LE SCHEMA CORPOREL CHEZ LE CHEVAL.

 On parle beaucoup de l’importance de la construction du schéma corporel chez l’homme, mais s’en soucie t-on autant pour le cheval?

Je pense que bon nombre de cavaliers passent à côté de cet élément essentiel, garant d’une bonne évolution psychomotrice, ainsi que de l’intégrité physique et mentale de l’animal.

Beaucoup trop de jeunes chevaux sont surexploités, à un âge où ils sont encore en pleine croissance, en pleine transformation psychomotrice, et en pleine construction de leur schéma corporel.

 Voici quelques extraits de l’excellent ouvrage de Jean-Marie DENOIX  et Jean-Pierre PAILLOUX, Approche de la Kinésithérapie du cheval, ed. Maloine, 1991, concernant ce sujet.

 [L’élaboration du schéma corporel chez l’Homme (comme chez le cheval) procède par étapes, depuis la naissance jusqu’à l’image structurée du corps dans l’espace (B.Dolto).

Le poulain prend conscience de son corps en le regardant et par les contacts avec les formes extérieures. L’intégration de ses déplacements dans l’espace se fabrique lentement et lui assure pour plus tard, l’habileté du geste.
La formation du schéma corporel chez le cheval est plus rapide que chez l’Homme en raison d’un développement psychomoteur beaucoup plus avancé à la naissance (locomotion immédiate) et d’une moindre dépendance maternelle.
Les zones privilégiées pour l’acquisition des informations sont :
  •  La lèvre supérieure : appareil du toucher, richement innervée (ce qui explique par ailleurs le rôle inhibiteur du tord-nez);
  • Les antérieurs que le cheval voit plus tôt et plus souvent « mouvements intentionnels » gratter, taper, jouer,etc
  • Les postérieurs et la colonne vertébrale écartés du champ visuel et sièges des manifestations inexpliquées s’ajustent plus lentement dans le schéma corporel. De plus, le poids du cavalier, certaines tensions du dos, ou la douleur, peuvent perturber celui-ci.
Les accidents modifient le schéma corporel : les membres douloureux inquiètent et perturbent, entraînent un geste gauche, qui se rééduquera lentement par la reprise du mouvement sain et indolore.
Ainsi la réadaptation du cheval accidenté en milieu sportif devra se faire très progressivement.
Ici il est question d’accidents, mais je pense qu’un cheval mal travaillé et de surcroît dans l’hyper contrainte avec toutes les blessures potentielle que cela implique, voit aussi son schéma corporel modifié, et le travail de « rééducation » de toute sa musculature donnera lieu à autant d’application et de progressivité que pour un cheval réellement accidenté.
 
Souvent les cavaliers n’excusent pas leur cheval dans ses maladresses de convalescence, deviennent exigeants, créant par ce fait des perturbations parfois indélébiles telles que :
  • Perte de coordinations (obstacle ou dressage)
  • Anxiété du cheval,
  • Hyper – excitabilité (mouvement retenu, perte de brillance), disparition de la générosité]…

[Perturbation du schéma corporel par la douleur.

 Lors d’un accident, le schéma corporel est modifié; la douleur et l’impotence (boiterie) amènent des images nouvelles. Progressivement le corps s’organise autour de ces nouvelles sensations bio-dynamique et modifie son comportement, soit par épargne devant la douleur, qu’il tente d’éviter en limitant le déplacement articulaire, soit par le jeu des compensations musculaires parfois par l’association des deux]…

[Par ailleurs, le cheval recouvrant un geste sain, gardera plusieurs semaines encore l’image de ces troubles, cherchant encore la douleur, limitant les déplacements par l’appréhension de retrouver les gestes douloureux. Il faut retenir ce fait, qui excuse le convalescent et demande une remise en confiance par des exercices très dosés où ce corps momentanément agressé doit se retrouver.

Influences neuro-motrices.

Les messages nerveux proprioceptifs, issus des récepteurs neuro-sensoriels inclus dans les muscles cybernétiques profonds, dans les ligaments et les tendons, sont analysés selon les tensions et les étirements créés au niveau de ces récepteurs.

De cette analyse sensorielle émane une réponse de régulation posturale d’équilibration ou une régulation du tonus musculaire, afin d’adapter la correction posturale à la nature des informations mécaniques issues des organes locomoteurs. Ainsi, à la sortie du box, un cheval longtemps immobilisé a ses récepteurs neuro-sensoriels en état de veille. Au premier déplacement, la motricité est alors pauvre de renseignements posturaux et de régulation du tonus.

