Archive for the ‘Histoire’ Category

SAINT NICOLAS ET SON CHEVAL SLEIPNIR.

mercredi, décembre 19th, 2012

La Saint-Nicolas est une fête principalement tournée vers les enfants, mettant en scène l’évêque, saint Nicolas de Myre. C’est une tradition vivace dans plusieurs pays européens, qui se déroule le 6 décembre (ou le 19 décembre pour l’église orthodoxe utilisant le calendrier julien). Dans la nuit du 5 au 6 décembre, Saint Nicolas passe dans les maisons pour apporter aux enfants sages des friandises (fruits secs, pommes, gâteaux, bonbons, chocolats et surtout de grands pains d’épices représentant le saint évêque).

On fête la Saint-Nicolas surtout dans le nord de la France, et à l’étranger, dans les pays du nord et de l’est de l’Europe

Les traditions diffèrent selon les régions. Un trait commun à ces célébrations est la distribution de cadeaux ou friandises aux enfants, qui est parfois substituée par celle du Père Noël.

La Saint-Nicolas est une fête inspirée d’une personne ayant réellement vécu, Nicolas de Myre, appelé aussi Nicolas de Bari. Né à Patara au sud ouest de l’actuelle Turquie (à l’époque Asie mineure) entre 250 et 270, il fut le successeur de son oncle, l’évêque de Myre.

De son vivant, Nicolas de Myre fut le protecteur des enfants, des veuves et des gens faibles. Il fut bienveillant et généreux.

L’empereur Dioclétien régnant alors sur toute l’Asie mineure poursuivit cruellement les chrétiens, entraînant ainsi l’emprisonnement de saint Nicolas qui fut contraint de vivre, par la suite, un certain temps en exil. En 313, l’empereur Constantin rétablit la liberté religieuse, et saint Nicolas put alors reprendre sa place d’évêque.

Une partie des attributs régionaux de Saint Nicolas serait inspirée du dieu scandinave Odin. En effet, ce dernier est toujours accompagné de ses deux corbeaux « qui voient tout », et de son cheval Sleipnir, tout comme saint Nicolas est dans certaines régions accompagné de deux zwarte pieten (pères fouettards) et de son cheval.

Sleipnir

Sleipnir des temps modernes

En effet, tout comme Wotan, “Saint Nicolas” se déplace dans les airs.
L’un et l’autre sont des voyageurs de grand chemin, parcourant le monde à pied ou à cheval (ou sur un âne) pour s’assurer que règnent l’ordre et la justice et l’on n’a pas manqué, à propos de sa monture d’évoquer le nom de Sleipnir, le célèbre cheval blanc, à huit jambes (pour aller plus vite), du “Chasseur Sauvage” “Wotan”.

Ils procèdent tous deux ainsi, quand les jours de l’année raccourcissent, quand l’an nouveau est imminent et que s’annoncent les présages.

Ensemble, ils chevauchent dans la tempête qu’ils sont en pouvoir de calmer ou de provoquer.
Pour finir, ils se sont confondus en une seule et même personne.

De son côté, commentant une vieille tradition des paysans des Pays-Bas et de Flandre qui, notamment dans la région de Twente, laissaient naguère à Noël, une gerbe de blé dans leurs champs en disant ; “Voor Wode en zijn paard » (Pour 0dm = Woode(n) et son cheval), le poète flamand Guido Gezelle observe : “On abandonna l’ancien dieu 0dm et la compagnie, mais tout ce qu’on lui attribuait et tout ce qu’on faisait en son honneur, à savoir, entre autres, laisser la dernière gerbe pour son cheval, retomba en partie sur saint Nicolas, on mit l’évêque à cheval (ou sur baudet), on lui donna un valet noir avec un fouet et un sac de cendres, et on l’appela saint Nicolas”. Ce « Valet Noir »,évoqué par Guido Gezelle, n’est pas à négliger.

