Archive for the ‘Point de vue scientifique’ Category

RETOUR SUR L’APPRENTISSAGE (3).

jeudi, avril 18th, 2013

Suite et fin des quelques extraits, de Michel-Antoine LEBLANC et Marie-France BOUISSOU, Ibid..

…Peu d’études expérimentales ont étudié les effets d’une punition. Dans l’une d’elle, des chevaux avaient appris une tâche (choisir entre deux branches d’un labyrinthe), grâce à un renforcement positif. Puis, en cas d’erreur, ils recevaient une « punition » (consistant en un jet de CO² provenant d’un extincteur). Ils ont fait moins d’erreurs, mais passaient par contre beaucoup plus de temps à choisir de quel côté ils devaient aller.

Rappelons qu’en général, dans le cas de la punition, rien ne signale l’événement aversif; même si quelque chose signale l’imminence de la punition, le cheval ne peut rien faire pour l’éviter. Il a donc peu, voire pas, de contrôle de la situation, et la punition n’a que peu de valeur prédictive. En conséquence, il est plus difficile pour l’animal d’associer la punition avec un comportement spécifique, surtout si elle est appliquée de manière inconséquente ou trop importante. Par exemple, si le cheval est battu à la suite d’un refus à l’obstacle, il n’est pas évident qu’il associe punition et refus lui-même. Il peut aussi associer l’ensemble de la situation à la punition : les obstacles, le fait de sauter, voire même le fait d’être monté!

Une sorte d’indifférence à des punitions légères peut aussi s’installer, conduisant les dresseurs à l’utilisation de châtiments de plus en plus sévères. Aussi dans le cas où des punitions semblent nécessaires, elles doivent donc être appliquées dès le début avec l’intensité adéquate.

Enfin des punitions sévères entraînent des émotions qui peuvent interférer avec les processus d’attention et l’apprentissage lui-même. Les changements émotionnels peuvent conduire l’animal à  se montrer agressif ou à présenter une inhibition de son comportement, souvent confondue avec de l’obstination. Ceci peut en retour conduire à une plus grande violence de la part du manipulateur, et l’on entre ainsi dans un cercle vicieux. Enfin la punition peut être associer avec la personne qui en est l’auteur et aboutir à un conditionnement d’évitement de cette personne, qui deviendra incapable d’enseigner quoi que ce soit au cheval qui cherche à l’éviter. Ce dernier sera alors qualifié de difficile, entêté ou stupide.

En fait, il vaut mieux qu’un comportement soit interrompu par ses propres conséquences négatives, que par une punition infligée. Le principe qui veut qu’un apprentissage basé sur des renforcements (positif ou négatif) soit beaucoup plus efficace que s’il est basé sur des punitions est maintenant largement admis et appliqué dans le dressage des animaux.

RETOUR SUR L’APPRENTISSAGE (2).

vendredi, avril 12th, 2013

Voici de nouveau quelques lignes extraites du livre :

« Cheval Qui es-tu? L’éthologie du cheval : du comportement naturel à la vie domestique« 

de Michel-Antoine LEBLANC et Marie-France BOUISSOU.

La punition (première partie): 

…Les punitions se traduisent par une sanction et visent à diminuer la probabilité d’apparition du comportement; dans ce cas l’agent « punitif » peut être un stimulus désagréable…ou l’ajournement d’une stimulation agréable (nourriture, caresse).

…Ce qui caractérise la punition, c’est que le dresseur présente le stimulus aversif pendant ou après que le cheval ait donné une réponse non désirée, alors que dans le renforcement négatif le dresseur présente le stimulus aversif avant que le cheval ait donné la bonne réponse, et le fait cesser dès que le cheval donne la bonne réponse. De plus, lors d’un renforcement négatif, son imminence est généralement signalée…Dans le cas de la punition au contraire, rien ne l’annonce et, de plus, elle ne contient pas d’indication sur le comportement souhaité par le dresseur. La punition diffère des renforcements, qu’ils soient négatifs ou positifs, car elle vise à supprimer ou éliminer une réponse, alors que les renforcements, nous l’avons déjà mentionné, accroissent la probabilité que la réponse apparaisse de nouveau lors de la présentation d’un stimulus particulier. Une telle distinction paraît effectivement utile dans la pratique.

