Archive for the ‘Point de vue scientifique’ Category

Le cheval au galop et son système d’amortisseurs

Sunday, February 28th, 2010

Comme il m’arrive de temps en temps, suite à la lecture d’un article paru dans le magazine « la Recherche », j’ai confié au blog de Marie-Hélène ces quelques lignes sur le rôle des fléchisseurs du doigt.

De façon générale, les tendons sont comparables à des câbles, et le muscle à un moteur. Quand les fibres musculaires se contractent, elles raccourcissent et tirent, via les tendons, sur les os, ce qui provoque le mouvement. Il y a plus de vingt ans, R. McNeill Alexander, a montré que tendons et ligaments jouent le rôle de ressorts pendant le mouvement (R. McNeil Alexander et H.C. Bennet-Clark, Nature, 265, 114, 1977.). Chaque fois que la jambe de l’animal touche le sol, ses tendons s’étirent : ils stockent de l’énergie, et la restituent lors de la détente pour la propulsion. « Les animaux qui courent rebondissent en fait sur le sol tout au long de leur mouvement, et utilisent ainsi moins d’énergie qu’ils n’en auraient besoin si leurs tendons n’étaient pas élastiques (R. McNeil Alexander, Nature, 414, 855, 2001.). ». Pour un cheval de 500 kilogrammes, l’effort musculaire est divisé par deux lors du galop grâce à cette élasticité.

Les fléchisseurs du doigt relient, chez le cheval, le sabot au haut de la cuisse, et présentent une morphologie originale : alors qu’ils mesurent une quarantaine de centimètres de long, ils sont majoritairement composés de fibres d’à peine 6 millimètres de long, pour le fléchisseur superficiel, et une dizaine de mm. pour le fléchisseur profond. La contraction de ces fibres ne raccourcit pas le muscle de plus de quelques millimètres et ne sert pas à contrôler le mouvement du membre. A quoi peuvent donc servir des fibres musculaires trop courtes pour contrôler le moindre mouvement ?

Des vétérinaires britanniques avancent qu’ils ont un rôle autre que moteur. Selon eux, les fléchisseurs du doigt seraient des amortisseurs. Au galop, soit à un rythme d’environ 2,5 foulées par seconde, le membre vibre à des fréquences comprises entre 30 et 40 hertz dans le sens de la longueur. Ces vibrations pourraient causer des microfractures dans l’os ou des déchirures tendineuses si elles n’étaient pas amorties. Or, les fibres musculaires absorbent les vibrations bien mieux que les tendons. Les fléchisseurs superficiels et profonds du doigt amortissent ainsi les vibrations qui pourraient endommager os et tendons.

Christine

Le rollkür : un point de vue scientifique.

Friday, November 27th, 2009

Le Rollkur vu par les scientifiques.

contre le rollkur mh lelièvre

Un petit résumé d’expérience.

Une expérience a été menée sur des chevaux montés dans des lieux différents selon la méthode du Rollkur, ou de façon plus habituelle, avec flexions d’encolure, mais sans dépasser la position du chanfrein à la verticale. Les deux espaces réservés à l’entraînement étaient disposés au bout d’un couloir. Après quelques séances où l’une ou l’autre méthode était utilisée de manière aléatoire, les chevaux que l’on positionnait au bout du couloir qui menait aux 2 espaces d’entraînement, choisissaient, si leur cavalier leur en laissait la liberté, de s’orienter vers le lieu où ils n’avaient pas subi le Rollkur. Les chevaux avaient également tendance à exprimer des comportements de stress, d’inconfort, de conflit ou de frustration, quand ils étaient montés avec la technique du Rollkur. Les mesures de battements cardiaques permettaient de voir une accélération du coeur durant l’usage de cette méthode, ce qui témoigne de l’inconfort du cheval. De plus, les réactions étaient légèrement plus fortes et la répugnance plus grande lorsqu’ils devaient s’approcher de stimulus inspirant la crainte, après les séances de Rollkur. Ces résultats suggèrent que cet usage coercitif peut non seulement mettre en péril le bien-être du cheval, mais peut aussi exposer cheval et cavalier à un risque plus grand de blessures résultant des réactions de peur de l’animal.