Wode (0dm) était informé de tout ce qui se passait dans le monde. Sur chacune de ses épaules était perché un grand corbeau, à l’oeil vif et à la langue déliée, qui parcourait le monde et revenait raconter tout ce qu’il avait vu ou entendu. Et Saint Nicolas est très souvent bien informé par son valet noir de ce qu’ont fait (ou n’ont pas fait) les enfants à qui il apporte les présents. Dans de nombreuses régions d’Europe, Saint Nicolas (et parfois aussi le Père Noël) est accompagné d’un “serviteur” noir (ou maure) qui tantôt se cantonne dans un rôle d’adjoint et d’infor­mateur (portant la hotte, transportant les cadeaux, ou conduisant le traîneau, tout en conseillant (ou informant Nic) tantôt, joue un rôle inverse consistant à punir les “mauvais ou méchants enfants”. La présence de ce second personnage donne à penser, qu’à l’origine, le Père Noël, assimilé ou substitué à Saint Nicolas, jouait un véritable rôle de “justicier” récompensant les “bons” et châtiant les “méchants”. Par la suite, les deux rôles auraient été confiés à des personnages différents.

Je vous retrouve après les vacances, où nous poursuivrons avec la suite du débourrage, et l’encolure cassée à la troisième vertèbre, entre autres thèmes.

 

 A tous je souhaite une très bonne fête de Noël!!

Webographie : Wikipédia, Myrdhin.com

LA RENAISSANCE FRANCAISE : SUITE ET FIN.

samedi, juillet 17th, 2010

 

A propos du ramener et de la mise en main, voici ce que Federigo Grisone disait : « …s’embride, le mufle retiré pour aller férir du front, il n’en sera pas seulement plus ferme de bouche, mais aussi il tiendra son col ferme et dur jamais ne la mouvant hors de son lieu, et avec un doux appui s’accompagnera et agencera de sorte la bouche avec la bride, la mâchant toujours qu’il semblera qu’elle y soit miraculeusement née : et tant plus on le travaillera, tant plus croîtra sa vertue, et de quelque qualité qu’il soit ou bonne ou mauvaise, il se montrera en cette façon toujours gaillard et galant avec une grande apparence de perfection. »

Fiaschi, quand à lui, qu’il fallait : « Toujours porter la tête de bonne sorte : sans lui laisser trop avancer le mufle en avant, ni pareillement s’égorger ou rengorger, mais moyennement entre les deux, et en port gaillard et haut. »

Les controverses au sujet de la qualité du contact ne sont pas spécifiques à notre époque, car déjà à la Renaissance  Salomon de La Broue exprimait un point de vue visiblement différent de celui d’autres écuyers : « Il y a entre les hommes de guerre et de cheval, des opinions différentes sur les tempéremments des bouches des chevaux; les uns veulent que l’appui soit à pleine main, parce que c’est celui qui se rapporte plus à la fermesse de la tête, et qui fait par conséquent que le cheval que le cheval doit mieux accoster et donner dans un foule : et même qu’il semble que par ce ferme appui, le chevalier se sent plus ferme à cheval : les autres veulent qu’il soit fort léger à la main; et pour moi, je suis de cet opinion, pourvu que la bouche soit assurée. »

Sur la flexibilité de la mâchoire inférieure, Grisone pensait que le cheval : « …agencera de sorte la bouche avec la bride, la maschant toujours qu’il semblera qu’elle y soit miraculeusement née. »

Antoine de Pluvinel parlant de légèreté :  » Il faut bien prendre garde de presser le cheval auparavant de l’avoir allégery. »

Et pour finir, je citerai de nouveau Pluvinel, mais cette fois écrivant sur la merveilleuse descente des aides (qui n’est formulée en ces termes, que sous La Guérinière): « S’il manie de science et volontairement, il faut diminuer toutes les aydes, en sorte que les regardants puissent dire véritablement que le cheval est si gentil et bien dressé qu’il manie tout seul. »

LA RENAISSANCE FRANCAISE.

vendredi, juillet 9th, 2010

Je ne parlerai ici, que des deux plus grands écuyers de la renaissance française, Salomon de La Broue, et Antoine de Pluvinel.