Dans le domaine de l’équitation, l’usage des aides (jambes, éperons, actions de main, actions de la chambrière) constitue en général pour le cheval un mode de renforcement négatif. Ce sont des stimulus déplaisants ou qui lui causent une gêne que l’animal peut faire cesser en donnant la réponse désirée. Rapidement le cheval va comprendre qu’il suffit d’adopter le comportement souhaité par le dresseur pour mettre fin à la gêne qu’il éprouve. Il est donc essentiel de faire cesser l’action des aides dès que le cheval a obéi. Un exemple de punition serait les coups de cravaches ou d’éperons après un refus à l’obstacle, ou un coup de chambrière sanctionnant une tentative de morsure. Les mêmes aides (éperons, cravache ou chambrière) peuvent donc constituer un renforcement négatif ou une punition selon les modalités d’application : ainsi une pression des éperons, précédée d’une action de l’assiette et d’une pression des mollets, que le cheval peut faire cesser en répondant correctement sera considérée comme un renforcement négatif, alors qu’un violent et soudain coup d’éperon (volontaire ou non) entrerait dans la catégorie des punitions.

La punition ayant pour effet de supprimer un comportement, il faut faire attention à ne pas l’utiliser de manière non intentionnelle (par exemple des chocs dans la selle, une action brutale sur le mors, des coups d’éperons involontaires, etc.), afin de ne pas supprimer des comportements désirables.

A suivre…

RETOUR SUR L’APPRENTISSAGE (1).

dimanche, avril 7th, 2013

Voici comme prévu, quelques extraits tirés du livre :

« Cheval Qui es-tu? L’éthologie du cheval : du comportement naturel à la vie domestique« 

de Michel-Antoine LEBLANC et Marie-France BOUISSOU.

La chaîne « stimulus-réponse-renforcement »

On admet en général que, comme la plupart des autres animaux, le cheval apprend grâce à la chaîne d’événements « stimulus-réponse-renforcement ».

…Le premier élément est le stimulus.C’est un indice présent dans l’environnement : par exemple un signal visuel (mouvement de la chambrière ou de la main), ou sonore (ordre vocal) ou encore tactile (assiette du cavalier, action de mains ou de jambes) pour prendre des exemples dans la pratique équestre.

…Etant donné la grande capacité des chevaux à discriminer des stimulus parfois très proches, le dresseur doit faire attention à être très précis dans sa demande. Si une modalité varie entre différentes présentations, le cheval doit généraliser à des indices voisins afin de répondre correctement. Des stimulus plus forts deviendront donc nécessaires pour obtenir des réponses que l’on obtenait à l’origine. Un exemple familier à tous les cavaliers est le cheval d’instruction qui, blasé par  des stimulus parasites (fournis involontairement par les cavaliers débutants), devient insensible à des stimulus plus subtils. Il faut aussi bien évidemment que le stimulus soit présenté au moment où le cheval est capable d’y répondre; il est ainsi par exemple inutile d’essayer de demander une jambette de l’antérieur gauche si tout le poids de l’animal est dessus! Un autre exemple : ce n’est que lorsqu’un membre est en l’air que l’on peut demander au cheval de le mouvoir latéralement.

Au début du dressage on utilisera des stimulus simples et « naturels » pour le cheval. Puis au fur et à mesure que l’animal progresse, on pourra utiliser des stimulus dont la signification aura été apprise par association avec l’ancien stimulus.

Venons en maintenant au deuxième élément de la chaîne « stimulus-réponse-renforcement », à savoir la réponse. Nous avons vu que, quel que soit le problème posé, l’animal va donner au début une réponse au hasard. Une réponse est en général un comportement (appuyer sur un levier, aller à un certain endroit, etc.), mais ce peut être aussi l’omission d’un comportement (rester immobile, ne pas changer de place…). Ce sont les conséquences positives ou négatives qu’entraîne cette réponse, c’est-à-dire le renforcement, qui vont augmenter ou diminuer sa probabilité d’apparition ultérieure.

