Sentir…(1ère partie)
Sunday, March 7th, 2010Il est une qualité, dans la pratique de l’équitation, trop souvent négligée par les cavaliers : c’est le fait de sentir. Sentir son propre corps, sentir celui de son cheval, sentir les contractions ou décontractions de l’un comme de l’autre, mais dans le plus petit détail.
Non pas sentir le mouvement, car cela, bien évidemment, tout cavalier avançant dans son travail et prenant de l’expérience, apprend à sentir, je dirais en quelque sorte, “la forme” des exercices : un changement de pied en trois temps plutôt qu’en quatre, une hanche en dehors ou un cercle vraiment rond. Non, je pense davantage à sentir le “fond” des exercices. Pas seulement sentir si le mouvement est exécuté dans le respect d’un tracé impeccable, mais également dans quelle disposition musculaire il l’est.
Sentir si les aides n’engendrent que le mouvement demandé ou si elles suggèrent aussi, par leur finesse, la fluidité, l’élasticité et la perméabilité dans l’exécution du mouvement.
Ce développement du “sentir” est à la portée du plus grand nombre, mais ne s’improvise pas et devrait être débuté dès les premières séances, quel que soit l’âge du cavalier et grâce à des exercices appropriés dont nous verrons quelques exemples dans la seconde partie.
Pourquoi ne pas mettre tout d’abord à profit les premières minutes d’une séance, quand le cheval est rênes longues, pour travailler la respiration qui est la seule fonction vitale dépendante du système neurovégétatif que l’homme puisse maîtriser.
La respiration participe à la régulation du système nerveux, et de la circulation sanguine, elle participe par voie de conséquence, par une meilleure oxygénation, au bon fonctionnement de l’appareil musculaire.
Il est donc du plus grand intérêt pour le cavalier, d’apprendre à effectuer des respirations complètes, amples et profondes, afin de suffisamment se décontracter pour parallèlement améliorer la proprioception (en physiologie, la proprioception désigne l’ensemble des récepteurs, voies et centres nerveux impliqués dans la perception, consciente ou non, de la position relative des parties du corps. Sherrington, 1906 ; Delmas, 1981).
Voici comment se déroule une respiration complète :
Dans l’idéal, la respiration, doit être d’abord abdominale (la dilatation abdominale permettant la descente du diaphragme), puis thoracique basse et enfin thoracique haute. La partie thoracique de notre système respiratoire ne possède pas véritablement de musculature active capable d’actionner efficacement la soufflerie constituée par nos poumons ; seule la musculature abdominale est apte à la mouvoir par l’intermédiaire du diaphragme. C’est donc essentiellement sur le travail de la zone abdominale qu’il faut centrer les efforts.
Ensuite, se produit la respiration costale inférieure. Dans cette phase, seule la parti basse de la cage thoracique semble respirer.
Puis enfin s’effectue la respiration haute, ou sous claviculaire, qui permet à la partie haute des poumons de s’emplir d’air. Cette phase est particulièrement compromise par les tensions accumulées dans la région de la ceinture scapulaire.
Enfin, dernière phase d’une respiration complète, l’expiration, qui doit être lente et profonde. Elle commence par l’affaissement de l’abdomen, puis de la partie basse de la cage thoracique, et enfin de sa partie haute.
Si j’insiste tant sur l’intérêt d’une bonne respiration, c’est que c’est un des moyens les plus sûrs pour se décontracter, avoir conscience des tensions et ainsi les libérer. Ensuite c’est un cercle vertueux. Qui dit décontraction, dit meilleure proprioception. Ensuite tout s’enchaîne, car un cavalier ayant une bonne conscience de son corps sera perméable aux sensations émanant de son cheval. Les aides alors, pourront être utilisées de façon plus fines et dans un temps plus précis et en adéquation avec la correction à effectuer.
Mais bien sûr, ce travail doit être impérativement effectué dans une bonne posture, sinon point de possibilité pour la cage thoracique de s’ouvrir correctement, et point d’équilibre pour relâcher la partie inférieure du corps. Donc, veiller à se tenir droit, sans raideur toutefois, et bien au dessus de ses pieds.
L’orientation du regard a également son importance. Il est préférable de regarder loin devant, sans se focaliser sur un point précis mais en balayant large, au contraire. Il faut parvenir, à cheval, à avoir moins recours au sens de la vue, dont nous sommes beaucoup trop tributaires.
On voit bien la différence d’attitude chez le cheval entre les deux photos. Le regard y serait-il pour quelque chose?
La première attitude est absolument à éviter, puisque là, l’évaluation ne se fait que grâce à la vue. La seconde photo est bien meilleure!
Une amie me rapportait un jour les propos d’une aveugle qui disait que son handicap affectait un seul sens alors que chez les voyants pouvaient être handicapés de plusieurs…(c.q.f.d.)
