventuellement sur un laps de temps très très court, certes, mais l’alternance. Je trouve que cela donne plus de « liberté » au cheval. De plus, j’aime l’idée de jouer de façon très délicate sur l’équilibre du cheval : engager les hanches, grandir l’avant main, revenir aux hanches, et ainsi de suite. 

C’est vrai également que je n’aime guère l’effet d’ensemble, que je n’emploie que de façon rarissime, et pas dans le rassembler.

Donc, pour revenir à la simultanéité des mains et des jambes, il faut relativiser. Pour moi, dès lors que le contact avec la bouche du cheval est établi grâce à des rênes tendues, j’estime déjà avoir une action de mains.

 J’ en ai monté, des chevaux dits « détraqués », et j’en monte encore des plus ou moins délicats.

Je prendrai un exemple : je travaille un cheval, Quico, qui part extrêmement bien au galop. Il n’est pourtant pas toujours facile dans sa bouche, mais une fois légèrement rassemblé, il part avec une légèreté et un maintien de son attitude tout à fait agréable, la main du cavalier en totale cession, donc jambes sans mains.

 A l’inverse, je travaille un petit cheval, Noyalo, sans doute plus facile dans  son rapport avec la main du cavalier mais qui, ayant une petite raideur aux niveau des hanches,  ne s’articule pas encore très bien dans ses départs au galop. Si je désire m’y prendre comme avec Quico pour partir au galop, donc être en descente de mains, j’ai systématiquement les mains emmenées en avant par un coup de tête. En effet, au lieu de rester placer et de s’articuler, il part d’un coup, avec élan, en se mettant à plat et donc en s’ouvrant. Ainsi mes mains sont-elles entraînées vers l’avant. Une fois au galop il retrouve une attitude plus juste.

 Cette difficulté diminue parallèlement à une bonne progression dans le travail, malgré tout, pour limiter cette mauvaise attitude,  j’ai juste décidé que mes mains ne se laisseraient pas emmener en avant, et que mon cheval resterait dans la même cadence. Ceci ne se fait pas par miracle, se sont bien mes aides régulatrices, buste et mains, qui régulent. Avant la demande, il est en place, et c’est bien au moment de la demande que je dois être vigilante. Mais je ne fais juste qu’essayer de maintenir ce que j’ai en amont du départ, je ne prends pas plus . Je laisse à Noyalo le temps qu’il lui faut pour s’organiser, et trouver la bonne réponse.Toutefois j’estime être dans la simultanéité des deux groupes d’aides.

J’ai alors bien sûr un départ au galop bien plus correct, mais n’estime pas du tout que ce résultat soit équivalent à ce que me donne Quico. Je sais que je vais devoir encore beaucoup travailler pour obtenir  entière satisfaction : départ à l’assiette et en descente de mains.

J’espère que cet exemple vous a parlé et que vous comprenez un peu mieux quel emploi je fais de mes mains et de mes jambes.

Le dialogue reste ouvert!

2 Responses to “RECTIFICATIONS!”

  1. sylou dit :

    « Bien évidemment, la question reste toujours posée de savoir si c’est le cheval ou le cavalier qui est limité »… Il me coûte un peu de devoir expliquer que lorsque je suggère dans un post qu’un cheval ou qu’un cavalier peut être limité, ce n’est évidemment pas qu’il est bête !!! ….. un cavalier pouvait être limité par ses capacités physiques et par son degré d’apprentissage…

    Désolée alors d’avoir trouvé ce post un peu rude, et aussi qu’il en coûte à l’auteur de devoir être plus explicite dans ses propos… mais j’ai tout de même été voir « bêtement » mon Larousse concernant ce PETIT mot, afin d’être sûre de ma capacité à saisir le sens.
    Limité : « sans grands moyens intellectuels »…

    Je me sens bien souvent sans talent à cheval, de ceux à qui il ne reste que le travail consciencieux de chaque jour pour garder un peu d’estime de soi, il est donc vrai que de lire ces lignes sur l’aptitude ou non qu’à chacun, de continuer à progresser, même si c’est tout doucement m’a un peu heurté.