…Par exemple si l’on veut apprendre à un cheval à reculer on se contente d’abord d’un simple transfert du poids vers l’arrière, puis on demandera un pas, puis deux, etc…Durant les premières phases de l’apprentissage le dresseur doit ignorer les mauvaises réponses et, bien sûr encourager les bonnes réponses.

 A suivre…

A PROPOS DES PRINCIPALES FORMES D’APPRENTISSAGE.

mercredi, mars 27th, 2013

Ce post a pour thème les renforcements et punitions au cours du processus d’apprentissage.

Il se décompose en plusieurs parties.

La première partie est consacrée  à l’énumération des différents types de renforcements et de punitions utilisés dans le processus d’apprentissage.

Les parties suivantes vous proposeront quelques extraits de textes écrits par des scientifiques sur ce sujet.

Les avis de certains auteurs divergent quant au sens qu’ils accordent aux termes de renforcement positif, renforcement négatif, et de punition.

Dans ce post, je prendrai comme référence, les auteurs qui envisagent les modalités d’interactions entre réponse et renforcement de la manière suivante :

Les 4 catégories du conditionnement opérant :

  1. Le renforcement positif : ajout de quelque chose d’agréable pour augmenter la probabilité qu’un comportement se produise.
  2. Le renforcement négatif : suppression d’une chose aversive pour augmenter la probabilité qu’un comportement se produise.
  3. La punition positive : ajout d’une chose aversive pour diminuer la probabilité qu’un comportement se produise.
  4. La punition négative : suppression de quelque chose d’agréable, pour diminuer la probabilité qu’un comportement se produise.

Il faut considérer les termes « positif » et « négatif » non pas avec une connotation de jugement de valeur mais simplement comme un moyen de préciser qu’un élément est ajouté (positif) ou supprimé (négatif).

Les théories du conditionnement opérant définies par le psychologue Burrhus Frederic Skinner(1904-1990) servent également de références théoriques aux éthologues, car les principes d’apprentissage sont les mêmes pour les animaux, tel le cheval, et pour les hommes.

Essayons d’associer à chaque catégorie de conditionnement un exemple concret . Prenons l’exemple d’un dresseur qui voudrait apprendre au travail à pied une levade à son cheval uniquement à la demande (sachant que ce dernier a déjà spontanément produit ce mouvement) :

  • Apprentissage par  renforcement positif : le dresseur met son cheval en liberté et décide de jouer avec lui. Au cours de cette séance, il cherche à déclencher un cabrer en stimulant son cheval soit par des bruits ou une gestuelle spécifique, lorsque le cabrer se produit celui-ci est   aussitôt  récompensé, par exemple, d’une friandise. 
    • Production spontanée d’un comportement (souhaité par le dresseur)=>récompense par ajout d’un élément agréable =>augmentation de la probabilité que le comportement se reproduise.
  • Apprentissage par renforcement négatif: le dresseur agit directement sur son cheval grâce à ses aides tactiles (badine derrière les postérieurs pour rassembler, et mains qui agissent par demi-arrêts sur les rênes pour déclencher l’élévation de l’avant main). Ces actions mettent le cheval dans un certain inconfort et, pour s’y soustraire, il va produire différentes réponses. Lorsque la bonne réponse est produite (levade), le dresseur cesse aussitôt ses actions, permettant ainsi à son cheval de retrouver du confort.
    • Production provoquée d’un comportement=>récompense par suppression d’une stimulation gênante=>augmentation de la probabilité que le comportement se reproduise.
                 
                                                                                                                    
  • Conditionnement par punition positive : le cheval se cabre sans y avoir été invité. Le dresseur agit de la cravache sur la croupe du cheval pour le porter en avant, ce qui le fait redescendre.  
    • Production spontanée d’un comportement (non souhaité par le dresseur)=>sanction par ajout d’un élément désagréable=>diminution de la probabilité que le comportement se reproduise.


