Archive for septembre, 2011

LE CHEVAL ET SES FRAYEURS.

jeudi, septembre 29th, 2011

Voici un post dans lequel je vais de nouveau vous faire part de mon expérience, dans deux situations où le cheval que je montais n’était pas sage.

Le premier cas est une jument (encore Majolie) somme toute assez sage. Je la monte dans une carrière entourée de bois, et le fond de cette carrière ne la laisse pas totalement indifférente. Je m’y arrête toujours en début de séance pour la laisser regarder, écouter, et sentir autant de dangers potentiels qui, bien sûr, m’échappent totalement.

Une fois ce petit rituel accompli, tout se passe comme si de rien n’était. Sauf certaines fois néanmoins, où pour différentes raisons comme par exemple, un temps venteux, la jument manquant de travail dans la semaine bien qu’allant au paddock tous les jours, elle utilise le prétexte du fond de la carrière  pour laisser s’exprimer son excitation.

Il est à souligner qu’en cette circonstance, en plus de chercher à faire des écarts, elle est particulièrement tonique, allant même jusqu’à précipiter si je la laisse faire. Il serait tentant alors, de jouer la carte du mouvement en avant afin de la laisser évacuer son trop plein d’énergie, mais dans ce cas précis, cela ne me paraît pas la bonne solution.

Je précise que la longe ne change rien, et d’autant moins d’ailleurs que pour des raisons physiques, Majolie ne doit pas être longée trop longtemps, trop fort, ni trop souvent.

J ‘obtiens un bien meilleur résultat, pour abaisser son niveau de tension, en lui demandant de trotter doucement dans une attitude assez basse. En vue de passer au fond de la carrière, j’insiste particulièrement sur les aides destinées à l’empêcher de faire un écart vers l’intérieur, mais toujours dans la lenteur. La vitesse accentue la tension, ce qui est parfaitement inutile dans ce cas là!

La jument gagne peu à peu en décontraction, ce qui induit rapidement un « lâcher prise » mental. Et bien que restant vigilante, je peux passer de nouveau à l’endroit posant problème auparavant, sans actions préventives particulières.

Je n’ai malheureusement pas de photos de Majolie ni de Bachkar dans les situations décrites dans ce post.

A la place c’est Wendy, 4ans, un peu timide face au ruban dans le coin de la carrière.

Le second cas est celui d’un jeune cheval de 5 ans que l’on m’a demandé de monter quelques fois cet été. Ce beau KWPN été un très gentil cheval, un peu sur l’oeil, et sans trop d’éducation.

Dans l’établissement dans lequel il a été mis en pension aprés avoir été acheté, il a très vite été considéré, à tort évidemment, comme dominant et dangereux. Un cheval à « mater », a-t-on dit à sa propriétaire!

Et comment travaille-t-on un cheval que l’on doit « mater »? avec des rênes courtes (si l’on écoute les conseils prodigués le plus souvent), en prenant très rapidement le trot parce qu’au pas de toute façon il n’avance pas et qu’il fait des écarts. Au trot, la vitesse est une règle de base, car elle évite au cheval de regarder l’objet de ses frayeurs, elle minimise également les écarts. Idem au galop, et le tout dans un couloir des aides très étroit, cela va de soi ! Il va sans dire que la propriétaire de Bachkar a rapidement mis en doute la pertinence de ces conseils.

Je pense qu’un cheval comme Bachkar doit avant tout chose, être longé, libre de tout enrênement. Il doit travailler sur de grands cercles non contraignants, et être autorisé à faire le fou si le coeur lui en dit. Ensuite, un long travail au pas est nécessaire pour d’une part, revoir la leçon de jambes, et d’autre part, permettre au cheval de passer partout où il a peur en lui laissant le temps de reprendre confiance.