 

Salomon de La Broue, gentilhomme gascon, est né aux environ de 1530, et est mort vers 1610. Elève de Pignatelli, il devint ensuite écuyer ordinaire de la grande écurie du roi, sous Henri III, et en 1593-1594, il publia ce qui est considéré comme le premier traité d’équitation français :  » Préceptes du cavalerice françois. » 

Salomon de La Broue apparaît comme un écuyer patient, progressif et doux, ce qui est tout à l’honneur de son maître. Il est très marqué par l’emploi du simple canon , cherchant à ne pas offenser la bouche des chevaux ,et loin de négliger de parler des mors dans son traité, il pense néanmoins que l’art d’adapter parfaitement le mors à la bouche du cheval ne doit intervenir que lorsque ce dernier a été complètement dressé avec le simple canon et le caveçon commun.

Et bien qu’ayant recours au simple canon, il insiste sur le fait que : « La légèreté de la bouche du cheval doit procéder premièrement à la légèreté d’iceluy. » Il est tout à fait possible que ce soit lui qui ait réellement introduit les flexions dans le travail des chevaux.

A la Renaissance, c’est par la géométrisation que les pratiques du corps sont restituées par écrit, et les figures exécutées par le  cheval n’échappent pas à cette règle et sont de plus en plus sophistiquées. Les déplacement naturels et instinctifs du cheval sont désormais savamment codifiés et réglés par l’écuyer.

La figure essentielle est la « passade », à l’origine, sorte d’aller-retour sur une ligne droite et fermée en son extrémité par un demi-tour ou une demi volte. C’est à partir de cette figure que Pignatelli a développé tout son système d’assouplissement. Cette figure se transforme petit à petit en volte carrée, où segment de passade et demi passade se rejoignent en quart de pirouette : jugez vous-même de la sophistication de la figure!

Salomon de La Broue en suivant cette voix, va encore plus loin dans la décomposition de la force et du mouvement, en segmentant encore davantage le travail du  cheval afin d’interrompre instantanément quelque dégradation que ce soit, pour obtenir un équilibre parfait du cheval, dans la décontraction.

Pour la petite histoire, mais aussi pour souligner son talent, on dit que Salomon de La Broue dressa parfaitement un âne!

Antoine de Pluvinel, quant à lui, est né en 1555 et mort en 1620. Tout jeune, alors qu’il n’a qu’une dizaine d’années, il est envoyé en Italie où il suit l’enseignement de Pignatelli jusque dans les années 1571-1572.

Il rentre alors en France et est nommé premier écuyer du futur Henri III, qu’il accompagne en Pologne lorsque celui-ci accède au trône en 1573. A la mort de son frère Charles IX, Henri III s’enfuit littéralement de Pologne pour revenir dans sa France chérie, et devenir roi. Pluvinel est un des trois gentilshommes qui ne le quittera pas et cheminera à ses côtés durant ce long périple.

De tels services sont comblés d’honneurs, et lorsque Henri IV succédera à son cousin, Pluvinel conservera ses nombreuses charges et bénéfices. 

En 1594, il fonde son Académie d’équitation, à l’actuelle emplacement de la place des Pyramides.

Son oeuvre écrite : « Le Maneige royal« , et « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval« ,a fait l’objet d’une édition posthume. Dans « L’Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval », il est question de l’éducation équestre du jeune roi Louis XIII, avec bien sûr, toute la déférence qu’il convient à une telle tâche.

Antoine de Pluvinel pousse encore plus loin que ses prédécesseurs  l’art du manège. Il assouplit ses chevaux sur deux pistes, sur des voltes, autour d’un pilier, ou encore entre deux piliers, dont on lui attribue d’ailleurs l’invention, mais à tort semble-t-il, puisque les écrits de La Noue laissent à penser qu’il s’en servait avant lui.

Ce qui caractérise Pluvinel, c’est la pondération, le tact, l’emploi d’embouchures simplifiées.

Voici deux phrases célèbres de Pluvinel : « … la gentillesse, qui est aux chevaux comme la fleur sur les fruits, laquelle ostée ne retourne jamais. » « Il faut estre avare des  coups et prodigue des caresses afin, comme rediray tousjours, d’obliger le cheval à obéir et manier plustost pour le plaisir que pour le mal. »

Pour terminer avec ce chapitre sur la Renaissance, je laisserai, dans le prochain post,  la parole aux grands écuyers qui ont marqué cette belle période, et voyons quels sont leurs points de vue sur les différentes grandes notions qui sont l’essence même de l’art de dresser les chevaux.