Impact of riding in a coercively obtained Rollkur posture on welfare and fear of performance horses
Uta Ulrike von Borstel, Ian James Heatly Duncan, Anna Kate Shoveller, Katrina Merkies, Linda Jane Keeling, Suzanne Theresa Millman
Applied Animal Behaviour Science 116 (2009) 228–236

Rollkur, the usually coercively obtained hyperflexion of the horse’s neck, is employed as a training method by some dressage riders; however, its use is controversial as it may cause discomfort and adversely affect the horse’s welfare. The objectives of this study were to determine: (1) if horses showed differences in stress, discomfort and fear responses as measured by heart rate and behaviour when ridden in Rollkur (R) obtained by pressure on the reins compared to regular poll flexion (i.e. with the nose-line being at or just in front of the vertical; N), and (2) if they showed a preference between the two riding styles when given the choice. Fifteen riding horses were ridden 30 times through a Y-maze randomly alternating between sides. Riding through one arm of the Y-maze was always followed by a short round ridden in R, whereas riding through the other arm was followed by a short round ridden in N. Immediately after the conditioning phase, horses were again repeatedly ridden into the maze; however, riders left it to the horse to decide which arm of the maze to enter.The present study provides evidence that horses avoid Rollkur in favour of regular poll flexion. Horses were also more likely to show behaviour patterns suggestive of stress, discomfort, conflict or frustration when ridden in a coercively obtained Rollkur than when ridden with normal poll flexion. The presence of discomfort or frustration is supported by heart rates that were indicative of higher emotional arousal during R. Also, the slightly stronger reactions and greater reluctance to approach fear stimuli following bouts of R also points towards higher, negative arousal during R. In combination, these results suggest that this coercive riding style may not only compromise the horse’s welfare but can also put horse and rider at a greater risk of injuries resulting from the horse’s fear reaction.

Christine Maintier

A méditer.

Sunday, September 20th, 2009

Je vous livre ici, un extrait du très bon livre de J.-M.Denoix et J.-P. pailloux : APPROCHE DE LA KINESITHERAPIE DU CHEVALL.

Cet extrait fait partie d’un chapitre intitulé : Progression gymnique.
En ce qui concerne le respect de la fatigue musculaire, voila ce qui est dit : “…Les kilomètres de labourage musculaire que l’on impose au jeune cheval, sans interruption, sans repos, sans préparation, verrouillent totalement le sensoriel ; les grosses masses musculaires sont spasmées et douloureuses ; comment la motricité fine pourrait-elle filtrer? Le cheval n’est pas un haltérophile décérébré, il n’est pas une machine à fabriquer du muscle à des fins de compétition. Au contraire, c’est un équilibriste doué de l’harmonie des déplacements. Demandons à un funambule s’il peut assumer son art après une épreuve d’effort musculaire violent. Plus aucune sensibilité ne passera, ses gestes seront incontrôlés et tremblants.”

Ensuite, il s’agit du respect de l’âge et de la progression du cheval.
“Laissons au cheval le temps d’apprendre son corps, de le situer et d’organiser ses réflexes d’équilibration. Le risque de placer la volonté de l’homme avant la possession des acquis biodynamiques du cheval, est de créer des vides sensoriels, des compensations musculaires désharmonisant la locomotion, amputant le potentiel inné que possède tout poulain normal.

Les excés de gestes spécialisés établissent un nouvel ordre cinétique. L’élaboration du schéma corporel du poulain ne suis plus une écoute spontanée du corps, mais s’infléchit vers des retenues (ligne du dessus) qui laisseront des carences et des gestes amputés, désorganisés.

Les résistances que rencontrent les cavaliers de jeunes chevaux sont souvent l’expression de troubles cybernétiques issus de relations inadéquates et sourdes. Comment le poulain totalement immature peut-il avancer vers la virtuosité si la mémoire retient des sensations douloureuses? C’est pourquoi, l’absence de gymnastique préparatoire se retrouve et se paie après les épreuves de jeunes chevaux. Le dresseur, en termes clairs, doit ressentir l’instant et l’espace de compréhention de son élève qui se manifeste par un geste organisé, accepté, codé, sans relief douloureux, où le cheval participe généreusement au geste sportif. Il faut accorder à cet élève du temps pour la mise en place des circuits des programmes…”
“…Lorsqu’un cheval de CSO rentre en piste, l’engagement au galop doit rester ample et calme, ce qui n’est pas toujours le cas. L’exécution d’un saut de qualité est souvent en rapport avec une excellente préparation gymnique. Dans d’autres cas, la réactivité compense les désordres biomécaniques dûs à une mauvaise préparation.