Lorsque le cheval s’emploie au pas, dans le calme et en s’articulant, les rênes assez longues, le moment de prendre le trot est venu. Le travail dans cette allure se fait dans une cadence lente, afin de ne pas faire monter la pression en cas de tension. En effet, quand le cheval prend peur, il cherche à fuir or, la fuite est liée à une vitesse accrue. Si vous rentrez dans ce système d »‘impulsionner » à outrance, vous cautionnez la fuite. La lenteur permet au cheval de mieux appréhender son environnement, elle lui permet d’être plus décontracté, et s’il commence à se tendre, le cavalier sent tout de suite la différence, ce qui lui permet d’agir mieux et plus vite.

Je n’ai pas précisé que les rênes étaient toujours d’une bonne longueur afin de laisser toute liberté à l’encolure : plus un cheval est »coincé », plus il a l’impression qu’il ne peut fuir en cas de danger, ce qui est un facteur de stress supplémentaire.

Dans le cas de Bachkar, j’ai galopé dans le même état d’esprit qu’au trot, sans le bousculer et avec des rênes longues. Il m’a tout de même pris la main une fois, se sentant libre de toute contrainte et ayant beaucoup de tensions accumulées à évacuer. Remis en ordre gentiment, il n’a plus recommencé.

Il faut croire en ce travail, qui offre  beaucoup de satisfaction. Dès lors que l’on accorde sa confiance au cheval, le retour est rapidement positif car il y trouve son compte sur toute la ligne!

PEPITE, OU LA COURTOISIE INCARNEE.

samedi, septembre 24th, 2011

J’apprécie beaucoup quand, aprés leur cours, les élèves me raccompagnent à ma voiture pour me dire au revoir!

 

LE SCHEMA CORPOREL CHEZ LE CHEVAL.

dimanche, septembre 18th, 2011

 On parle beaucoup de l’importance de la construction du schéma corporel chez l’homme, mais s’en soucie t-on autant pour le cheval?

Je pense que bon nombre de cavaliers passent à côté de cet élément essentiel, garant d’une bonne évolution psychomotrice, ainsi que de l’intégrité physique et mentale de l’animal.

Beaucoup trop de jeunes chevaux sont surexploités, à un âge où ils sont encore en pleine croissance, en pleine transformation psychomotrice, et en pleine construction de leur schéma corporel.

 Voici quelques extraits de l’excellent ouvrage de Jean-Marie DENOIX  et Jean-Pierre PAILLOUX, Approche de la Kinésithérapie du cheval, ed. Maloine, 1991, concernant ce sujet.

 [L’élaboration du schéma corporel chez l’Homme (comme chez le cheval) procède par étapes, depuis la naissance jusqu’à l’image structurée du corps dans l’espace (B.Dolto).

Le poulain prend conscience de son corps en le regardant et par les contacts avec les formes extérieures. L’intégration de ses déplacements dans l’espace se fabrique lentement et lui assure pour plus tard, l’habileté du geste.
La formation du schéma corporel chez le cheval est plus rapide que chez l’Homme en raison d’un développement psychomoteur beaucoup plus avancé à la naissance (locomotion immédiate) et d’une moindre dépendance maternelle.
Les zones privilégiées pour l’acquisition des informations sont :
  •  La lèvre supérieure : appareil du toucher, richement innervée (ce qui explique par ailleurs le rôle inhibiteur du tord-nez);
  • Les antérieurs que le cheval voit plus tôt et plus souvent « mouvements intentionnels » gratter, taper, jouer,etc
  • Les postérieurs et la colonne vertébrale écartés du champ visuel et sièges des manifestations inexpliquées s’ajustent plus lentement dans le schéma corporel. De plus, le poids du cavalier, certaines tensions du dos, ou la douleur, peuvent perturber celui-ci.
Les accidents modifient le schéma corporel : les membres douloureux inquiètent et perturbent, entraînent un geste gauche, qui se rééduquera lentement par la reprise du mouvement sain et indolore.
Ainsi la réadaptation du cheval accidenté en milieu sportif devra se faire très progressivement.
Ici il est question d’accidents, mais je pense qu’un cheval mal travaillé et de surcroît dans l’hyper contrainte avec toutes les blessures potentielle que cela implique, voit aussi son schéma corporel modifié, et le travail de « rééducation » de toute sa musculature donnera lieu à autant d’application et de progressivité que pour un cheval réellement accidenté.
 