A suivre…

LES ECURIES DE CHAUMONT SUR LOIRE.

dimanche, juin 6th, 2010

Encore un peu d’histoire, avant de reprendre des sujets plus techniques.

Chaumont sur Loire est une destination de promenade des plus agréables, qui allie enrichissement culturel, avec la visite du château et de ses écuries, et le plaisir des sens, avec le festival des jardins.

Ecuries de chaumont sur loire blog mh lelièvre

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Vous l’aurez deviné, c’est des écuries que parlera aujourd’hui ce blog.

Mais avant tout, replaçons le château dans son contexte historique.

Dès le Xème siècle à cet emplacement, existait déjà un édifice. C’est Eudes I, comte de Blois qui fit construire une forteresse pour protéger la ville de Blois des attaques des comtes d’Anjou. Ensuite, le chevalier normand Gelduin reçut Chaumont et le fit consolider. C’est grâce à sa petite-nièce, Denise de Fougères ou de Pontlevoy, ayant épousé Sulpice Ier d’Amboise, que le château passa dans la famille d’Amboise pour cinq siècles.

Louis XI fit brûler et raser Chaumont en 1455 pour punir Pierre d’Amboise de s’être révolté contre le pouvoir royal lors de la « Ligue du Bien Public ». Puis, son fils Charles Ier d’Amboise entreprit la reconstruction du château de 1465 à 1475 en édifiant l’aile Nord (face à la Loire) aujourd’hui disparue.

De 1498 à 1510, Charles II de Chaumont d’Amboise, aidé de son oncle le cardinal Georges d’Amboise, poursuivit la reconstruction dans un style déjà marqué par la Renaissance tout en conservant la même allure générale fortifiée. À la fin de 1559, Catherine de Médicis, qui possédait le château depuis 1550, l’échangea à sa rivale Diane de Poitiers, maîtresse du roi Henri II, contre celui de Chenonceau.

Pendant près de trois siècles, le château changea régulièrement de propriétaires, passant des mains de grands du royaume, à de simples roturiers, néanmoins certainement très fortunés.

C’est en 1875, que Marie Say acquit le château. Elle épousa peu après Amédée de Broglie (fils d’Albert de Broglie). Ils firent aménager de luxueuses écuries et un parc paysagé à l’anglaise.

L’édification en 1877 de ces écuries somptueuses fut confiée à l’architecte Paul-Ernest Sanson, également chargé par le prince Henri Amédée de Broglie et son épouse Marie, de la restauration complète du château. L’architecte fit le choix d’un ensemble en brique et pierre.

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Les écuries de Chaumont sont représentatives de ce que l’aristocratie fortunée fit construire à la fin du XIXe siècle pour abriter ses chevaux.

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Le manège, qui sert en ce moment de volière, pour les besoins d’une oeuvre comtemporaine.

Elles furent considérées à l’époque comme les plus luxueuses d’Europe, bénéficiant alors d’un éclairage électrique à arc, en même temps que l’Opéra Garnier et l’hôtel de ville de Paris, et d’une cuisine somptueuse, très moderne pour l’époque, où se préparait l’alimentation des chevaux et plus particulièrement les mashs et les barbotages.

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Pendant quarante ans, le château connaîtra une époque fastueuse durant laquelle les Broglie donneront des fêtes et réceptions éblouissantes, en menant une vie digne d’une maison royale. Des revers de fortune obligeront la princesse de Broglie à vendre Chaumont en 1938 à l’État qui l’affectera au service des Monuments historiques.

Ecuries de chaumont sur loire blog mh lelièvre

Voici, pour terminer, quelques amusantes caricatures équestres présentées dans l’une des pièces du château.

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LA RENAISSANCE ITALIENNE.

jeudi, mai 27th, 2010

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Poursuivons notre voyage équestre à travers le temps, vers la Renaissance.