L’adaptation physiologique à l’effort demandé procède par étapes, elle est assez longue et peut expliquer l’apparition de lésions en début de travail comme l’entorse du boulet, l’élongation des suspenseurs, la contracture musculaire.

En outre, cette régulation neuro-motrice est influencée par divers paramètres tels que :

  • le type de cheval;
  • la morphologie du sujet;
  • le poid, l’age, l’usure.

La considération de l’ensemble de ces facteurs impose le respect de la physiologie du cheval et de son adaptation à l’effort.

Messages sensoriels et réponses musculaires.

La perception des messages et la promptitude des réponses sont liées à la vitesse de conduction de l’influx nerveux (caractérisé par la chronaxie)…

  • plus le cheval est « près du sang », meilleure et plus rapide est la réponse;
  • le cheval léger coopère plus vite au rétablissement des anomalies de tension;
  • le cheval adulte possède un appareil de contrôle et de réponse affirmé, qui le protège mieux;
  • l’origine génétique détermine des prédispositions (cheval arabe, barbe, poney américain : habitude aux sols durs, variés, cailloux, montagne : excellente éducation proprioceptive);

Inversement :

  • le cheval avec « moins de sang » a une chronaxie plus lente;
  • le cheval lourd mettant plus de poid sur ses ensembles musculo-articulaires est plus exposé aux lésions;
  • le jeune cheval n’a pas acquis une bonne proprioceptivité;

  • le vieux cheval perd son éducation proprioceptive]…

[Respect de l’âge et de la progression du cheval.

Laissons au jeune cheval le temps d’apprendre son corps, de le situer et d’organiser ses reflexes d’équilibration. Le risque de placer la volonté de l’homme avant la possession des acquis biodynamiques du cheval, est de créer des vides sensoriels, des compensations musculaires désharmonisant la locomotion, amputant le potentiel inné que possède tout poulain normal.

Les excès de gestes spécialisés établissent un nouvel ordre cinétique. L’élaboration du schéma corporel du poulain ne suit plus une écoute spontanée du corps, mais s’infléchit vers des retenues (ligne du dessus) qui laisseront des carences et des gestes amputés, désorganisés.

Les résistances que rencontrent les cavaliers de jeunes chevaux sont souvent l’expression de troubles cybernétiques issus de relations inadéquates et sourdes.. Comment le poulain totalement immature peut-il avancer vers la virtuosité si la mémoire retient des sensations douloureuses? C’est pourquoi, l’absence de gymnastique préparatoire se retrouve et se paie après les épreuves de jeunes chevaux. Le dresseur, en termes clairs, doit ressentir l’instant et l’espace de compréhension qui se manifestent par un geste organisé, accepté, codé, sans relief douloureux, où le cheval participe géréreusement au geste sportif.  Il faut accorder à cet élève du tempspour la mise en place des circuits des programmes]…

[Ainsi, la vie sportive de l’homme et celle du cheval procèdent, dans leurs principes neuro-physiologiques, d’un même raisonnement. Schéma corporel, proprioceptivité et tonus s’imbriquent étroitement pour réaliser le bon ou le mauvais geste sportif. L’exécution du mouvement ne procède pas seulement de la proposition : « je veux, j’obtiens ». Elle résulte du respect de l’environnement neurophysiologique et de tous les maillons qui s’articulent dans celui-ci.]

 

 

4 Responses to “LE SCHEMA CORPOREL CHEZ LE CHEVAL.”

  1. Caroline dit :

    En effet après bien des mois de travail sans résultats convaincants avec mon cheval Lince je me suis demandée s’il avait bien « conscience » de son arrière main pour se déplacer . J’ai tout remis à plat, départ a zéro, travail a pied, depuis 8 mois je ne le monte plus,lecture d’ouvrages comme celui de Linda Tellington, je me suis rendue a l’évidence ,Lince ignorait son arrière main et son côté droit !!!! Après de longs mois de travail et de « rééducation » avec de grandes traversées du désert !! nous sommes arrivés pas plus tard que ce matin a obtenir une locomotion presque remarquable, j’étais folle de joie !!!