    Cela étant dit, après lecture de ce plus long post sur l’emploi des jambes et des mains, et aussi grâce aux exemples fournis sur le besoin de simultanéité selon le sujet, je comprends en effet un peu mieux ce qui était sous entendu entre les lignes.
    Pour ma part donc, et compte tenu de mon degré de subtilité, je reste donc attachée aux textes certes un peu plus longs, mais qui, étayés d’exemples, ne permettent aucune confusion dans la compréhension.

    Par la même occasion, je constate que les problèmes que je peux rencontrer à cheval ne me sont pas réservés. Pour les résoudre, il est même possible de devoir, pour un temps, enfreindre la règle (MSJ, JSM). Je pense ici à l’exemple du cheval qui perd sa légèreté dans le départ au galop, compte tenu du manque de souplesse de ses hanches, et qui
    « contraint » ainsi le cavalier à une certaine « fixité » de la main ainsi qu’à une « résistance » du haut du corps, en même temps qu’une action de jambes, dans le départ.

    Ne plus demander de galop monté, en espérant qu’un travail de diagonalisation patient dans le piaffé et le doux passage, rendrait à ces hanches là, la souplesse nécessaire, pour retravailler ces départs plus tard, était donc un peu excessif de ma part… je vais donc m’armer de patience et recommencer …

    Mesure dans les actions, mais aussi dans les propos, semblant donc devoir adoucir ce débat pour l’instant 🙂

  2. will dit :

    Bonsoir Marie-Hélène,
    Merci pour vos explications de l’emploi et de l’accord des aides: elles sont limpides, et précieuses pour nous tous, vos lecteurs en quête de légèreté.

    Le concept ‘mains sans jambes, jambes sans mains’ m’a intrigué dès que je l’ai ‘découvert’ il y a bien longtemps. J’aimerais profiter de ce forum pour partager quelques unes des réflexions qu’il m’a inspirées:
    -à première vue, son application parait simple. Il n’en est rien, car il suppose pour être effectif, une indépendance des aides et donc une qualité d’assiette qui demande des années d’apprentissage.
    – à première vue toujours, son objectif est présenté parfois comme un moyen élémentaire d’établir (ou de rétablir) un langage de base pour communiquer avec le cheval. Il est bien plus que cela, car comme vous l’expliquez si bien, il peut devenir à travers l’alternance rapprochée, un dialogue élaboré et d’une grande finesse qui conduit petit à petit vers toujours plus de tact, toujours plus de légèreté.
    – à première vue encore, il semble presque aller de soi tant sa justification (éliminer tout conflit entre les aides qui conduirait à brouiller la communication avec le cheval) semble évidente. Or, il est rejeté, voire condamné par les partisans de l’école germanique, pour lesquels l’appui sur le mors est un dogme intangible. De ce point de vue, Dom Diogo de Bragance fait une comparaison très éclairante entre les conceptions des deux écoles (française et allemande) dans son excellent livre.
    Pour terminer, je voudrais témoigner d’une expérience pratique que j’en ai en ce moment même: ce principe a été la clé qui m’a permis de sortir de l’impasse dans laquelle je me trouvais avec Pacha, un petit Ibérique que je travaille depuis deux ans. Très chaud et anxieux à la fois, mais sans vice ni méchanceté, il ne connaissait pas le calme, particulièrement au galop qui était pour lui synonyme de fuite éperdue et désordonnée. C’est grâce à ‘mains sans jambes, jambes sans mains’ sur le cercle que son galop s’est progressivement régularisé, et même arrondi. Il est maintenant capable du petit galop rond en descente des aides. L’alternance sur le cercle, en rendant chaque fois qu’il ‘chauffait’ et en recevant sur une main fixe mais attentive juste après a été un remède très efficace. Et le meilleur de tout cela, c’est qu’il n’ a rien perdu de son impulsion, simplement elle s’est ‘civilisée. Pour employer une expression de mon vieux professeur, il ‘gicle’ en avant à la moindre sollicitation, au lieu de se jeter à corps perdu dans le désordre et le déséquilibre.
    L’ amélioration de son galop a entraîné, comme je l’espérais secrètement, un progrès bien plus large, à savoir une diminution de l’anxiété et de la nervosité qui ne mérite pas encore la qualification de calme, mais qui s’en rapproche peu à peu.

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