  • Conditionnement par punition négative :  le cheval se cabre sans y avoir été invité. Le dresseur ne donne aucune récompense pour ne pas encourager le cheval à recommencer.
    •  Production spontanée d’un comportement (non souhaité par le dresseur)=>sanction par suppression d’un élément agréable=>diminution de la probabilité que le comportement se reproduise.
A suivre…

LE SAVIEZ VOUS?

mardi, novembre 15th, 2011

Les coordinations motrices liées aux  apprentissages moteurs, et qui sont bien installées par le travail, ont cette caractéristique d’acquérir les mêmes valeurs que les coordinations motrices innées comme par exemple galoper ou tourner.

Elles ne peuvent donc être oubliées!

Jean-Claude Barrey écrit dans « Éthologie et écologie équines » : « Comme celles qui sont héréditaires, les coordinations acquises acquièrent leur propre comportement d’appétence, leur propre besoin de fonctionner, qui procure au cheval une « jouissance fonctionnelle » d’autant plus forte que le mouvement n’a pas été utilisé depuis longtemps, et qu’il est difficile et bien rôdé… »

LE SCHEMA CORPOREL CHEZ LE CHEVAL.

dimanche, septembre 18th, 2011

 On parle beaucoup de l’importance de la construction du schéma corporel chez l’homme, mais s’en soucie t-on autant pour le cheval?

Je pense que bon nombre de cavaliers passent à côté de cet élément essentiel, garant d’une bonne évolution psychomotrice, ainsi que de l’intégrité physique et mentale de l’animal.

Beaucoup trop de jeunes chevaux sont surexploités, à un âge où ils sont encore en pleine croissance, en pleine transformation psychomotrice, et en pleine construction de leur schéma corporel.

 Voici quelques extraits de l’excellent ouvrage de Jean-Marie DENOIX  et Jean-Pierre PAILLOUX, Approche de la Kinésithérapie du cheval, ed. Maloine, 1991, concernant ce sujet.

 [L’élaboration du schéma corporel chez l’Homme (comme chez le cheval) procède par étapes, depuis la naissance jusqu’à l’image structurée du corps dans l’espace (B.Dolto).

Le poulain prend conscience de son corps en le regardant et par les contacts avec les formes extérieures. L’intégration de ses déplacements dans l’espace se fabrique lentement et lui assure pour plus tard, l’habileté du geste.
La formation du schéma corporel chez le cheval est plus rapide que chez l’Homme en raison d’un développement psychomoteur beaucoup plus avancé à la naissance (locomotion immédiate) et d’une moindre dépendance maternelle.
Les zones privilégiées pour l’acquisition des informations sont :
  •  La lèvre supérieure : appareil du toucher, richement innervée (ce qui explique par ailleurs le rôle inhibiteur du tord-nez);
  • Les antérieurs que le cheval voit plus tôt et plus souvent « mouvements intentionnels » gratter, taper, jouer,etc
  • Les postérieurs et la colonne vertébrale écartés du champ visuel et sièges des manifestations inexpliquées s’ajustent plus lentement dans le schéma corporel. De plus, le poids du cavalier, certaines tensions du dos, ou la douleur, peuvent perturber celui-ci.
Les accidents modifient le schéma corporel : les membres douloureux inquiètent et perturbent, entraînent un geste gauche, qui se rééduquera lentement par la reprise du mouvement sain et indolore.
Ainsi la réadaptation du cheval accidenté en milieu sportif devra se faire très progressivement.
Ici il est question d’accidents, mais je pense qu’un cheval mal travaillé et de surcroît dans l’hyper contrainte avec toutes les blessures potentielle que cela implique, voit aussi son schéma corporel modifié, et le travail de « rééducation » de toute sa musculature donnera lieu à autant d’application et de progressivité que pour un cheval réellement accidenté.
 