  2. Sébastien dit :

    Ça peut expliquer les soucis que la jument de ma chérie a pu lui poser même après rectification de ses problèmes par une ostéopathe : il a fallu des mois de travail pour que la locomotion redevienne normale, et commence à progresser dans le bon sens. Elle se craignait de façon manifeste, et refusait de se servir de ses postérieurs : cadence de shetland, petits pas, transitions anticipées, tout y est passé…. Tout n’est pas réglé, mais ça s’est déjà bien amélioré.

  3. lise dit :

    Bonsoir,
    Tout d’abord merci pour votre site et de nous apporter votre soutien et vos expériences.
    J’ai craqué sur un jolie poney connemara il y a peu (juillet) de 3ans d’une gentillesse et d’un calme a tout épreuve après de nombreuses séances de sensibilisation avant d’entamer quelques sorties en extérieur. Cela nous âs également permis de faire connaissance.
    Il a été débourré bien avant qu’il soit en ma possession. Je l’ai monté pour voir ce qu’il avait acquis, mais sans résultat. Il accepte le mors (à aiguille), la selle, le cavalier par contre l’arrêt, les directions je dirais pour shématiser la chose, quand on veut avancer il ralentit, quand on veut s’arrêter il accélère, et quand on veut tourner à gauche, il tourne à droite et inversement.
    A partir de là, j’ai préféré reprendre tout le travail à zéro et de privilégier le travail en main en alternant extérieur, longe, … Désensibilisation, respect,contrôle des allures, contrôle avant main et arrière main, un début de déplacements latéraux en licol pour vérifier le contrôle de l’avant et arrière main.
    Une remise en question était à l’ordre du jour pour ma part, cela m’a poussé à observer, analyser, respecter l’espace de mon poney autant qu’il respecte le mien, de connaître ses différentes allures et renforcer le lien Homme/Cheval par la voix, la posture, canaliser son énergie,…
    Enfin nous avons entamé un bon travail dans le respect, la légéreté et surtout le plaisir.
    Je voudrais doucement lui faire accepter son mors. Je m’explique, dans son ancienne propriété ce sont des jeunes filles de 8 ans qui montait dessus. J’en ai un peu déduis que l’arrachage de comissures des lèvres, des jambes sans cesse et le poney qui va où bon lui semble ont causé certaines confusions dans sa tête que je tente de reprendre une à une avec lui à pieds pour lui donner confiance en lui et par la même occasion en moi. Jusqu’à maintenant j’avais utilisé un mors éducatif. Le but étant de refaire le travail à pieds en filet au lieu du licol pour reprendre doucement le contact dans la bouche. Mes questions :
    Quel mors me conseillerez vous?
    Quels nouveaux exercices me conseillerez vous pour ne pas le braquer?
    Comment organiserez vous la première séance avec le mors?
    J’ai pratiqué l’équitation en club pendant des années et j’ai toujours rêvé de posséder ma propre monture pour une destination de loisirs. J’ai perdu confiance en mes moniteurs de part leur sévérité avec les chevaux (tirer sur les rênes, aucune légéreté, aucune analyse sur les chevaux…) Par la suite j’ai travaillé dans un élevage en toute autonomie et j’ai vite compris que la force et la sévérité ne serve strictement à rien sauf à braquer les chevaux et à ne plus pouvoir obtenir leur coopération.
    Le but premier avec ce gentil poney est de créer une belle relation dans la confiance, le respect et la légéreté pour que le travail et les détentes soient un réel plaisir que ce soit pour lui et pour moi.
    On a bien évolué mais pour cette étape j’aurais souhaité acquérir le regard d’un professionnel et après avoir lu vos nombreux articles je m’en remets à vous.
    Bien cordialement,
    Lise

  4. Bonsoir,
    Excusez tout d’abord le retard de ma réponse, j’étais sûre de l’avoir envoyée!
    Si votre poney est très sensible, choisissez un mors assez gros pour ne pas l’agresser, si au contraire il est blasé, tentez un mors plus fin qu’il respectera mieux.
    Au niveau du matériau, ça dépend vraiment des chevaux! Je laisserais sans doute de côté le mors caoutchouc que je ne trouve pas très fin. Mais cela n’engage que moi.
    Ensuite je reprendrais tous les exercices simples de base à pied, avant de reprendre monté.
    N’exigez pas au début, d’exercices trop compliqués qui requièreraient des actions de mains complexes, risquant de le déstabiliser.
    Utilisez la voix (s’il y répond) en complément des actions de mains, pour faciliter les réponses.
    Il m’est difficile de vous donner plus de conseils, sans informations visuelles, aussi, si vous le voulez, je veux bien visionner une petite vidéo.

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