Souvent les cavaliers n’excusent pas leur cheval dans ses maladresses de convalescence, deviennent exigeants, créant par ce fait des perturbations parfois indélébiles telles que :
  • Perte de coordinations (obstacle ou dressage)
  • Anxiété du cheval,
  • Hyper – excitabilité (mouvement retenu, perte de brillance), disparition de la générosité]…

[Perturbation du schéma corporel par la douleur.

 Lors d’un accident, le schéma corporel est modifié; la douleur et l’impotence (boiterie) amènent des images nouvelles. Progressivement le corps s’organise autour de ces nouvelles sensations bio-dynamique et modifie son comportement, soit par épargne devant la douleur, qu’il tente d’éviter en limitant le déplacement articulaire, soit par le jeu des compensations musculaires parfois par l’association des deux]…

[Par ailleurs, le cheval recouvrant un geste sain, gardera plusieurs semaines encore l’image de ces troubles, cherchant encore la douleur, limitant les déplacements par l’appréhension de retrouver les gestes douloureux. Il faut retenir ce fait, qui excuse le convalescent et demande une remise en confiance par des exercices très dosés où ce corps momentanément agressé doit se retrouver.

Influences neuro-motrices.

Les messages nerveux proprioceptifs, issus des récepteurs neuro-sensoriels inclus dans les muscles cybernétiques profonds, dans les ligaments et les tendons, sont analysés selon les tensions et les étirements créés au niveau de ces récepteurs.

De cette analyse sensorielle émane une réponse de régulation posturale d’équilibration ou une régulation du tonus musculaire, afin d’adapter la correction posturale à la nature des informations mécaniques issues des organes locomoteurs. Ainsi, à la sortie du box, un cheval longtemps immobilisé a ses récepteurs neuro-sensoriels en état de veille. Au premier déplacement, la motricité est alors pauvre de renseignements posturaux et de régulation du tonus.

L’adaptation physiologique à l’effort demandé procède par étapes, elle est assez longue et peut expliquer l’apparition de lésions en début de travail comme l’entorse du boulet, l’élongation des suspenseurs, la contracture musculaire.

En outre, cette régulation neuro-motrice est influencée par divers paramètres tels que :

  • le type de cheval;
  • la morphologie du sujet;
  • le poid, l’age, l’usure.

La considération de l’ensemble de ces facteurs impose le respect de la physiologie du cheval et de son adaptation à l’effort.

Messages sensoriels et réponses musculaires.

La perception des messages et la promptitude des réponses sont liées à la vitesse de conduction de l’influx nerveux (caractérisé par la chronaxie)…

  • plus le cheval est « près du sang », meilleure et plus rapide est la réponse;
  • le cheval léger coopère plus vite au rétablissement des anomalies de tension;
  • le cheval adulte possède un appareil de contrôle et de réponse affirmé, qui le protège mieux;
  • l’origine génétique détermine des prédispositions (cheval arabe, barbe, poney américain : habitude aux sols durs, variés, cailloux, montagne : excellente éducation proprioceptive);

Inversement :

  • le cheval avec « moins de sang » a une chronaxie plus lente;
  • le cheval lourd mettant plus de poid sur ses ensembles musculo-articulaires est plus exposé aux lésions;
  • le jeune cheval n’a pas acquis une bonne proprioceptivité;

  • le vieux cheval perd son éducation proprioceptive]…

[Respect de l’âge et de la progression du cheval.

Laissons au jeune cheval le temps d’apprendre son corps, de le situer et d’organiser ses reflexes d’équilibration. Le risque de placer la volonté de l’homme avant la possession des acquis biodynamiques du cheval, est de créer des vides sensoriels, des compensations musculaires désharmonisant la locomotion, amputant le potentiel inné que possède tout poulain normal.