Souvent les cavaliers n’excusent pas leur cheval dans ses maladresses de convalescence, deviennent exigeants, créant par ce fait des perturbations parfois indélébiles telles que :
  • Perte de coordinations (obstacle ou dressage)
  • Anxiété du cheval,
  • Hyper – excitabilité (mouvement retenu, perte de brillance), disparition de la générosité]…

[Perturbation du schéma corporel par la douleur.

 Lors d’un accident, le schéma corporel est modifié; la douleur et l’impotence (boiterie) amènent des images nouvelles. Progressivement le corps s’organise autour de ces nouvelles sensations bio-dynamique et modifie son comportement, soit par épargne devant la douleur, qu’il tente d’éviter en limitant le déplacement articulaire, soit par le jeu des compensations musculaires parfois par l’association des deux]…

[Par ailleurs, le cheval recouvrant un geste sain, gardera plusieurs semaines encore l’image de ces troubles, cherchant encore la douleur, limitant les déplacements par l’appréhension de retrouver les gestes douloureux. Il faut retenir ce fait, qui excuse le convalescent et demande une remise en confiance par des exercices très dosés où ce corps momentanément agressé doit se retrouver.

Influences neuro-motrices.

Les messages nerveux proprioceptifs, issus des récepteurs neuro-sensoriels inclus dans les muscles cybernétiques profonds, dans les ligaments et les tendons, sont analysés selon les tensions et les étirements créés au niveau de ces récepteurs.

De cette analyse sensorielle émane une réponse de régulation posturale d’équilibration ou une régulation du tonus musculaire, afin d’adapter la correction posturale à la nature des informations mécaniques issues des organes locomoteurs. Ainsi, à la sortie du box, un cheval longtemps immobilisé a ses récepteurs neuro-sensoriels en état de veille. Au premier déplacement, la motricité est alors pauvre de renseignements posturaux et de régulation du tonus.

L’adaptation physiologique à l’effort demandé procède par étapes, elle est assez longue et peut expliquer l’apparition de lésions en début de travail comme l’entorse du boulet, l’élongation des suspenseurs, la contracture musculaire.

En outre, cette régulation neuro-motrice est influencée par divers paramètres tels que :

  • le type de cheval;
  • la morphologie du sujet;
  • le poid, l’age, l’usure.

La considération de l’ensemble de ces facteurs impose le respect de la physiologie du cheval et de son adaptation à l’effort.

Messages sensoriels et réponses musculaires.

La perception des messages et la promptitude des réponses sont liées à la vitesse de conduction de l’influx nerveux (caractérisé par la chronaxie)…

  • plus le cheval est « près du sang », meilleure et plus rapide est la réponse;
  • le cheval léger coopère plus vite au rétablissement des anomalies de tension;
  • le cheval adulte possède un appareil de contrôle et de réponse affirmé, qui le protège mieux;
  • l’origine génétique détermine des prédispositions (cheval arabe, barbe, poney américain : habitude aux sols durs, variés, cailloux, montagne : excellente éducation proprioceptive);

Inversement :

  • le cheval avec « moins de sang » a une chronaxie plus lente;
  • le cheval lourd mettant plus de poid sur ses ensembles musculo-articulaires est plus exposé aux lésions;
  • le jeune cheval n’a pas acquis une bonne proprioceptivité;

  • le vieux cheval perd son éducation proprioceptive]…

[Respect de l’âge et de la progression du cheval.

Laissons au jeune cheval le temps d’apprendre son corps, de le situer et d’organiser ses reflexes d’équilibration. Le risque de placer la volonté de l’homme avant la possession des acquis biodynamiques du cheval, est de créer des vides sensoriels, des compensations musculaires désharmonisant la locomotion, amputant le potentiel inné que possède tout poulain normal.

Les excès de gestes spécialisés établissent un nouvel ordre cinétique. L’élaboration du schéma corporel du poulain ne suit plus une écoute spontanée du corps, mais s’infléchit vers des retenues (ligne du dessus) qui laisseront des carences et des gestes amputés, désorganisés.