Ainsi, la vie sportive de l’homme et celle du cheval procèdent dans leurs principes neurophysiologiques, d’un même raisonnement. Schéma corporel, proprioceptivité et tonus s’imbriquent étroitement pour réaliser le bon ou le mauvais geste sportif. L’exécution du mouvement ne procède pas seulement de la proposition : “je veux, j’obtiens”. Elle résulte du respect de l’environnement neurophysiologique et de tous les maillons qui s’articulent dans celui-ci…”

Les influences possibles des voisins de box.

Tuesday, June 16th, 2009
Un petit tour, une fois encore du côté du monde scientifique.
Voici quelques informations extraites  d’une recherche de Krisztina Nagy, Aniko Schrott, et Peter Kabai (article paru dans Applied Animal Behaviour Science, juin 2008, sour le titre : Possible influence of neighbours on stereotypic behaviour in horses.)

 Des études antérieures ont déjà évoqué  l’influence importante que peuvent avoir l’isolation, le type d’hébergement, et les modes d’alimentation  sur l’apparition  de comportements stéréotypés anormaux chez les chevaux. L’étude présentée par K. Nagy et son équipe se base sur une population de 287 chevaux répartis sur 9 écoles d’équitation. Elle révèle que la proximité d’un cheval présentant des comportements stéréotypés est un facteur de risque significatif pour que l’animal exposé à ce voisinage reproduise ces mêmes comportements. Ainsi les comportements agressifs envers d’autres chevaux  accroîssent la probabilité d’apparition de comportements agressifs. Il est improbable de considérer que ces  résultats sont dus à un effet induit par les centres équestres eux-mêmes.

Previous epidemiological studies indicated that social isolation, housing, management conditions, and feeding regime have a strong effect on developing Abnormal Stereotypic behaviour (ASB) . An analysis of data (generalised linear mixed models) on 287 horses of nine riding schools revealed that exposure to a stereotypic neighbour is a significant risk factor for performing stereotypy. Also, aggressive behaviour towards other horses increased the odds of stereotypy in the aggressor. Theses correspondances are unlikely to be a riding-school effect.

Participation : Christine Maintier 

La latéro-flexion : le poin de vue de la recherche scientifique vétérinaire

Sunday, February 8th, 2009

Je prends, le temps d’un post, le relais de Marie-Hélène, qui explore avec ténacité la littérature équestre pour tenter d’y voir clair dans ce qui concerne les capacités de  latéro-flexion du cheval. J’ai donc, de mon côté, décidé d’aller fouiner du côté de la recherche vétérinaire scientifique.

Des 3 types de mouvement que peut faire la colonne vertébrale la latéro-flexion ne semble pas la plus étudiée, si l’on compare aux nombreux articles concernant la flexion et l’extension dorsoventrale ou la rotation axiale.

J’ai toutefois trouvé deux articles scientifiques annonçant clairement les angles que peuvent adopter les différentes vertèbres.

Au niveau de l’encolure, la latéro-flexion peut atteindre entre chaque vertèbre des valeurs allant de 25 à 45°, excepté pour les 2 premières cervicales où la latéro flexion n’est que de 3,9° (Clayton & Townsend, 1989).

L’étude des articulations de 8 vertèbres  thoraciques (T6,T10, T13, T17), lombaires (L1, L3, L5) ou sacrées (S3) montrent que la flexion latérale dans ces régions ne peut être que de 1,9° à 3,6° (Faber, Johnston & al., 2001).

On peut également ajouter que l’articulation lombo-sacrée permet une forte mobilité dorso-ventrale, en s’appuyant sur des processus articulaires de petite taille et verticaux, car la courbure entre les vertèbres lombaires et le sacrum est de 15 à 25°, mais empêche quasiment les mouvements de latéro-flexion (Evrard P, 2002, Osthéopathie vétérinaire, Olivier Editeur, 414p.).

 bendspine.gif bendgraph.gif

Si j’en crois donc ces lectures scientifiques, l’incurvation autour de la jambe, ressentie ou recherchée par les cavaliers, ne peut être imputée, que fort modestement, aux vertèbres thoraciques et lombaires…

 

Christine MAINTIER

 

 Abstract of two articles about movements of the vertebral column of horses during normal locomotion.