Les éléments historiques que je vais vous transmettre, sont principalement extraits d’un livre passionnant que je vous recommande expressément. Il s’agit des actes du VIe colloque organisé par l’ENE, et intitulé : »Les Arts de l’équitation dans l’Europe de la Renaissance« , publiés chez ACTES SUD (Novembre 2009).

Aux XVe et XVIe siècles, les besoins en chevaux concernaient principalement les chevaux de selle. L’iconographie montre surtout des chevaux de guerre et de parade, élégants, brillants, et le dos court et robuste.
Ces chevaux étaient assez éloignés des chevaux du Haut Moyen Age, et il s’agissait très certainement, du moins pour l’aristocratie, de chevaux orientaux du pourtour méditerranéen importés depuis la fin des croisades.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Et puis il y avait les chevaux d’Espagne, croisés aussi avec des Barbes, et dont Jean Tacquet, gentilhomme flamand se disant éleveur, et ayant écrit le premier traité de langue française consacré à l’élevage, dit qu’ils sont les meilleurs chevaux de guerre, presqu’égalés par les chevaux napolitains.

Visiblement, la production française ne bénéficiait d’aucune renommée particulière.

Il serait injuste de passer sous silence les propos de Ferdinand d’Aragon, roi de Naples, bien avant que n’entrent en scène les fameux écuyers, Grison, Fiaschi et Pignatelli.
Ceci est une parenthèse, mais une parenthèse importante qui aide à mieux comprendre cette évolution vers une autre façon d’appréhender le cheval .
Ferdinand d’Aragon faisait partie de ceux qui avaient une vision tout à fait novatrice, du rapport entre l’homme et le cheval.
En effet, la redécouverte de Platon et des atomistes socratiques, fut à l’origine du courant naturaliste dans les cours italiennes de la renaissance. Une attention particulière fut alors portée à la nature et au monde animal.

Voilà ce que disait le roi de Naples dans une lettre au duc de Ferrare : « Et s’il vous fait quelque désobéissance quand il sera trop fatigué, il en tiendra à vous de l’envoyer se reposer; et s’il s’avère que le cheval est ombrageux et qu’il faille plus de conviction pour le plier et le vaincre, vous devez savoir juger d’où en vient la raison, s’il est fatigué ou s’il s’agit de malice ou si son hostilité est provoquée par son embouchure, ou plutôt par l’impatience ou l’ignorance de celui qui le soigne ou le monte. »

Le « bien monter » fait partie intégrante de la recherche du beau à la Renaissance, mais c’est vraiment en Italie au XVIe siècle que naît l’art équestre, nouvelle forme d’expression avec ses codes érigés en doctrine et couchés sur le papier sous forme de véritables livres qui serviront de références aux futurs écuyers.
L’équitation n’est plus uniquement instinctive, elle se rationalise et se transmet par un enseignement de qualité dispensé aux sein d’Académies sous l’égide de grands maîtres.

Federigo Grisone (XVIè siècle), gentilhomme napolitain, est généralement reconnu comme le premier grand écuyer de l’histoire de l’art équestre.

Grisone veux des chevaux justes et légers, « à la bouche doux et bon appuy, qui est le fondement de toute la doctrine« . La main de bride est basse, le cheval très ramené et fortement assoupli sur le cercle. Ses chevaux piaffent, passagent et font toutes sortes d’airs relevés tels la croupade, la ballottade, la capriole…
Accordant au cheval une grande intelligence, il attribut ses résistances à de la mauvaise volonté, et bien que le dressage soit commencé dans la douceur, la gamme des châtiments employés quand le cheval se défend est très étendue.
Parmi les plus grandes cruautés, on trouve les coups de bâton, l’utilisation d’une petite botte de paille enflammée, de l’eau dans les yeux, etc…Cela laisse songeur, d’autant plus qu’il pouvait souvent proclamer qu’il aimait beaucoup les chevaux.
En témoigne cette belle phrase écrite par lui : « Quel animal voyez-vous en ce monde, asseuré et hardy, plus approchant de l’homme que luy? »
Cesare Fiaschi, gentilhomme ferrarrais, est contemporain de Grisone, mais fait paraître son ouvrage six ans parès celui de son homologue napolitain.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Fiaschi, dont l’Académie était installée à Ferrarre, véritable foyer culturel, fut le maître de Pignatelli.
Ses idées en matière de ferrure, firent autorité jusqu’au XIXe siècle.

