RETOUR SUR L’APPRENTISSAGE (3).

Suite et fin des quelques extraits, de Michel-Antoine LEBLANC et Marie-France BOUISSOU, Ibid..

…Peu d’études expérimentales ont étudié les effets d’une punition. Dans l’une d’elle, des chevaux avaient appris une tâche (choisir entre deux branches d’un labyrinthe), grâce à un renforcement positif. Puis, en cas d’erreur, ils recevaient une « punition » (consistant en un jet de CO² provenant d’un extincteur). Ils ont fait moins d’erreurs, mais passaient par contre beaucoup plus de temps à choisir de quel côté ils devaient aller.

Rappelons qu’en général, dans le cas de la punition, rien ne signale l’événement aversif; même si quelque chose signale l’imminence de la punition, le cheval ne peut rien faire pour l’éviter. Il a donc peu, voire pas, de contrôle de la situation, et la punition n’a que peu de valeur prédictive. En conséquence, il est plus difficile pour l’animal d’associer la punition avec un comportement spécifique, surtout si elle est appliquée de manière inconséquente ou trop importante. Par exemple, si le cheval est battu à la suite d’un refus à l’obstacle, il n’est pas évident qu’il associe punition et refus lui-même. Il peut aussi associer l’ensemble de la situation à la punition : les obstacles, le fait de sauter, voire même le fait d’être monté!

Une sorte d’indifférence à des punitions légères peut aussi s’installer, conduisant les dresseurs à l’utilisation de châtiments de plus en plus sévères. Aussi dans le cas où des punitions semblent nécessaires, elles doivent donc être appliquées dès le début avec l’intensité adéquate.

Enfin des punitions sévères entraînent des émotions qui peuvent interférer avec les processus d’attention et l’apprentissage lui-même. Les changements émotionnels peuvent conduire l’animal à  se montrer agressif ou à présenter une inhibition de son comportement, souvent confondue avec de l’obstination. Ceci peut en retour conduire à une plus grande violence de la part du manipulateur, et l’on entre ainsi dans un cercle vicieux. Enfin la punition peut être associer avec la personne qui en est l’auteur et aboutir à un conditionnement d’évitement de cette personne, qui deviendra incapable d’enseigner quoi que ce soit au cheval qui cherche à l’éviter. Ce dernier sera alors qualifié de difficile, entêté ou stupide.

En fait, il vaut mieux qu’un comportement soit interrompu par ses propres conséquences négatives, que par une punition infligée. Le principe qui veut qu’un apprentissage basé sur des renforcements (positif ou négatif) soit beaucoup plus efficace que s’il est basé sur des punitions est maintenant largement admis et appliqué dans le dressage des animaux.

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