In theses researches, at least three types of movement, dorsoventral flexion and extension, axial rotation and lateral bending, were shown to occur at each of the intervertebral joints.

Lateral bending was relatively more uniform along the length of the neck, with mean values ranging from 25 to 45 degrees for each joint except between the first two cervical vertebraes, which had a mean of only 3.9 degrees of lateral bending.

The study about kinematics of 8 vertebrae (T6, T10, T13, T17, L1, L3, L5, and S3) showed that the value of lateral bending is only  from 1.9 degree to 3.6 degrees.

A  feature of this is that it produces the impression of an “even bend from poll to tail”.

 

Sources :

 Faber M., Johnston C., Schamhardt H., René van Weeren R., Roepstorff L. & Barneveld A. (2001).Basic three-dimensional kinematics of the vertebral column of horses trotting on a treadmill, American Journal of Veterinary Research, 62, 757-764.

Clayton H.M. & Townsend H.G.(1989) Kinematics of the cervical spine of the adult horse. Equine Veterinary Journal,21(3):189-92.

Les chevaux et la latéralisation

Monday, February 18th, 2008

 Un texte de Christine Maintier, sur l’actualité scientifique et les chevaux.

Laterality of horses associated with emotionality in novel situations

Voilà pour vous, une nouvelle chronique. L’explication est simple, pour des raisons professionnelles je me promène dans les banques de données scientifiques et je croise parfois quelques articles qui pourraient intéresser Marie-Hélène et ses lecteurs.

Le texte en question est paru dans la revue Laterality (2006) et émane de C. Larose, M.A. Richard-Yris, M. Hausberger et L.J. Rogers.

Cette étude s’intéressait au phénomène de latéralisation chez les chevaux, et comparait les réactions de selles français et de trotteurs de 2 à 3 ans. Le but étant de repérer si les chevaux ont un oeil de prédilection pour repérer les éléments inconnus de leur environnement, et si le dressage permet d’influencer cette prédisposition naturelle.

Quel intérêt ? très pratique éventuellement pour un cavalier. Pourquoi montez-vous à droite? Pourquoi votre cheval n’est-il pas effrayé parfois lorsqu’il marche à une main et s’effraie-t-il lorsque vous croisez un objet à l’autre main?

oeil de galaad

Le cerveau est le grand responsable ! et notamment sa particularité de mettre en oeuvre des traitements différents d’un hémisphère à l’autre. Le cerveau droit est visiblement celui qui oeuvre lors de la reconnaisance de nouveautés (quand le cheval se demande s’il doit fuir ou aller voir ). Comme, au sein du cerveau, se pratique le croisement entre la localisation et la partie du corps qui entre en action, qui dit hémisphère droit, dit réponse à gauche. En clair, c’est quand le cheval répond de manière émotionnellement forte, qu’il a de forte probabilité d’avoir utilisé son oeil gauche.

Le dressage semble changer visiblement des choses puisque les chevaux les plus habitués à être approchés des 2 côtés (les trotteurs) ne montrent plus tout à fait le même comportement.

Bref, si on monte à gauche, ce n’est peut-être pas tant une histoire de sabre liée au passé militaire de l’équitation. On peut imaginer que les hommes qui vivaient au milieu des chevaux avaient repéré de plus grandes réactions de l’animal, et un regard avec l’oeil gauche quand il se produisait quelque chose. A partir de là, il fallait donc l’habituer à voir venir l’homme par ce même côté pour obtenir une certaine désensibilisation, et de plus comme la plupart des humains sont droitiers…en terme de latéralisation tout le monde y trouvait son compte.

Apprendre très tôt au cheval à être manipulé et approché des deux côtés, c’est peut-être avoir une chance de limiter ses réactions émotionnelles face à la nouveauté.

The main finding was a significant correlation between emotionality reactions and the eye preferred to view a novel stimulus : the higher the emotionality, the more likely that the horse looked with its left eye. These results can help to understand some differents training practices of left-mounting.