LE CHEVAL ET SES FRAYEURS.

Voici un post dans lequel je vais de nouveau vous faire part de mon expérience, dans deux situations où le cheval que je montais n’était pas sage.

Le premier cas est une jument (encore Majolie) somme toute assez sage. Je la monte dans une carrière entourée de bois, et le fond de cette carrière ne la laisse pas totalement indifférente. Je m’y arrête toujours en début de séance pour la laisser regarder, écouter, et sentir autant de dangers potentiels qui, bien sûr, m’échappent totalement.

Une fois ce petit rituel accompli, tout se passe comme si de rien n’était. Sauf certaines fois néanmoins, où pour différentes raisons comme par exemple, un temps venteux, la jument manquant de travail dans la semaine bien qu’allant au paddock tous les jours, elle utilise le prétexte du fond de la carrière  pour laisser s’exprimer son excitation.

Il est à souligner qu’en cette circonstance, en plus de chercher à faire des écarts, elle est particulièrement tonique, allant même jusqu’à précipiter si je la laisse faire. Il serait tentant alors, de jouer la carte du mouvement en avant afin de la laisser évacuer son trop plein d’énergie, mais dans ce cas précis, cela ne me paraît pas la bonne solution.

Je précise que la longe ne change rien, et d’autant moins d’ailleurs que pour des raisons physiques, Majolie ne doit pas être longée trop longtemps, trop fort, ni trop souvent.

J ‘obtiens un bien meilleur résultat, pour abaisser son niveau de tension, en lui demandant de trotter doucement dans une attitude assez basse. En vue de passer au fond de la carrière, j’insiste particulièrement sur les aides destinées à l’empêcher de faire un écart vers l’intérieur, mais toujours dans la lenteur. La vitesse accentue la tension, ce qui est parfaitement inutile dans ce cas là!

La jument gagne peu à peu en décontraction, ce qui induit rapidement un « lâcher prise » mental. Et bien que restant vigilante, je peux passer de nouveau à l’endroit posant problème auparavant, sans actions préventives particulières.

Je n’ai malheureusement pas de photos de Majolie ni de Bachkar dans les situations décrites dans ce post.

A la place c’est Wendy, 4ans, un peu timide face au ruban dans le coin de la carrière.

Le second cas est celui d’un jeune cheval de 5 ans que l’on m’a demandé de monter quelques fois cet été. Ce beau KWPN été un très gentil cheval, un peu sur l’oeil, et sans trop d’éducation.

Dans l’établissement dans lequel il a été mis en pension aprés avoir été acheté, il a très vite été considéré, à tort évidemment, comme dominant et dangereux. Un cheval à « mater », a-t-on dit à sa propriétaire!

Et comment travaille-t-on un cheval que l’on doit « mater »? avec des rênes courtes (si l’on écoute les conseils prodigués le plus souvent), en prenant très rapidement le trot parce qu’au pas de toute façon il n’avance pas et qu’il fait des écarts. Au trot, la vitesse est une règle de base, car elle évite au cheval de regarder l’objet de ses frayeurs, elle minimise également les écarts. Idem au galop, et le tout dans un couloir des aides très étroit, cela va de soi ! Il va sans dire que la propriétaire de Bachkar a rapidement mis en doute la pertinence de ces conseils.

Je pense qu’un cheval comme Bachkar doit avant tout chose, être longé, libre de tout enrênement. Il doit travailler sur de grands cercles non contraignants, et être autorisé à faire le fou si le coeur lui en dit. Ensuite, un long travail au pas est nécessaire pour d’une part, revoir la leçon de jambes, et d’autre part, permettre au cheval de passer partout où il a peur en lui laissant le temps de reprendre confiance.

Lorsque le cheval s’emploie au pas, dans le calme et en s’articulant, les rênes assez longues, le moment de prendre le trot est venu. Le travail dans cette allure se fait dans une cadence lente, afin de ne pas faire monter la pression en cas de tension. En effet, quand le cheval prend peur, il cherche à fuir or, la fuite est liée à une vitesse accrue. Si vous rentrez dans ce système d »‘impulsionner » à outrance, vous cautionnez la fuite. La lenteur permet au cheval de mieux appréhender son environnement, elle lui permet d’être plus décontracté, et s’il commence à se tendre, le cavalier sent tout de suite la différence, ce qui lui permet d’agir mieux et plus vite.

Je n’ai pas précisé que les rênes étaient toujours d’une bonne longueur afin de laisser toute liberté à l’encolure : plus un cheval est »coincé », plus il a l’impression qu’il ne peut fuir en cas de danger, ce qui est un facteur de stress supplémentaire.

Dans le cas de Bachkar, j’ai galopé dans le même état d’esprit qu’au trot, sans le bousculer et avec des rênes longues. Il m’a tout de même pris la main une fois, se sentant libre de toute contrainte et ayant beaucoup de tensions accumulées à évacuer. Remis en ordre gentiment, il n’a plus recommencé.

Il faut croire en ce travail, qui offre  beaucoup de satisfaction. Dès lors que l’on accorde sa confiance au cheval, le retour est rapidement positif car il y trouve son compte sur toute la ligne!

4 Responses to “LE CHEVAL ET SES FRAYEURS.”

  1. sylou dit :

    Je suis bien d’accord avec ce qu’expose Marie pour l’avoir vérifié par moi-même avec mon « pur-sang » et l’avoir vue évoquer par Pradier lui-même lors d’un stage.
    Il expliquait le cas d’une jument arrivée avec un traumatisme tellement énorme vis-à-vis des obstacles, dû à un travail mal mené en cso, qu’elle en devenait dangereuse.
    Et bien c’est le travail en descente d’encolure qui a permis de rééduquer la jument et de faire disparaître ses peurs qui étaient vraiment assez impressionnantes (elle en était rendu à ne même plus pouvoir approcher d’une barre au sol à moins de 20m…). Elle faisait des écarts terribles monté.
    Divers cavaliers qui travaillaient aussi selon la méthode Pradier évoquaient le travail en descente d’encolure dans de petites cadences (on est bien d’accord) comme salvateur pour calmer leurs chevaux par exemple sur un paddock de détente.
    Un lien intéressant : http://www.youtube.com/watch?v=p2PNPYPZS5w
    Les chevaux prennent ainsi vraiment le temps de fonctionner, ils se détendent ce qui est autant de temps de gagner pour la suite du travail et qui était me concernant un des seuls moyens d’avoir une séance réussi. Et oui, décontraction encore et toujours et les moyens d’y parvenir ?
    Orgueil quand il se décontractait bien :
    http://www.facebook.com/messages/?action=read&tid=iIfuFsmJ035YlrhXPUuEhA#!/video/video.php?v=1963242328055

  2. Merci encore à Silou de rebondir sur les posts proposés, et d’envoyer des liens : c’est toujours intéressant!

  3. gaton dit :

    bien dommage que je n’ai pas connu ces methodes avant
    j’avais une jument (d’un bon metre 80 )qui se mettait debout dès qu’on approchaient trop près d’un obstacle m^me si mon intention n’était que de passer a coté

    (désolé de ne pas écrire plus souvent mais mon ordi fait des siennes en ce moment)

  4. sylou dit :

    bah de rien 🙂 c’est enrichissant ces échanges, ça permets d’éviter de se cloisonner dans son petit monde à soi, de corriger ses erreurs, de relativiser en se disant qu’on est pas tout seul à rencontrer des difficultés et qu’il y a certains modes opératoires qui peuvent fonctionner avec « tous » les chevaux 🙂 bravo d’avoir le courage de le faire vivre ce blog en y écrivant régulièrement des articles 😉

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