Dans son traité dédié au roi Henri II, il écrit qu’il lui semble nécessaire que « le bon chevalier cognoisse le naturel des chevaux qu’il veut dompter et manier », il dit aussi que les chevaux froids et peureux sont ordinairement traités asprement et rudement, il ajoute qu’au contraire, le chevalier doit procéder tousjours par raison et bon tempérament en tout ce qu’il faict. »Visiblement, il préconise que les chevaux chauds soient « carressés et conduits avec gracieuseté et douceur ».Fiaschi utilisait les embouchures très sévères de l’époque, mais très certainement avec beaucoup de dextérité et de délicatesse.
En témoigne la qualité du dressage qui émane des portraits équestres d’Henri II.

art équestre à la renaissance mh lelièvre

Voici maintenant Giambattista Pignatelli, très certainement le plus marquant des écuyers italiens, pour l’avenir de l’art équestre.

Curieusement, aucun éditeur n’a jamais publié son traité, mais néanmoins, nombreux furent ses élèves, et parmi les plus célèbres, n’en citons qu’un, Antoine de Pluvinel, qui travailla 6 ans auprès de son maître.

Né vers 1525, et mort avant la fin du siècle, Pignatelli était d’une famille napolitaine.

A l’instar de ses prédécesseurs, il fonda une académie à Naples, à côté de son palais. Sa notoriété fut telle, que très rapidement, on n’y vint, non seulement de toute l’Italie, mais aussi de l’Europe entière.
L’enseignement durait des années, car le dressage du cheval était très long (n’en déplaise aux dresseurs actuels).

Pignatelli est l’inventeur du « simple canon » et du caveçon. Le « simple canon » marque une évolution primordiale, car jusqu’alors, les écuyers avaient tendance à penser que l’on pouvait pallier à tous les défauts physiques des chevaux, à grand renfort de mors aux effet mécaniques variés et aux allures de ce qui pourrait représenter pour nous, aujourd’hui, d’ instruments de torture.

Ce grand écuyer n’avait d’ailleurs pas besoin d’utiliser ces instruments coercitifs car, comme l’écrivait Salomon de La Broue, dont nous parlerons plus loin : « il rendoit les chevaux si obeyssans et manians si justement et de si beaux airs qu’on les a veus à son escole sans toutefois se servir communement d’autres mords que d’un canon ordinaire avec le caveçon commun. »
Il préconisait également l’emploi de la douceur avec les chevaux, preuve en est d’ailleurs, ces propos que répétait souvent Antoine de Pluvinel à son illustre élève Louis XIII : « Monsieur de Pignatelle disoit qu’il falloit estre avare de coups et prodigue de caresses! »

L’introduction des pilliers dans le travail est également due à Pignatelli. Leur utilisation sera largement reprise par Pluvinel, ensuite.

Pignatelli enseigna jusqu’à la fin de sa vie. Alors qu’il ne pouvait plus monter à cheval ni rester debout des heures durant, il prodigait encore ses conseils, assis sur une chaise au milieu du manège.

Bibliographie : « Les Maîtres de l’oeuvre équestre », d’André Monteilhet, Odège, Paris, 1979
2nd éd. Actes Sud, 2009

« Les Arts de l’équitation dans l’Europe de la Renaissance », publiés chez ACTES SUD (Novembre 2009).

A suivre…

PARENTHESE LUSITANO-NIPONNE.

vendredi, mai 14th, 2010

Avant d’entamer la période de la Renaissance, qui fut si riche et si déterminante pour l’avenir de l’art équestre, j’aimerais parler de deux écuyers de la première partie du XVè siècle.