Les excès de gestes spécialisés établissent un nouvel ordre cinétique. L’élaboration du schéma corporel du poulain ne suit plus une écoute spontanée du corps, mais s’infléchit vers des retenues (ligne du dessus) qui laisseront des carences et des gestes amputés, désorganisés.

Les résistances que rencontrent les cavaliers de jeunes chevaux sont souvent l’expression de troubles cybernétiques issus de relations inadéquates et sourdes.. Comment le poulain totalement immature peut-il avancer vers la virtuosité si la mémoire retient des sensations douloureuses? C’est pourquoi, l’absence de gymnastique préparatoire se retrouve et se paie après les épreuves de jeunes chevaux. Le dresseur, en termes clairs, doit ressentir l’instant et l’espace de compréhension qui se manifestent par un geste organisé, accepté, codé, sans relief douloureux, où le cheval participe géréreusement au geste sportif.  Il faut accorder à cet élève du tempspour la mise en place des circuits des programmes]…

[Ainsi, la vie sportive de l’homme et celle du cheval procèdent, dans leurs principes neuro-physiologiques, d’un même raisonnement. Schéma corporel, proprioceptivité et tonus s’imbriquent étroitement pour réaliser le bon ou le mauvais geste sportif. L’exécution du mouvement ne procède pas seulement de la proposition : « je veux, j’obtiens ». Elle résulte du respect de l’environnement neurophysiologique et de tous les maillons qui s’articulent dans celui-ci.]

 

 

ATTENTION AUX DEFENSES QUI N’EN SONT PAS!

vendredi, septembre 9th, 2011

Voici une mise en garde tirée de mon expérience.

Le contexte est le suivant : j’ai commencé l’apprentissage du pas espagnol avec Majolie. Je l’ai bien sûr entamé à pied à côté d’elle, pour le poursuivre dans le travail monté. Je tiens à souligner que j’ai gardé les demandes de « jambettes », systèmatiquement avant de la monter, comme exercice pour lui délier les épaules qu’elle a un peu nouées en début de séance, et cela lui fait beaucoup de bien.

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Vidéo mystère!! (En fait, je tenais la jument d’une main, l’appareil del’autre, et pas dans le bon sens…)

Donc, pour en revenir au véritable propos de ce post, alors qu’elle commençait à bien dérouler ses épaules au pas espagnol en main, elle avait encore beaucoup de difficultés montée, ne serait-ce que pour donner la moitié de ce qu’elle pouvait donner dans le travail à pied. J’ouvre encore une parenthèse pour mettre en évidence que c’est bien là la preuve qu’il n’est en rien anodin de monter sur le dos d’un cheval (même grand) et que, par ce fait, on leur provoque une gêne certaine!

Ayant donc des difficultés, la jument se traversait, se décalait, ou bien encore n’alternait plus. En bref, beaucoup de désorganisation.

J’ai évidemment voulu mettre de l’ordre dans tout cela, en faisant des corrections très précises. Majolie, aprés avoir levé un membre, a fait mine de ce lever, comme si elle pensait à se mettre debout. Je l’ai reportée en avant, puis j’ai recommencé…et elle aussi!

J’ai pris le temps de la réflexion pour réaliser que ce n’était pas du tout une défense, mais une incapacité à faire face à des corrections trop exigeantes de ma part. Le vrai problème est que j’exigeais trop de rectitude au moment de l’élévation du membre. Comme je l’ai dit dans un post précédent, elle a d’assez grosse smasses musculaires, et gênée par mon poids sur ses épaules, elle avait absolument besoin de se décaler un peu avant chaque lever d’antérieur.

Avoir moins d’exigence m’a permis de gagner en fluïdité, en calme, et finalement en rectitude, bien qu’avec moins d’élévation, mais cela viendra en son temps.

Comme pour n’importe quel exercice, savoir doser l’effort demandé à l’élève et être patient est souvent un gage de réussite!

Et la plus grande leçon à tirer de cet exemple est qu’il ne faut pas se fâcher avant d’avoir analysé avec recul une situation!!

la patience