Les résistances que rencontrent les cavaliers de jeunes chevaux sont souvent l’expression de troubles cybernétiques issus de relations inadéquates et sourdes.. Comment le poulain totalement immature peut-il avancer vers la virtuosité si la mémoire retient des sensations douloureuses? C’est pourquoi, l’absence de gymnastique préparatoire se retrouve et se paie après les épreuves de jeunes chevaux. Le dresseur, en termes clairs, doit ressentir l’instant et l’espace de compréhension qui se manifestent par un geste organisé, accepté, codé, sans relief douloureux, où le cheval participe géréreusement au geste sportif.  Il faut accorder à cet élève du tempspour la mise en place des circuits des programmes]…

[Ainsi, la vie sportive de l’homme et celle du cheval procèdent, dans leurs principes neuro-physiologiques, d’un même raisonnement. Schéma corporel, proprioceptivité et tonus s’imbriquent étroitement pour réaliser le bon ou le mauvais geste sportif. L’exécution du mouvement ne procède pas seulement de la proposition : « je veux, j’obtiens ». Elle résulte du respect de l’environnement neurophysiologique et de tous les maillons qui s’articulent dans celui-ci.]

 

 

Le cheval au galop et son système d’amortisseurs

dimanche, février 28th, 2010

Comme il m’arrive de temps en temps, suite à la lecture d’un article paru dans le magazine « la Recherche », j’ai confié au blog de Marie-Hélène ces quelques lignes sur le rôle des fléchisseurs du doigt.

De façon générale, les tendons sont comparables à des câbles, et le muscle à un moteur. Quand les fibres musculaires se contractent, elles raccourcissent et tirent, via les tendons, sur les os, ce qui provoque le mouvement. Il y a plus de vingt ans, R. McNeill Alexander, a montré que tendons et ligaments jouent le rôle de ressorts pendant le mouvement (R. McNeil Alexander et H.C. Bennet-Clark, Nature, 265, 114, 1977.). Chaque fois que la jambe de l’animal touche le sol, ses tendons s’étirent : ils stockent de l’énergie, et la restituent lors de la détente pour la propulsion. « Les animaux qui courent rebondissent en fait sur le sol tout au long de leur mouvement, et utilisent ainsi moins d’énergie qu’ils n’en auraient besoin si leurs tendons n’étaient pas élastiques (R. McNeil Alexander, Nature, 414, 855, 2001.). ». Pour un cheval de 500 kilogrammes, l’effort musculaire est divisé par deux lors du galop grâce à cette élasticité.

Les fléchisseurs du doigt relient, chez le cheval, le sabot au haut de la cuisse, et présentent une morphologie originale : alors qu’ils mesurent une quarantaine de centimètres de long, ils sont majoritairement composés de fibres d’à peine 6 millimètres de long, pour le fléchisseur superficiel, et une dizaine de mm. pour le fléchisseur profond. La contraction de ces fibres ne raccourcit pas le muscle de plus de quelques millimètres et ne sert pas à contrôler le mouvement du membre. A quoi peuvent donc servir des fibres musculaires trop courtes pour contrôler le moindre mouvement ?

Des vétérinaires britanniques avancent qu’ils ont un rôle autre que moteur. Selon eux, les fléchisseurs du doigt seraient des amortisseurs. Au galop, soit à un rythme d’environ 2,5 foulées par seconde, le membre vibre à des fréquences comprises entre 30 et 40 hertz dans le sens de la longueur. Ces vibrations pourraient causer des microfractures dans l’os ou des déchirures tendineuses si elles n’étaient pas amorties. Or, les fibres musculaires absorbent les vibrations bien mieux que les tendons. Les fléchisseurs superficiels et profonds du doigt amortissent ainsi les vibrations qui pourraient endommager os et tendons.

Christine

Le rollkür : un point de vue scientifique.

vendredi, novembre 27th, 2009

Le Rollkur vu par les scientifiques.

contre le rollkur mh lelièvre

Un petit résumé d’expérience.