Le premier naquit en 1401, et allait devenir en 1433, le roi Duarte, Edouard 1er du Portugal.La peste l’emporta malheureusement, alors qu’il était encore assez jeune, en 1438.

représentation cavalier portugais XVèsiecle mh lelièvre

Le roi Duarte avait une telle passion des chevaux qu’il écrivit un traité d’équitation. (O Livro da Ensynnança de Bem Cavalgar Todo Sella, manuscrit de la B.N., 1434; traduction de René Bachara, Année hippique, 1959, Lausanne.)

André Monteilhet dit de ce traité, dans son excellent ouvrage, « Les Maîtres de l’œuvre équestre« , qu’il se rapproche plus des ouvrages de Xenophon et de Pluvinel, que des encyclopédies médiévales.

Voici quelques-unes des recommandations équestres du roi Duarte, recommandations qui sont toujours d’actualité.

Il ne considère la gaule que comme une aide, et recommande la modération dans l’emploi de l’éperon, qui ne doit agir « que lorsque c’est indispensable et en gardant tout son calme », ajoutant que « ceux qui le peuvent s’en servent à propos…sans déranger leurs chevaux ».
Il dit encore :  » qu’il ne faut pas bouger le corps, ni bouger les jambes qu’au dessous des genoux, sans les ouvrir, en portant les talons à la place voulue, ni très près, ni loin des sangles, en les approchant, avant que de toucher, vite et légèrement. »

Où l’on voit que ce grand cavalier était en avance sur son temps!

Parlons maintenant de Dozen Otsubo (1374-1457) .

Cet écuyer japonais, contemporain du roi Duarte, écrivit son traité d’équitation, « Manuel systématique de l’art équestre » seulement trois ans après celui de ce dernier.
Cet ouvrage traite « des règles fondamentales et détaillées de la position du cavalier, des aides et des allures du cheval ».

Le régime féodale du shôgunat du japon de cette époque, imposait une équitation exigeant des chevaux adroits, rapides, mais également endurants.

cavalier japonais du XVèsiècle mh lelièvre

L' »école d’Otsubo » n’utilisait que de gros bridons, le mors de bride n’existant pas dans le Japon du XIVe siècle. Les cavaliers ne se servaient que de la cravache, leurs étriers souvent en bois, et profilés en forme de sabot, faisant peut-être si nécessaire, office d’éperons.

L’instruction à cheval se donnait dans des sortes de manèges, à l’air libre bien sûr, de 20 à 40 mètres de large et de plusieurs centaines de mètres de long à l’intérieur desquels étaient plus particulièrement aménagés des espaces pour le dressage.

Les cavaliers japonais si livraient à des jeux équestres, pratiqués encore actuellement, et en tenues traditionnelles, mais ils tiraient aussi à l’arc, sur des chevaux non bridés lancés au galop, et seulement menés grâce aux jambes.

L' »école d’Otsubo » fut seule à former des cavaliers jusqu’à la formation, en 1888, de l' »École de Cavalerie de Meguro », et reconvertie en 1937 en école de blindés…

Bibliographie : « Les Maîtres de l’oeuvre équestre », d’André Monteilhet, Odège, Paris, 1979
2nd éd. Actes Sud, 2009

L’équitation dans l’Europe occidentale du Moyen Age.

dimanche, avril 25th, 2010

Fermes en selle, les chevaliers maniaient avec dextérité leurs masses d’arme, et leurs grandes et lourdes épées. Ils allaient sur l’ennemi a vive allure, sans chercher à placer leurs chevaux. Leur équitation était une équitation de combat faisant plus appel à l’audace, la vaillance et aussi à la violence, qu’à la subtilité d’une technicité finement élaborée.

En France, cette équitation fut abandonnée dés le siècle suivant et remplacée par l’équitation de tournois dont nous parlerons plus loin.

équitation moyen age mh lelièvre

Les espagnols, en revanche, vaincus en 1195 par les marocains, tirèrent profit de l’équitation de leurs adversaires.
Au XIIIè siecle, la reconquête de la péninsule ibérique par les chrétiens face aux musulmans, donna naissance à une équitation typiquement ibérique dite à la génette. Cette équitation sera pratiquée en Espagne et en Amérique (les Indes occidentales), jusqu’au début du XVIIIe siècle.

equitation moyen age mh lelièvre

Voici ce que dit, dans la Revue indigène d’avril-mai 1913, Ismaël Hamet à propos du terme « génette » : « …En langue castillane, le mot même de gineté, signifie cavalier ou écuyer. Il passe pour être dérive du nom de la tribu des Zénata ou Zénétes, celle qui fournit le plus de contingents montés aux conquérants de l’Espagne. Pour admettre cette étymologie, il faut se souvenir que, dans la langue ancienne, le « g » espagnol n’avait pas encore le son guttural qu’il a acquis ensuite et se prononçait comme le « j » français devant un « i ». Or, en dialecte nord-africain, la confusion du « j » et du « z » est fréquente ; Zénata a donc donné jinata, d’où gineté… Dès cette époque, les Zénata montaient court et ils firent école au point que l’on se piqua bientôt dans l’Europe du Sud de monter « à la génette ». On appela aussi « genet » un cheval clé petite taille, issu du croisement de la race locale avec les étalons amenés de Barbarie par ces mêmes Zénata.« 

Quant aux chevaliers du reste de l’Europe, ils inventèrent des jeux appelés tournois. Revêtus d’une armure qui portait leur poids à environ 150 kilos et qui les privait de toute souplesse, bien calés dans une sorte de selle à piquet, les jambes raides et tendues vers l’avant, ils montaient des chevaux lourds, et qui bien souvent, ne galopaient pas.
Les chevaliers devaient littéralement « porter » leurs chevaux dans les jambes, mais comme celles-ci étaient fort mal placées, des éperons aux collets immenses et aux molettes énormes virent le jour.
Avec une telle position et de tels moyens, la palette de nuances des allures était on ne peut plus limitée.
Par voix de conséquence, s’arrêter étaient une entreprise très difficile, et c’est pourquoi les chevaux se sont vu embouchés d’énormes mors à très longues branches.
Même les rênes étaient une terrible contrainte puisqu’elles étaient faites de chaînes et de lourdes bandes de cuir qui bloquaient l’encolure!
C’est l’exacte opposé des harnachements des cavaliers ibériques au moment de la « Reconquista ».

Au cours du Moyen Âge franco-germano-anglais, il y eu une régression de l’art de la guerre et, en même temps, de l’art de l’équitation parmi les peuples sédentaires de l’Europe occidentale, due aux méthodes de combat et à la mauvaise qualité des chevaux.
Dans ces conditions, l’équitation de devait que pâtir de tout cela!

équitation moyen age mh lelièvre

Références : Denis Bogros(1927-2005) Des hommes, des chevaux, des équitations
Petite histoire des équitations pour aider à comprendre l’Équitation
(1989)

L’ÉQUITATION BYZANTINE.

mercredi, avril 21st, 2010

L’équitation byzantine blog mh lelièvre

L. Gianoli (1) a fait, sur ce sujet, une étude intéressante et résumée ici en quelques lignes.

Affrontant en permanence leurs ennemis les Perses, à l’équitation subtile et brillante, les Byzantins, en écuyers précurseurs, ont développé une équitation raffinée et très codifiée.

« Les Byzantins apprirent des Perses l’art d’harmoniser et d’ajuster avec faste leurs chevaux. C’était là une attitude esthétisante et précieuse tout à fait conforme à la nature de ce peuple et qui devait finalement l’amener à la pure virtuosité équestre.  » (Gianoli).

Des mosaïques byzantines, représentent des cavaliers exécutant des sauts et des pirouettes annonciatrices des sauts d’école exécutés mille ans plus tard!

Au XIIe siècle (1134), l’empereur Michel IV, le Paphlagonien, envoya à Naples, rattachée à l’empire d’Orient, sept écuyers byzantins. Les Byzantins par Naples, comme les Arabes par l’Espagne, ont transmis à l’Europe un héritage équestre vieux de plusieurs millénaires.

C’est donc d’Asie occidentale qu’est arrivée jusqu’en Europe une équitation toute à la fois de guerre et esthétique.

Toutefois, il faudra plusieurs siècles avant que les européens y adhèrent, et de ce fait, l’équitation au Moyen Age tomba fort bas, perdant toute finesse et subtilité.