Une expérience a été menée sur des chevaux montés dans des lieux différents selon la méthode du Rollkur, ou de façon plus habituelle, avec flexions d’encolure, mais sans dépasser la position du chanfrein à la verticale. Les deux espaces réservés à l’entraînement étaient disposés au bout d’un couloir. Après quelques séances où l’une ou l’autre méthode était utilisée de manière aléatoire, les chevaux que l’on positionnait au bout du couloir qui menait aux 2 espaces d’entraînement, choisissaient, si leur cavalier leur en laissait la liberté, de s’orienter vers le lieu où ils n’avaient pas subi le Rollkur. Les chevaux avaient également tendance à exprimer des comportements de stress, d’inconfort, de conflit ou de frustration, quand ils étaient montés avec la technique du Rollkur. Les mesures de battements cardiaques permettaient de voir une accélération du coeur durant l’usage de cette méthode, ce qui témoigne de l’inconfort du cheval. De plus, les réactions étaient légèrement plus fortes et la répugnance plus grande lorsqu’ils devaient s’approcher de stimulus inspirant la crainte, après les séances de Rollkur. Ces résultats suggèrent que cet usage coercitif peut non seulement mettre en péril le bien-être du cheval, mais peut aussi exposer cheval et cavalier à un risque plus grand de blessures résultant des réactions de peur de l’animal.

Impact of riding in a coercively obtained Rollkur posture on welfare and fear of performance horses
Uta Ulrike von Borstel, Ian James Heatly Duncan, Anna Kate Shoveller, Katrina Merkies, Linda Jane Keeling, Suzanne Theresa Millman
Applied Animal Behaviour Science 116 (2009) 228–236

Rollkur, the usually coercively obtained hyperflexion of the horse’s neck, is employed as a training method by some dressage riders; however, its use is controversial as it may cause discomfort and adversely affect the horse’s welfare. The objectives of this study were to determine: (1) if horses showed differences in stress, discomfort and fear responses as measured by heart rate and behaviour when ridden in Rollkur (R) obtained by pressure on the reins compared to regular poll flexion (i.e. with the nose-line being at or just in front of the vertical; N), and (2) if they showed a preference between the two riding styles when given the choice. Fifteen riding horses were ridden 30 times through a Y-maze randomly alternating between sides. Riding through one arm of the Y-maze was always followed by a short round ridden in R, whereas riding through the other arm was followed by a short round ridden in N. Immediately after the conditioning phase, horses were again repeatedly ridden into the maze; however, riders left it to the horse to decide which arm of the maze to enter.The present study provides evidence that horses avoid Rollkur in favour of regular poll flexion. Horses were also more likely to show behaviour patterns suggestive of stress, discomfort, conflict or frustration when ridden in a coercively obtained Rollkur than when ridden with normal poll flexion. The presence of discomfort or frustration is supported by heart rates that were indicative of higher emotional arousal during R. Also, the slightly stronger reactions and greater reluctance to approach fear stimuli following bouts of R also points towards higher, negative arousal during R. In combination, these results suggest that this coercive riding style may not only compromise the horse’s welfare but can also put horse and rider at a greater risk of injuries resulting from the horse’s fear reaction.

Christine Maintier

A méditer.

dimanche, septembre 20th, 2009

Je vous livre ici, un extrait du très bon livre de J.-M.Denoix et J.-P. pailloux : APPROCHE DE LA KINESITHERAPIE DU CHEVALL.

Cet extrait fait partie d’un chapitre intitulé : Progression gymnique.
En ce qui concerne le respect de la fatigue musculaire, voila ce qui est dit : « …Les kilomètres de labourage musculaire que l’on impose au jeune cheval, sans interruption, sans repos, sans préparation, verrouillent totalement le sensoriel ; les grosses masses musculaires sont spasmées et douloureuses ; comment la motricité fine pourrait-elle filtrer? Le cheval n’est pas un haltérophile décérébré, il n’est pas une machine à fabriquer du muscle à des fins de compétition. Au contraire, c’est un équilibriste doué de l’harmonie des déplacements. Demandons à un funambule s’il peut assumer son art après une épreuve d’effort musculaire violent. Plus aucune sensibilité ne passera, ses gestes seront incontrôlés et tremblants. »

Ensuite, il s’agit du respect de l’âge et de la progression du cheval.
« Laissons au cheval le temps d’apprendre son corps, de le situer et d’organiser ses réflexes d’équilibration. Le risque de placer la volonté de l’homme avant la possession des acquis biodynamiques du cheval, est de créer des vides sensoriels, des compensations musculaires désharmonisant la locomotion, amputant le potentiel inné que possède tout poulain normal.

Les excés de gestes spécialisés établissent un nouvel ordre cinétique. L’élaboration du schéma corporel du poulain ne suis plus une écoute spontanée du corps, mais s’infléchit vers des retenues (ligne du dessus) qui laisseront des carences et des gestes amputés, désorganisés.

Les résistances que rencontrent les cavaliers de jeunes chevaux sont souvent l’expression de troubles cybernétiques issus de relations inadéquates et sourdes. Comment le poulain totalement immature peut-il avancer vers la virtuosité si la mémoire retient des sensations douloureuses? C’est pourquoi, l’absence de gymnastique préparatoire se retrouve et se paie après les épreuves de jeunes chevaux. Le dresseur, en termes clairs, doit ressentir l’instant et l’espace de compréhention de son élève qui se manifeste par un geste organisé, accepté, codé, sans relief douloureux, où le cheval participe généreusement au geste sportif. Il faut accorder à cet élève du temps pour la mise en place des circuits des programmes… »
« …Lorsqu’un cheval de CSO rentre en piste, l’engagement au galop doit rester ample et calme, ce qui n’est pas toujours le cas. L’exécution d’un saut de qualité est souvent en rapport avec une excellente préparation gymnique. Dans d’autres cas, la réactivité compense les désordres biomécaniques dûs à une mauvaise préparation.

Ainsi, la vie sportive de l’homme et celle du cheval procèdent dans leurs principes neurophysiologiques, d’un même raisonnement. Schéma corporel, proprioceptivité et tonus s’imbriquent étroitement pour réaliser le bon ou le mauvais geste sportif. L’exécution du mouvement ne procède pas seulement de la proposition : « je veux, j’obtiens ». Elle résulte du respect de l’environnement neurophysiologique et de tous les maillons qui s’articulent dans celui-ci… »

Les influences possibles des voisins de box.

mardi, juin 16th, 2009
Un petit tour, une fois encore du côté du monde scientifique.
Voici quelques informations extraites  d’une recherche de Krisztina Nagy, Aniko Schrott, et Peter Kabai (article paru dans Applied Animal Behaviour Science, juin 2008, sour le titre : Possible influence of neighbours on stereotypic behaviour in horses.)

 Des études antérieures ont déjà évoqué  l’influence importante que peuvent avoir l’isolation, le type d’hébergement, et les modes d’alimentation  sur l’apparition  de comportements stéréotypés anormaux chez les chevaux. L’étude présentée par K. Nagy et son équipe se base sur une population de 287 chevaux répartis sur 9 écoles d’équitation. Elle révèle que la proximité d’un cheval présentant des comportements stéréotypés est un facteur de risque significatif pour que l’animal exposé à ce voisinage reproduise ces mêmes comportements. Ainsi les comportements agressifs envers d’autres chevaux  accroîssent la probabilité d’apparition de comportements agressifs. Il est improbable de considérer que ces  résultats sont dus à un effet induit par les centres équestres eux-mêmes.

Previous epidemiological studies indicated that social isolation, housing, management conditions, and feeding regime have a strong effect on developing Abnormal Stereotypic behaviour (ASB) . An analysis of data (generalised linear mixed models) on 287 horses of nine riding schools revealed that exposure to a stereotypic neighbour is a significant risk factor for performing stereotypy. Also, aggressive behaviour towards other horses increased the odds of stereotypy in the aggressor. Theses correspondances are unlikely to be a riding-school effect.

Participation : Christine Maintier